Encore et encore

Le passé est-il garant de l’avenir, oui ou oui ? C’est la question qu’il nous était loisible de nous poser jeudi au parc Jarry, même s’il n’y avait pas un très grand suspense entourant la réponse, ainsi que l’indique l’alternative susmentionnée. Tout comme l’incertitude se révèle largement inexistante lorsque Novak Djokovic joue, cette fois, c’était au tour de l’Américain Jack Sock, 35e au classement universel, partenaire occasionnel de Vasek Pospisil en double, avec lequel il a notamment remporté Wimbledon en 2014, de l’ouvrage finement ficelé, pas de fioritures, tiens, voici la balle, retourne-la donc juste pour voir et si tu la retournes, en voici une autre et la fin de la programmation ne tarde pas à survenir. Ça s’est terminé 6-2 et 6-1 en 54 minutes.

En fait, il a tout pour plaire, le « Djoker ». De constante bonne humeur — nous le serions sans doute aussi si nous étions numéro 1 au monde dans quelque chose, fût-ce la peinture abstraite par numéros à la gouache biologique —, il va jusqu’à répondre aux questions dans un français tout ce qu’il y a de pas mal correct. Après sa victoire, il a ainsi évoqué « un protocole de vocabulaire » dans son apprentissage de la langue de par chez nous. Il dit qu’il maîtrise un total global de sept mots, qu’il place dans un ordre différent pour former des phrases. Quand même, sept mots seulement et déjà « protocole » et « vocabulaire », faut croire qu’il est en plutôt bonne voie.

« Je réside à Monaco et quand je suis là-bas, j’essaie de parler en français et d’améliorer ma connaissance de la langue, explique-t-il. J’ai appris l’anglais, l’allemand et l’italien lorsque j’étais plus jeune, et je pense que j’étais alors en mesure d’absorber l’information plus rapidement que je ne le suis maintenant. Ça rend les choses un peu plus difficiles. »

« Mais j’aime ça. C’est une belle langue. Les langues m’ont toujours attiré. Et apprendre quelques phrases, je pense qu’il s’agit d’une marque de respect pour le pays dans lequel vous vous trouvez et les gens qui y vivent. Alors j’essaie, j’essaie. Je sais que mon vocabulaire n’est pas parfait, mais j’essaie chaque semaine d’apprendre quelques nouveaux mots. »

Et puis, question de langue, dans la catégorie « Savoir (ou) pas tenir la sienne », question aussi de passé garant de l’avenir, on retrouve Nick Kyrgios, l’Australien de 20 ans dont nous évoquions plus tôt en semaine le caractère, comment dire, impétueux, coupable à Wimbledon d’émission d’une « obscénité audible » et qui a remis ça mercredi soir. Dans un match contre Stanislas Wawrinka qu’il a finalement remporté sur abandon du Suisse pour cause de blessure au dos, Kyrgios a dit tout haut dans le feu de l’action qu’un joueur qui s’adonne à être son compatriote avait déjà connu au sens biblique du terme l’actuelle petite amie de Wawrinka, une joueuse de tennis croate, et la chose a été captée par les micros de la télévision, qui entendent tout, vous avez beau les fuir, ils finiront toujours par vous rattraper, la vie postmoderne est faite ainsi, il faut se méfier des obscénités audibles comme de la peste bubonique.

Jeudi, Kyrgios a présenté ses excuses sur les Twitters et en privé à Wawrinka, mais le mal était fait. L’ATP lui a collé une amende de 10 000 $US, le montant maximum dans les circonstances. Kyrgios a aussi reçu une amende de 2500 $US pour conduite antisportive à l'endroit d'un chasseur de balles.

Conspué à plusieurs reprises par la foule, Kyrgios, qui a dit qu’il s’attendait à pareil traitement, s’est plus tard incliné devant l’Américain John Isner, qui lui, doit s’incliner lorsqu’il s’adresse à vous puisqu’il fait 6 pieds 10 pouces, au compte de 7-5 et 6-3. Pour avoir atteint la ronde des 16, il touchera 44 600 $US. Son voyage n’aura pas été vain.

Quant à l’histoire elle-même, a-t-il ajouté, après les excuses et l’amende, la page peut être tournée.