Guerre des monnaies

Les assouplissements monétaires quantitatifs se succèdent pourtant. N’empêche, les banques centrales se refusent de parler de dévaluation, de manoeuvre délibérée pour affaiblir leurs monnaies nationales, voire de déclencher une guerre des devises. La Banque populaire de Chine perpétue la tradition.

La dévaluation surprise du yuan, mardi, devait être « un ajustement unique ». En récidivant mercredi, la banque centrale de Chine insistait sur l’absence de « fondement pour une dépréciation prolongée ». Il ne faut pas y voir « le commencement d’une tendance à la baisse », ajoute officiellement l’institution. Officieusement, il faut y lire une volonté de provoquer une dévaluation ordonnée au risque de relancer les hostilités monétaires régionales. Nouveau chapitre d’une longue guerre des changes.

La réduction en deux temps du taux pivot de référence du yuan par rapport au dollar américain serait la baisse la plus drastique depuis l’adoption par Pékin du système de change actuel, en 1994, pouvait-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse. « La plus radicale en 20 ans », renchérissait la presse chinoise, le yuan revenant à son plus bas niveau en quatre ans. Le ralentissement de l’économie chinoise n’y est pas étranger. Les dernières statistiques se veulent plutôt sombres pour une économie ne parvenant plus à convaincre de la vigueur de sa croissance derrière la statistique officielle d’un PIB en hausse de 7,5 % au deuxième trimestre. Les autorités monétaires devaient déjà conjuguer avec les pressions baissières se faisant toujours plus pesantes ces derniers mois sur le marché des changes. Il lui faut miser sur les exportations, tout en important une solution à une menace déflationniste.

À plus long terme, le Fonds monétaire international applaudit cette « étape bienvenue » dans un long processus visant à remplacer un « régime de change davantage fondé sur le marché » par un régime de taux de change réellement flottant. Les États-Unis en font une revendication récurrente. Le FMI en fait une des conditions à l’ambition de Pékin de voir le yuan devenir une monnaie de référence mondiale en étant accepté dans le club sélect des Droits de tirage spéciaux, composé présentement du dollar, de l’euro, de la livre anglaise et du yen.

Dans l’intervalle, la presse de Hong Kong évoquait clairement mercredi une intensification de la guerre des devises qui se manifeste sporadiquement depuis que la Réserve fédérale américaine a sorti l’arme de l’assouplissement monétaire quantitatif. La Banque centrale européenne y a recours, la Banque du Japon également. Résultats : l’euro et le yen ont reculé de 18 % par rapport au dollar américain au cours des 12 derniers mois. D’aucuns estimaient alors que la Chine devenait victime des politiques monétaires américaine et japonaise.

Dernier levier

« La Chine est la dernière économie majeure à rejoindre une guerre des monnaies qui s’est déclenchée à la suite de la décision du Japon de dévaluer le yen », lisait-on dans un texte du South China Morning Post repris par Courrier international, qui voyait Pékin sortir le « bazooka » dans ce qui pourrait être le déclenchement d’une guerre de monnaies dans la région Asie-Pacifique. Le won coréen venait de toucher son creux de juin 2012 et le dollar taïwanais revenait à son niveau le plus bas en cinq ans. La tendance baissière s’observait également pour la devise australienne et indienne, ajoute-t-on. Avant, dans ses manoeuvres visant à conserver la stabilité de sa monnaie, la Chine a vu sa capacité concurrentielle par rapport à ses principaux partenaires commerciaux de la région reculer de 3 % depuis le début de l’année, de 12 % sur un an.

« Face à la morosité généralisée de la croissance, le taux de change est l’un des derniers leviers », pouvait-on lire dans une dépêche de l’Agence France-Presse de janvier évoquant alors une capitulation de la Suisse. La Banque nationale helvétique venait d’abandonner le cours plancher du franc suisse par rapport à l’euro, se résignant à laisser flotter sa monnaie. « La banque centrale suisse était la première à s’être lancée dans la guerre des monnaies, elle est la première à capituler », résumait un économiste de Saxo Banque. Pour la suite, « les grands émergents, par exemple le Brésil, auront certainement aussi besoin de jouer sur le taux de change », dit-il.

Ce n’est donc pas fini. L’intensité des batailles monétaires dépendra encore de la Fed et de la capacité de l’économie américaine à conjuguer avec un dollar fort.

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4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 août 2015 01 h 45

    L'économie, quelle science

    Quand les pays auront finis de dévaluer leur monnaie que restera-t-il , les américains seront redevenus les maitres du monde, et le monde s'aura que l'étalon est toujours et encore le dollar, qu'une économie est une culture pour lequel on ne peut pas facilement s'improviser, qu'elle a sa propre dynamique, inscrit dans la trame sociale, historique et peut être religieuse, ce qui en ennuie plusieurs

  • Richard Bérubé - Inscrit 13 août 2015 06 h 55

    La Réserve Fédérale Américaine! (Banque privée et non gouvernementale)

    Les États-unies attendaient cela depuis longtemps, surement parce que les banques qui détiennent cette institution perdaient un peu de leurs profits.....combien de ces banques nationales appartiennent vraiement aux nations....La Banque Mondiale, le Fond Monètaire International, appartiennent à qui et sont réellement dirigés par qui et pour qui....cela on ne l'explique jamais dans les médias réguliers....tout ce qui est financier et les aléas du système sont toujours initiés par les actions des banques....mais c'est toujours le peuple qui doit en assumer les conséquences, autrement dit quand ça va mal c'est le contribuable qui remflouent les banques voir 2008....ne cherchez pas plus loin...elles (banques) font ce qu'elles veulent dans leurs propres intèrêts...jamais celles du public....elles fonctionnent selon le désir du clan Rothschild....

  • Colette Pagé - Inscrite 13 août 2015 13 h 10

    Une Chine au bord de la crise de nerfs !

    Quand la Chine tousse le reste du monde a la grippe. Qui aurait cru qu'un jour la Chine aurait fait trembler le monde et serait devenu le plus important prêteur des États Unis. Une dépendance surprenante pour la plus grande puissance militaire du monde. Un cheval de Troie ! Et si la Chine retirait ses billes en réaction aux politiques extérieures des États Unis, notamment en mer de Chine et en Corée du Sud. Assisterions nous à la chute des marchés et à une crise mondiale ?

    Ce qui devait arriver arriva : l'augmentation des salaires des employés chinois a comme conséquence ultime d'entraîner le capitalisme sauvage à délocaliser leurs entreprises dans des pays qui exploitent davantage leur main d'oeuvre : Taïwan, Shri Lanka, Vietnam, Corée du Nord, Inde etc.

  • Bernard Plante - Abonné 13 août 2015 15 h 45

    L'ultime outil avant le crash?

    Traditionnellement, le principal outil utilisé pour relancer l'économie consistait à abaisser les taux d'intérêt mais que faire lorsque les taux d'intérêt sont pratiquement à zéro et que l'économie ne repart toujours pas? Il semble rester l'ultime outil d'abaisser la monnaie.

    Visiblement cette nouvelle mécanique ne servira qu'un temps à étirer l'élastique encore davantage afin de tenter de cacher le fait que l'économie néolibérale capitaliste de surconsommation semble sur le point de s'effondrer, si elle ne l'est pas déjà dans les faits.

    On semble entrer ici dans une sorte de dernier droit avec l'utilisation de mesures désespérées. À quand le crash?