Le Jardin botanique de Chenshan

Les trois serres surprennent par leur design futuriste et leur grandeur.
Photo: Lise Gobeille Les trois serres surprennent par leur design futuriste et leur grandeur.

Profil : 207 hectares, 26 jardins thématiques, trois serres au design ultramoderne, 600 employés, un million de visiteurs chaque année.

En 2014, Gilles Vincent a quitté la direction du Jardin botanique de Montréal pour accepter une offre difficile à refuser : le poste de conseiller du tout dernier jardin botanique inauguré en Chine, Chenshan, qui ne vise rien de moins que de devenir l’un des plus importants de la planète. Voici sa courte histoire et ses principaux jardins.

Les coresponsables du Jardin botanique de Chenshan, soit la Ville de Shanghai, l’Académie des sciences de la Chine et le Service de foresterie de l’État, ont mis seulement cinq ans pour réaliser ce projet phare pour la région. Plusieurs défis étaient à relever afin d’atteindre les objectifs de chacun.

Le premier : l’intégration de visées différentes, car l’Académie veut lui donner une vocation scientifique forte, tandis que la Ville envisage un espace vert au centre de nouveaux développements. Le deuxième : trouver l’expertise nécessaire pour atteindre la notoriété internationale souhaitée. Le troisième, qui en est encore un aujourd’hui d’ailleurs : le sol argileux et salin du site et la nappe phréatique, qui est seulement à 2,8 mètres.

Et le dernier : le temps, car les travaux n’ont commencé qu’en 2007 et l’ouverture devait avoir lieu au même moment que l’Expo de Shanghai, qui s’est tenue en 2010. Trois ans pour réaliser des aménagements colossaux, construire des serres, des laboratoires, des bâtiments d’accueil… Mais en Chine, l’argent et la main-d’oeuvre ne sont pas un problème.

La réalisation

Pour atteindre les critères d’excellence des jardins botaniques de l’Ouest, des experts étrangers ont été consultés et M. Vincent est actuellement sur place pour conseiller les différentes instances. Afin de contrer les problèmes de sol et de nappe phréatique et de pouvoir planter des arbres, ils ont construit un immense cordon de terre. Celui-ci, long de 4,5kilomètres, mesure 200 mètres de large et 6 mètres de haut et encercle l’ensemble du jardin.

Tous les efforts ont été déployés pour terminer à temps, de nombreux entrepreneurs ont travaillé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, ce qui toutefois a exacerbé le problème de compaction du sol.

Les principaux jardins

Conçu dans le paysage postindustriel d’une ancienne carrière, le Jardin de la carrière est l’un des principaux par son caractère singulier et sa surface de 9,7 hectares. Ses falaises escarpées, ses lacs et ses points de vue spectaculaires lui donnent un aspect unique. De nombreux arbres, arbustes et vivaces provenant de diverses familles ont été utilisés pour réaliser les aménagements.

Le suivant, le Jardin alpin et de plantes médicinales aménagé dans la deuxième carrière abandonnée, couvre 5 hectares. Son décor dramatique met en valeur plus de 1000 espèces de plantes médicinales de l’est du pays, de plantes aromatiques et alpines.

Ensuite, les trois serres surprennent par leur design futuriste et leur grandeur. On y cultive des plantes ornementales et économiques, des cactus et succulentes, et des plantes exotiques et rares.

Puis, le Parc aquatique, qui s’étend sur 0,37 hectare, présente des plantes aquatiques ornementales, des espèces aquatiques comestibles et aussi la fameuse Victoria amazonica. Unique, cette nymphéacée de l’Amérique du Sud atteint jusqu’à trois mètres de diamètre et sa flottabilité exceptionnelle lui permet de supporter un poids de plus de 40 kilos.

Suit la roseraie de 1,5 hectare, qui comprend plus de 500 cultivars provenant des différents groupes de rosiers, et le Jardin d’iris, qui présente plus de 600 espèces et cultivars.

Finalement, le Parc de la flore de l’Est, le plus grand, couvre 56 hectares et joue un rôle important, car il présente plus de 800 taxons de la flore locale.

Politique et économique

En seulement 60 ans, 150 nouveaux jardins botaniques et arboretums ont été fondés en Chine. Qu’est-ce qui a favorisé cette explosion ? D’abord, une politique adoptée en 1956 par le gouvernement central de Beijing a fait presque quintupler le nombre de jardins entre 1950 et 1960, passant de 7 à 34. Puis, à partir des années 80, la fulgurante croissance de l’économie, combinée à une prise de conscience des enjeux environnementaux et à l’importance de la conservation, a favorisé leur création.

Aussi, un dernier facteur a sûrement joué pour obtenir un statut de ville internationale : celle-ci doit avoir un jardin botanique d’envergure sur son territoire. Si bien que la Chine compte actuellement 160 jardins botaniques et arboretums. En comparaison, le Canada n’en compte que 12. Toutefois, nombreux sont ceux, en Chine, qui ne sont que de simples parcs aménagés avec une grande diversité de végétaux.

Quant à la notion de conservation, elle n’est pas encore très présente ici, et si une plante n’a pas d’utilité ou n’est pas décrite, elle a peu d’intérêt. La mission éducative est à développer : actuellement, elle se concentre sur les enfants de 7 à 12 ans afin de leur faire découvrir le monde végétal en jouant.

Selon une étude récente effectuée par Wassenberg sur les bénéfices d’une visite dans un jardin botanique, dans la plupart de ces jardins, le public vient avant tout pour relaxer et déstresser. Jeune, celui-ci n’a pas encore l’effet « wow » d’un vieux jardin établi, sauf pour ses serres.

Une fête pour les yeux

L’art de concevoir et de cultiver des bonsaïs et des penjings demande un long apprentissage, de la patience et beaucoup de dévouement : chaque pièce est une oeuvre vivante façonnée par son artisan.

Les 28, 29 et 30 août, la Société de bonsaï et de penjing de Montréal organise son exposition annuelle au grand chapiteau du Jardin botanique de Montréal. Voilà une belle occasion d’admirer de superbes pièces et de découvrir ce monde unique.

Des ateliers et des démonstrations auront lieu tout au long du week-end et il y aura une visite guidée de l’exposition le dimanche.

Chenshan en chiffres

Budget de construction: 425 millions de dollars

Budget annuel: 26 millions de dollars

Revenu autogénéré : 30 %

Nombre de taxons (groupe de végétaux aux traits communs): plus de 10 000

Nombre de visiteurs annuellement: un million

Nombre d’employés directs et indirects: 600
 

Dans la bibliothèque

Jardins
Les incroyables histoires naturelles de Jean-Henri Fabre
Bruno Cianci
Gründ, 2015, 192 pages

Dans ce bel ouvrage, on découvre avec plaisir une partie de l’oeuvre de Jean-Henri Fabre, grand entomologiste disparu il y a un siècle. Dans l’objectif d’Yves Lanceau, photographe animalier, les insectes prennent vie et se mélangent avec bonheur aux illustrations originales.

Jean-Henri Fabre peut être considéré comme l’un des précurseurs de l’éthologie, science du comportement animal, grand entomologiste et lauréat de l’Académie française. Il a su communiquer son enthousiasme et ses connaissances avec poésie dans ses récits, qui ont d’ailleurs été traduits en 15 langues. Un voyage passionnant à la découverte du petit monde des insectes pour les initiés et tous les curieux.

Au jardin cette semaine

Si vos iris de jardin (Iris x germanica) ne fleurissent plus aussi abondamment qu’auparavant et que leur centre est dégarni, c’est qu’il est temps de les diviser. On conseille de pratiquer cette opération entre la mi-juillet et la mi-août. Il vous reste donc encore un peu de temps. Pour une explication simple agrémentée de dessins, je vous recommande le site suivant.

Si vous avez des coins de pelouse mal en point, la période idéale pour faire un semis est de la mi-août jusqu’à la mi-septembre. On ameublit le sol et, si nécessaire, on ajoute un peu de bonne terre.

Ensuite, on sème et on couvre d’une mince couche de terre. À l’aide de l’outil de votre choix, appuyer sur les semences pour qu’elles adhèrent bien au sol. Enfin, arroser abondamment et maintenir le sol humide les 15 premiers jours.

Enfin, on étête les plants de tomates indéterminés deux feuilles au-dessus de la dernière grappe de fleurs pour favoriser les fruits.

Les incroyables histoires naturelles de Jean-Henri Fabre

Bruno Cianci, Gründ, 2015, 192 pages