Vu de haut

Ivo Karlovic mesure 6 pieds 11 pouces et il expédie des services à 1000 km/h, ou à peu près, les jours où il est d’humeur badine, imaginez donc un peu ce que ça donne quand il est fâché, vous vous enlevez du chemin sinon vous risquez de vous retrouver sérieusement décoiffé. Méchante garnotte, ainsi que le chantait le poète. Pour se donner une petite idée de la puissance de la situation, Karlovic est arrivé à Montréal à moins d’une quarantaine d’as d’en réussir 10 000 dans toute sa carrière. Il en compte maintenant 9987. Le meneur de tous les temps est un autre Croate, Goran Ivanisevic, avec 10 183. Sauf que ce dernier a accompli l’exploit en 895 matchs, alors que l’autre n’en avait disputé que 541 avant la présente Coupe Rogers.

Et au tournoi de Halle en juin, Karlovic a établi une nouvelle marque pour un match de trois sets avec 45 services que l’adversaire, en l’occurrence Tomas Berdych, n’a pu toucher.

S’étonne-t-on dès lors, vu la hauteur du personnage qui se révèle le plus grand en taille à faire partie du top 100 de toute l’histoire de tous les temps, que sa fiche signalétique indique que l’un de ses passe-temps favoris consiste à jouer au basketball ? (L’autre est d’aller au cinéma, et on ne tarde pas à conclure que, pour une expérience client optimale, il est préférable de ne pas être assis derrière lui.)

Karlovic occupe le 23e rang planétaire et, à 36 ans et 5 mois, il est le joueur le plus âgé du tournoi. Lundi, il n’a pas eu la tâche aisée, mais il est quand même venu à bout du Polonais Jerzy Janowicz — un diminutif tennisman à seulement 6 pieds 8 — au compte de 6-4 et 7-6 (6). Et cela représente une excellente chose puisqu’en ce mardi soir, il retrouvera un certain Milos Raonic, qui s’adonne à ne pas être piqué des hannetons non plus en matière de mise de balle en jeu. Raonic est classé 10e sur la planète tennis et il constitue la 8e tête de série au parc Jarry puisque Roger Federer et David Ferrer n’y sont pas.

Les deux sont les meilleurs pour remporter des points sur leur premier service. Ils se sont rencontrés une seule fois, et Raonic l’a emporté 7-6 (3) et 6-4, mais cela ne compte plus tellement parce que le match est survenu en 2012, à Bangkok, et qu’il s’en est produit des choses depuis.

Ce qu’il s’est passé depuis ? Entre autres, ceci : en juin dernier, on a demandé à Raonic qui était le meilleur serveur au monde, et il a répondu que c’était lui-même en personne. Peu importe ce que Karlovic arrive à faire. Il lui échoira maintenant de le prouver sur le terrain, là où ça se joue pour vrai, comme chacun n’est pas sans savoir.

Mais Raonic n’a pas joué depuis un certain temps déjà, lui qui a tardé à se remettre d’une opération à un pied. Son dernier match remonte à Wimbledon, où il n’a duré que trois tours, et on ne sait pas trop à qui on aura affaire cette semaine, même si le programme officiel de la Coupe Rogers le met en vedette en page couverture en lui attribuant le surnom de « Monsieur Canada » (et vous qui croyiez que c’était Stephen Harper). Cela étant, sachons ne jamais oublier qu’il a reçu une bonne partie de sa formation ici même et qu’il a atteint rien de moins que la grande finale en 2013.

Ce sera donc un canon contre un autre. Cela devrait fournir un excellent spectacle. On ne peut qu’espérer qu’ils seront de mauvais poil.

1 commentaire
  • Alain Castonguay - Abonné 11 août 2015 14 h 58

    Anti-spectacle

    Pour avoir déjà assisté à un duel du même Karlovic contre Berdych à l'occasion de la Coupe Rogers en 2011, match gagné 6-3 7-7 par le diminutif tchèque de 6'5", je peux vous dire que le duel contre Raonic, si jamais il a lieu ce soir compte tenu de la météo, ne passera pas à l'histoire pour la longueur des échanges, car comme chacun sait, les deux canons ne sont pas reconnus pour être les meilleurs retourneurs du circuit masculin, bien au contraire, étant plutôt classés dans le dernier quartile des 100 meilleurs joueurs mondiaux, voire plus encore si l'on fouille plus loin, mais le temps nous manque.