Le jardin derrière les murs

Derrière les immenses murs de pierre, on trouve le plus grand et le plus vieux verger au cœur de Montréal, un potager et des aménagements fleuris.
Photo: Photos Lise Gobeille Derrière les immenses murs de pierre, on trouve le plus grand et le plus vieux verger au cœur de Montréal, un potager et des aménagements fleuris.

Le jardin des Hospitalières est situé entre l’Hôtel-Dieu et le parc Jeanne-Mance. D’ailleurs, qui ne s’est jamais demandé ce qu’il y a derrière ces immenses murs de pierre ? En fait, on y trouve le plus grand et le plus vieux verger au coeur de Montréal, un potager et des aménagements fleuris.

Le terrain où est aménagé le jardin a été donné en 1730 aux Hospitalières par les frères Benoît et Gabriel Basset, membres d’une importante famille de la ville. À l’époque, il s’étendait de la rue Sherbrooke à la rue Jean-Talon, et les Hospitalières y exploitaient différentes cultures et des carrières. Le jardin conçu sur le mont Sainte-Famille (rarement appelé ainsi de nos jours) se prolonge dans le parc Jeanne-Mance. De ce grand domaine, les Hospitalières ne conservent aujourd’hui que le monastère, la chapelle, la sacristie, la crypte, les jardins et le musée.

D’hier à aujourd’hui

À l’origine, les jardins avaient été aménagés pour approvisionner la communauté religieuse et l’hôpital en légumes et fruits, mais aussi pour fournir un havre de paix aux religieuses et aux convalescents. Ce dernier point est intéressant, car de nombreuses études récentes ont montré qu’unesimple fenêtre sur un parc favorise le rétablissement.

Certains convalescents de l’Hôtel-Dieu non seulement disposaient d’une fenêtre, mais avaient aussi la possibilité d’aller se promener dans le jardin. Tiens, y a-t-il des jardins au nouveau CHUM ? Aujourd’hui, la récolte du verger qui produit de nombreux fruits est effectuée en majorité par l’organisme Les Fruits défendus (voir Le Devoir du 26 juillet 2014).

Une partie de la récolte est réservée à la communauté religieuse, une autre aux récolteurs, et le reste au Santropol roulant, qui la redistribue par sa Popote roulante. Le Santropol roulant est un centre alimentaire qui rassemble la communauté par différents programmes, activités et services.

La section ornementale

L’entrée du jardin se trouve sur l’avenue des Pins, du côté nord, juste avant l’avenue du Parc. On y pénètre avec déférence et curiosité, car rares sont les occasions de visiter l’endroit. À gauche, les anciennes écuries, et à droite, l’édifice où vivent les soeurs et où sont reçues les familles des malades. Puis, en avançant, s’ouvre la première vue sur le jardin. On remarque d’abord les belles platebandes à l’anglaise qui entourent les bâtisses et celle qui fait face à la statue du Sacré-Coeur.

Puis, on aperçoit une toute petite roseraie accompagnée de lavande, et sur la tonnelle, une vigne centenaire, la fierté du jardin. Au fond, d’impressionnantes épinettes de Norvège de plus de 30 mètres bordent l’allée qui mène à la jolie chapelle de style néogothique. Ensuite, on traverse des massifs d’arbustes, de pivoines et d’hémérocalles… pour atteindre un grand espace consacré au verger. Plus on s’enfonce dans le jardin, plus les bruits de la ville s’estompent et plus la tranquillité nous gagne.

Le verger et le potager

Le verger est constitué d’unesoixantaine d’arbres, surtout des pommiers, dont certains sont centenaires, précise au téléphone Richard Archambault, l’horticulteur responsable des jardins. Mais on y retrouve également de beaux poiriers et des pruniers, ainsi que, ce qui est plus rare, des pêchers et un abricotier — pas très vigoureux.

Intéressé par l’agriculture urbaine, M. Archambault a enrichi le potager de plusieurs nouveaux légumes, au grand plaisir des religieuses, selon la responsable, soeur Lafond. L’enrichissement de la collection de plantes médicinales est un autre de ses objectifs.

Non loin du potager et du verger ont été installés dans une grande section de gazon des ruchers gérés par Miel Montréal, une coopérative de solidarité dont le but est de développer et d’offrir, dans un cadre concerté, des programmes d’ordre éducatif, de soutien apicole et de services à la communauté liés à la présence des abeilles en ville et à la biodiversité.

Elles jouent un rôle essentiel comme pollinisatrices afind’obtenir d’abondantes récoltes. Ici, on se sent en dehors du temps, frappés par le contraste avec les gratte-ciel et la splendide vue sur la montagne.

La communauté religieuse des Hospitalières, vieillissante, réfléchit actuellement à l’avenir de son patrimoine. Si elle venait à s’en départir, on peut souhaiter que ce jardin unique, ancré dans l’histoire, demeure fidèle à sa vocation de nourrir. N’entre-t-il pas naturellement dans la vague d’agriculture urbaine qui déferle sur Montréal ?

Des visites historiques du jardin, suivies d’un atelier sur l’apiculture, sont offertes durant l’été. Les prochaines auront lieu les 9 et 23 août, puis le 13 septembre. Réservation obligatoire : 514 849-2919.

Tendances horticoles en fête

Tendances horticoles en fête, qui a lieu au Domaine Joly-De Lotbinière les 15 et 16 août prochains, est un événement convivial qui favorise les échanges, les rencontres et les découvertes. Axée sur les nouveautés et les tendances, une visite guidée par la directrice, Hélène Leclerc, aura lieu, ainsi que des conférences présentées par des gens reconnus, dont Rock Giguère, Daniel Fortin et Mireille Dubuc.

Cette fête fantastique en soi est l’occasion de découvrir ce jardin exceptionnel, situé sur le bord du fleuve, à 45 minutes de Québec. domainejoly.com

Au jardin cette semaine

En août, il faut ralentir, même s’arrêter pour apprécier tout le travail effectué ; c’est le temps de les admirer, nos jardins. Cette année, ils sont luxuriants, car l’eau n’a pas manqué, alors que la chaleur et le soleil ont quand même été assez présents pour avoir de belles floraisons et faire mûrir nos délicieuses tomates. Oh, que de bonheur et de joie pour le jardinier.

Toutefois, c’est le temps aussi de penser aux changements que vous aimeriez y apporter, car bientôt, quand les températures redeviendront plus fraîches, ce sera une bonne période pour ouvrir une nouvelle platebande, faire de la division ou de nouvelles plantations.

Par ailleurs, si vous cultivez des concombres, des melons, des courges ou toute autre cucurbitacée, ayez à l’oeil le blanc ou oïdium, qui a commencé à faire son apparition. Il peut être contrôlé avec du Bioprotec fongicide et bactéricide ou avec du bicarbonate de soude, du lait ou une décoction de prèle.

Dans la bibliothèque

Arbustes indigènes du Québec pour les jardins et les parcs
Bertrand Dumont
Horti Média
Québec, 2015, 246 pages

Il y a quelques semaines, je vous présentais le guide Arbres indigènes du Québec de Bertrand Dumont. Voici celui sur les arbustes indigènes, presque identique, mais en version arbustes. Il se différencie par son introduction et, évidemment, par son répertoire, qui présente 52 fiches d’arbustes et quelques grimpants ornementaux utiles pour l’aménagement des parcs et des jardins.

Chaque fiche donne une description de la plante, les considérations écologiques telles que l’habitat, la résistance aux perturbations telles que les chevreuils et le sel de déglaçage, les associations potentielles avec d’autres végétaux. Dans les commentaires, il mentionne si la plante attire les papillons, quels oiseaux elle nourrit, ou encore si elle exige une taille.

Enfin, on y trouve aussi les utilisations suggérées. Un ouvrage pratique, bien documenté, qui met en valeur nos arbustes indigènes.