En parler ou pas

Alors que se mettent en branle les camps d’entraînement dans la Ligue nationale de football, il nous est loisible d’apprendre tout plein d’affaires. Il est scruté ce monde-là, messieurs dames, plus examiné que ça tu dis comme on disait quand nous étions jeunes et que quelqu’un nous toisait : « Heille, ch’pas à vendre… » À la différence que la NFL, elle, est à vendre, en tout cas elle a une foule de choses à écouler et se trouve d’autant plus heureuse que les foules se bousculent pour les acheter.

On a donc assisté ces jours derniers à un divorce houleux entre les Saints de La Nouvelle-Orléans et leur secondeur Junior Galette, qui semble avoir trouvé une niche provisoire avec les Redskins de Washington qui, non, n’ont pas encore changé de nom. Celui de Galette, qui a signé un contrat de 41,5 millions $US en septembre dernier, a depuis été associé à deux épisodes de violence envers des femmes et il est de notoriété publique et parapublique que depuis l’incident Ray Rice, on ne badine pas avec ces choses dans le circuit Goodell. Le joueur a donc été libéré, et il n’a pas apprécié, se rendant sur le compte de sa petite amie (@GorgeousGal, rien de moins) dans les Twitters pour, entre autres, qualifier l’entraîneur-chef des Saints, Sean Payton, de toxicomane alcoolique ayant la particularité de présenter en boisson aux réunions de l’équipe. Les messages ont été prestement retirés, mais vous savez comment est notre époque formidable, rien ne disparaît vraiment jamais.

Mais il reste que ça doit être extraordinairement cool de s’appeler Junior Galette.

Ailleurs dans une actualité brûlante, les Bears de Chicago ont fait connaître leur nouvelle politique médias, et celle-ci force l’admiration dans la mesure où il est possible d’admirer quelque chose d’assez puissamment stupide merci. L’équipe interdit ainsi aux représentants des médias dûment accrédités auprès d’elle de rapporter tout ce qui se passe pendant les séances d’entraînement.

Enfin, presque tout. Il est possible de montrer un joueur en train de se délier les muscles, mais ça s’arrête à peu près là. Pas de mention d’un gars qui sort du terrain blessé, ni d’un autre qui s’entraîne individuellement à l’écart des autres. Pas d’informations sur les formations utilisées ou les jeux tentés. La raison ? La direction des Bears dit vouloir ainsi éviter les reportages erronés ou hors contexte. Et éviter que des renseignements critiques se rendent involontairement jusqu’au public : par exemple, une caméra de télévision capte une image bénigne, un joueur en train de ne rien faire de précis. Mais il pourrait bien y avoir dans le cadre, en retrait, un entraîneur qui engueule l’un de ses protégés, ou un autre qui boite, ou un autre encore qui cale un plein tonneau de Gatorade, indice qu’il est atteint de déshydratation.

Sauf que, on s’en doute un peu, des centaines sinon des milliers de personnes assistent chaque jour aux activités de l’équipe, et qu’il doit bien y en avoir deux ou trois dans le lot qui disposent d’un téléphone magique, prennent des images et du son depuis les gradins et se chargent ensuite de placer tout ça sur les Internets. Des trucs bien plus susceptibles de se révéler hors contexte et bien moins susceptibles d’être vérifiés que ceux que publieraient des journalistes professionnels qui tiennent généralement à leur réputation.

Et puis, les Bears croient-ils que les autres clubs ne délèguent pas des espions dans la masse assemblée ?

La prochaine fois, nous verrons que les Bears exigent aussi, pour une entrevue avec un entraîneur ou un joueur, qu’une demande soit faite 24 heures à l’avance, et que ce ne serait pas une mauvaise chose que l’équipe soit simplement ignorée de tous, ce qui n’arrivera jamais.

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