Les oliviers, perte irremplaçable

Pour bon nombre d’Italiens du Sud, l’olivier représente bien plus qu’un gagne-pain. Il est l’arbre sacré utilisé autant pour son bois que ses fruits et son huile.
Photo: Marie-Laure Messana Agence France-Presse Pour bon nombre d’Italiens du Sud, l’olivier représente bien plus qu’un gagne-pain. Il est l’arbre sacré utilisé autant pour son bois que ses fruits et son huile.

Aldo Marcolini pleure ses oliviers malades. Ce patrimoine familial, qui existe depuis 250 ans, est menacé d’extinction pour cause de ce que l’on nomme déjà la peste verte. Toute la région des Pouilles, en Italie du Sud, parle de ce fléau qui met à mal l’économie locale.

« Cette bactérie qui nuit à nos oliviers est un fléau comme la peste », explique Olivia, l’épouse d’Aldo, qui n’ose imaginer la perte de centaines d’oliviers de la famille. Dans le petit village de Cisternino, au café de la place, on ne parle que de ça depuis que la Xylella fastidiosa contamine les précieux arbres des Pouilles. « C’est pire que le feu ! » précise Aldo, qui a déjà perdu une centaine d’oliviers. Les plus tenaces ont réussi à survivre. Les 25 souches connues de cette bactérie ont endommagé des dizaines de plantes. La maladie de Pierce en a été la première forme. Elle a également fait des ravages dans l’industrie de la viticulture aux États-Unis.

L’olivier roi

Pour bon nombre d’Italiens du Sud, l’olivier représente bien plus qu’un gagne-pain. Il est l’arbre sacré utilisé autant pour son bois que ses fruits et son huile. Les olives se consomment telles quelles une fois traitées et saumurées, mais c’est surtout de l’huile qu’on ne saurait se passer. Jadis utilisée comme huile lampante, elle sert désormais autant à se frictionner les muscles, à faire du savon ou à la cuisine quotidienne matin, midi et soir. L’huile d’olive est indispensable dans les familles, et nul ne voudrait la remplacer par celle provenant des arachides, des tournesols ou même simplement des oliviers d’autres régions d’Italie. Impossible, donc, d’imaginer l’utilisation d’une huile de Grèce ou d’Espagne aux Pouilles !

Un signal d’alarme est donc lancé, d’autant plus qu’il y a quelques jours, on signalait l’arrivée de la maladie en Corse du Sud, dans la région de Propriano. Depuis 2013, 10 % des 11 millions d’oliviers sont touchés par la bactérie. Il faut abattre les spécimens malades pour qu’ils ne contaminent pas les arbres sains. Tant les autorités françaises qu’espagnoles et portugaises craignent de voir la bactérie insidieuse s’attaquer aux oliveraies. On voit déjà une certaine panique s’emparer des marchés oléicoles internationaux. On craint une hausse des coûts et, par ricochet, un recul de la consommation d’huile d’olive.

Certains marchés profitent du malheur des uns pour faire leur bonheur. C’est le cas du Chili, de l’Argentine, ou encore des pays du Maghreb, qui tentent une percée dans un marché en partie contrôlé par l’Espagne et l’Italie. Le Conseil oléicole international, qui gère à Madrid les cours de l’huile d’olive, mais aussi son développement, travaille de concert avec les différents secteurs de l’activité agricole dans les pays de la zone euro et les chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) afin de suivre l’évolution de la bactérie, mais surtout d’évaluer la possibilité de contrer le fléau existant.

Demande grandissante

 

La demande en huile d’olive s’accroît dans le monde. Une nouvelle clientèle asiatique s’intéresse désormais aux bienfaits de l’olivier. Les Chinois ont d’ailleurs planté des arbres de cette espèce dans le sud de leur pays, espérant pouvoir récolter d’ici cinq à sept ans. Comme pour la vigne, ils pourraient devenir les futurs joueurs à considérer sur l’échiquier mondial de l’huile d’olive. La Grèce, elle, vit toutes sortes de problèmes d’ordre économique et n’affiche pourtant en rien une baisse sur les prix de son huile. Le Portugal connaît à son tour un accroissement de ses ventes et pourrait bien, comme il le fait avec ses vins, bénéficier d’une plus-value dans ses ventes exportées.

Le temps qui passe

 

La grande question pour tous ces pays producteurs est aussi de savoir quand la Xylella fastidiosa va attaquer leurs plantations.

Le temps presse pour trouver un remède efficace contre la maladie qui décime les oliviers, dont certains atteignent l’âge vénérable de 500 ans.

Dans la péninsule du Salento, la botte italienne de la région des Pouilles, les vacanciers ne se doutent pas tout du drame qui se joue à quelques encablures des plages magnifiques. Chaque matin, Aldo Marcolini marche dans ses oliveraies afin de détecter la présence de nouveaux intrus. Quand le doute s’installe, il marque ses oliviers à l’encre rouge dans l’attente de la venue d’un ingénieur agronome mandaté par le gouvernement.

Dans son oliveraie, ici et là, on aperçoit de grands vides, des trous béants d’oliviers arrachés, qui témoignent du passage de la grande faucheuse d’arbres.

En rentrant chez lui comme à l’habitude, Olivia frictionnera avec de l’huile les membres endoloris d’Aldo. Puis, à l’heure du repas, le fruit de l’olivier et son huile feront partie de tous les plats. Ce soir encore, la discussion autour de la table traitera de la bactérie et de ses ravages. Une larme s’échappe du visage buriné d’Aldo. Deux oliviers de plus devront être abattus.

Le chemin des oliviers d’Aldo est parsemé d’embûches. Il aspire à la quiétude pour ses arbres.

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