Le parfum

À cette saison, certaines plantes préfèrent attendre la pénombre pour dégager leurs effluves, comme les chèvrefeuilles grimpants (photo : Lonicera x heckrottii) qui embaument la nuit de leur parfum unique.
Photo: Gilles Murray À cette saison, certaines plantes préfèrent attendre la pénombre pour dégager leurs effluves, comme les chèvrefeuilles grimpants (photo : Lonicera x heckrottii) qui embaument la nuit de leur parfum unique.

Au jardin, les parfums ajoutent une dimension non palpable, mais combien délicieuse et agréable ! Il s’agit simplement de sentir de nouveau une odeur pour être submergé par les sensations qui lui sont liées. Le parfum des plantes, un plaisir à ne pas négliger, qui d’ailleurs n’est pas le seul privilège des fleurs, mais aussi celui de nombreux feuillages.

Les parfums au gré des saisons

Plus que bienvenus après l’hiver, les parfums printaniers tendent à être frais et fleuris ou sucrés et capiteux. Les premiers sont ceux des bulbes printaniers, en particulier celui puissant de la jacinthe, ensuite viennent ceux fleuris et tant attendus des lilas, celui à fleur d’oranger du seringat et les parfums capiteux des roses hâtives. La chaleur et l’humidité donnent à ceux de l’été de l’intensité, ils sont souvent capiteux, avec des notes miellées comme la giroflée, lourds, comme le tabac d’ornement, ou encore épicés, comme la plante de curry. À cette saison, certaines plantes préfèrent attendre la pénombre pour dégager leurs effluves, comme les chèvrefeuilles grimpants qui embaument la nuit de leur parfum unique. Enfin, à l’automne, les parfums se font plus rares et plus subtils. L’exception, l’arbre au caramel — Cercidiphyllum japonicum —, dont le feuillage dégage, vous l’aurez deviné, une odeur de caramel avant sa chute.

L’ABC des parfumées

Comment bien les associer ? Pour ne pas surcharger le nez et créer une cacophonie d’odeurs, on évite de planter côte à côte des plantes fortement parfumées qui fleuriraient simultanément. De surcroît, on perdrait ainsi l’attrait et la spécificité de chacun des parfums. Afin d’éviter cette situation, on répartit simplement ces végétaux entre des plantes sans parfum. Ensuite, comme la chaleur tend à rendre les parfums plus intenses, la distance devrait être d’autant plus grande pour les plantes à floraison estivale au parfum puissant. En dernier lieu, on peut associer sans souci diverses plantes très odorantes, pourvu qu’elles exhalent leur fragrance à des périodes différentes.

Pourquoi les plantes dégagent-elles des parfums ? Aussi agréables soient-ils pour nous ou non, car certains sont nauséabonds, les parfums que dégagent les plantes ont des buts précis. S’il est émis par les fleurs, il sert à attirer le pollinisateur ; ces dernières cherchent avant tout à se reproduire. S’il est émis par le feuillage, il sert à dégoûter le ravageur de le brouter, le piquer, le manger ou encore — une découverte récente et surprenante — à attirer le prédateur du ravageur ! Malgré notre conception souvent anthropocentriste, il n’est jamais dégagé pour nous séduire ou nous plaire… mais remplit plutôt des fonctions pratiques et essentielles pour la plante.

Où les planter ? Afin de profiter pleinement des premiers parfums, mieux vaut les mettre à l’avant-plan des massifs ou en bordure des allées. Pour les avoir encore plus près de soi, on les plante en pots ou en jardinière pour les placer au balcon ou sur la terrasse, une solution aussi pour les gens sans jardin. Pour les plantes qui fleurissent plus tard au printemps et à l’été, la terrasse, la pergola et le bord des fenêtres sont des emplacements tout désignés pour les apprécier pleinement, ainsi que tout endroit consacré au repos. Quant aux parfums de nuit, la terrasse s’avère l’espace idéal pour en bénéficier, quoique si ces derniers sont puissants, une distance sera nécessaire. Finalement, pour bénéficier des derniers parfums avant l’hiver, on place les plantes odorantes proches de la maison ou sur le chemin d’accès, car sinon, il y a de fortes chances de les manquer, puisque nous sommes moins à l’extérieur.

Jasmin, caramel, clou de girofle et ananas

Voilà une courte liste de plantes parfumées d’été et d’automne pour vous inspirer. Envoûtant, le parfum nocturne des chèvrefeuilles grimpants est frais et fleuri avec des notes de jasmin et de fleur d’oranger. En outre, leurs fleurs tubulaires attirent les colibris. Toutefois, lors de l’achat, attention, car certains cultivars ne sont pas odorants. Pour l’automne, le feuillage du Cercidiphyllum japonicum, ou arbre à caramel, en plus de prendre de magnifiques couleurs, dégage un doux parfum caramélisé. Pour les amateurs d’épices, l’oeillet vivace n’a pas son pareil. Son parfum aux notes de poivre et de clou de girofle vous ramènera au temps des Fêtes en un instant, mais là encore, attention, car les cultivars ne sont pas tous parfumés. Parmi les sauges, plusieurs ont des feuillages aromatiques, qui lorsque froissés, libèrent leurs huiles essentielles. Sûrement la plus connue, la sauge officinale est traditionnellement utilisée en cuisine au Québec. Son élégant feuillage gris-vert sent le menthol et le citron. Plusieurs cultivars ornementaux de cette sauge sont disponibles sur le marché, mais la plupart sont peu rustiques chez nous. Pour terminer, une sauge annuelle à la délicate floraison rouge, dont le feuillage a un puissant parfum d’ananas : la sauge élégante ou ananas, une plante à découvrir et à cuisiner !

Dans la bibliothèque

Guide des fleurs du jardin
Gérard Guillot
Belin
672 pages
Mai 2015  


Un ouvrage rigoureux qui donne des informations originales et des anecdotes que l’on retrouve peu ou pas dans les autres livres horticoles sur l’histoire, la biologie, les liens avec l’homme… Il contient également des renseignements pertinents pour un respect de l’environnement et une « clé » d’identification originale basée sur un système de photos miniatures. Plus de 1000 plantes à fleurs ornementales sont présentées accompagnées de photos et, pour chacune, on trouve de nombreuses indications pour leur culture, leurs particularités, leur habitat naturel et leur histoire en bref. Enseignant et agrégé de biologie, Gérard Guillot est aussi naturaliste spécialisé en botanique, ornithologie et entomologie. Il cultive depuis plus de 20 ans un immense jardin et il est l’auteur de nombreux autres livres aux sujets connexes.

Au jardin cette semaine

Au potager, comme au jardin, on n’oublie pas de passer régulièrement pour contrôler les indésirables, tailler au besoin les envahissantes, supprimer les fleurs fanées, récolter les légumes et surveiller les insectes et les maladies.

 

Semis d’été pour récolte automnale.

 

Au potager, en ce moment, on récolte et on arrache certains légumes, tels les ails et les haricots, ce qui libère de l’espace pour semer de nouveau : roquette, légumes asiatiques, betteraves, carottes, laitue, radis, épinards et navets.

Un jardin pour explorer nos sens

Peu connue, la Cour des sens au Jardin botanique de Montréal permet de vivre une expérience singulière et originale tout à fait gratuitement. Pour le maximum d’effet, on le visite avec un bandeau, afin de nous mettre pour quelques instants dans les chaussures d’un non-voyant, car à l’origine, ce jardin a été créé pour un public aveugle. D’ailleurs, c’est pourquoi son accès est facile et que les panneaux sont en français, en anglais, mais aussi en braille. Donc ici, ce qui est rare, les yeux ne sont pas sollicités, par contre, on touche allègrement, on sent à plein nez et on tend l’oreille. Le petit jardin de 500 m2 est divisé en quatre sections, dont chacune permet d’explorer diverses textures, tels le doux, le rugueux, le piquant et le visqueux, de sentir l’eau de Cologne, la sauge camphrée et le beurre d’arachide. Quant au goût, il n’est pas en reste, car on peut l’expérimenter avec les animateurs qui sont toujours sur place. D’ailleurs, l’agréable Phillipe Alarie, qui a guidé ma visite, recommande de venir la fin de semaine entre 10 h et 12 h. Pourquoi ? Car il y a moins d’achalandage et que les animateurs ont ainsi plus de disponibilité pour être avec vous. Le Jardin des sens est situé devant le restaurant du Jardin botanique. Nouveau cette année : le jeu amusant des Quatuors pour tester vos connaissances olfactives et horticoles.


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