L’indice «Peaux de banane» des assureurs

L’indice « Banana Skins », qui mesure le degré d’inquiétude dans l’assurance, est à un niveau record. Faiblesse persistante des taux d’intérêt, cyberrisque et resserrement réglementaire à outrance alimentent le pessimisme des dirigeants du secteur.

Les résultats de ce sondage sur le risque dans l’univers de l’assurance ont été publiés jeudi par le Centre d’études d’innovation financière, en collaboration avec le cabinet PwC. À quelques nuances près, les assureurs canadiens et étrangers partagent les mêmes préoccupations. L’évolution de l’environnement réglementaire, le cyberrisque et la faiblesse persistance des taux d’intérêt dominent la liste. Ces deux derniers s’invitent au classement pour la première fois, alors que « le risque lié à la réglementation est cité par les répondants canadiens et étrangers comme étant le plus important dans l’ensemble » pour une troisième année consécutive, souligne PwC.

Sur la question de la cybercriminalité, « beaucoup de gens dans le secteur croient que ce n’est qu’une question de temps avant qu’une atteinte à la protection des données se produise ». Sont évoqués les imposantes bases de données des assureurs et leurs écosystèmes complexes.

En ce qui concerne le loyer de l’argent, « les assureurs ont beau s’être bien ajustés à la faiblesse des taux d’intérêt, ils devront travailler à modifier davantage leurs produits et leur tarification si jamais les taux restent à leurs planchers actuels. Dans bien des cas, ils devront le faire aux dépens du développement de nouveaux produits. »

Cette faiblesse, amplifiée par les mesures exceptionnelles d’assouplissement monétaire, a accéléré le déplacement de l’épargne vers le marché des actions en quête d’un rendement digne de ce nom. Il a amplifié la multiplication des rendements négatifs s’étendant sur une plus longue échéance sur des titres de première qualité. Des titres dont se nourrissent assureurs, institutions financières et gestionnaires de portefeuille, les forçant à prendre plus de risques. Leur environnement opérationnel s’en trouve assombri même si, à long terme, « partout dans le monde, les gens vivent plus longtemps et ont davantage de biens à protéger ». Il reste que la faiblesse réduit les rendements sur les placements en plus de compliquer la vente et la gestion des produits d’épargne et de rente.

Cadre réglementaire

 

Ce qui amène à la préoccupation réglementaire, devenue prioritaire pour les régulateurs en ces lendemains de crise. Le 7 juillet, le Fonds monétaire international (FMI) en faisait la principale conclusion de son premier examen du système financier américain en cinq ans. L’institution exhortait les États-Unis à mener à terme la mise en place de la loi Dodd-Frank de réforme de Wall Street, adoptée en 2010, voire à la mettre au point en se dotant de nouvelles règles et d’une nouvelle autorité de surveillance visant les acteurs de la finance dite parallèle que sont les assureurs et les gestionnaires d’actifs, que la faiblesse extrême des taux d’intérêt incite à courir de plus en plus de risques, pouvait-on lire dans Le Devoir. L’Union européenne doit, de son côté, présenter l’an prochain la directive Solvabilité II, rappelle PwC.

« La recherche de rendement a poussé les assureurs à courir de plus grands risques en investissant dans des fonds privés de placement, des fonds de couverture, des titres obligataires privés plus risqués, ainsi que dans l’immobilier », et ce, alors qu’il n’y a « pas de normes nationales ni de pouvoir de supervision capable de mesurer le degré de risque ». Le FMI ajoutait que cette portion grandissante des actifs financiers des assureurs équivaut désormais au tiers du PIB américain et a fortement recours à l’effet de levier.

Changement structurel imminent

 

Reconnue pour sa nécessité, la réglementation est généralement vue par les assureurs et spécialistes de l’industrie « comme étant autoritaire et excessive », souligne PwC. Cela va de pair avec « les inquiétudes que soulèvent certaines politiques et mesures d’ingérence dans la conception et la tarification des produits ».

Au final, l’indice « Banana Skins » atteint un niveau record dans l’édition 2015 et n’est pas sans refléter « les effets perturbateurs des nouvelles technologies, les attentes changeantes des consommateurs, les exigences accrues de la réglementation et l’incertitude économique persistante ». PwC évoque un changement structurel imminent. Notamment, les effets de nouvelles technologies sur la sécurité, l’établissement des produits et la gestion des données. Aussi, « la numérisation menace les modèles établis en ce qui concerne la distribution, l’arrivée de nouveaux joueurs et l’interface client ».

De nombreux répondants s’attendent à des changements structurels majeurs au cours des prochaines années, ajoute le cabinet. Sans oublier que l’utilisation croissante des médias sociaux vient compliquer la gestion de la réputation.

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