La guérisseuse de nos amis

Photo: Bigandt Photography

Magog, PQ — Au-dessus de la porte d’entrée de la clinique vétérinaire, un triangle discret annonce les couleurs de l’endroit et sa mission holistique. Il symbolise le corps, l’âme et l’esprit.

C’est après avoir frôlé les anges et vécu une expérience de mort imminente (EMI) en 1999, suivie d’un congé d’invalidité de cinq ans, que la Dre Anne-Marie Gagnon a mis le cap vers une médecine holistique animale, plus en phase avec ses convictions. « Cette expérience a changé ma vie, mon cheminement spirituel et personnel. Je n’étais déjà plus d’accord avec certaines pratiques dans la profession : la survaccination, l’alimentation industrialisée pour les petits animaux. J’ai fini par ouvrir ma propre clinique en Estrie pour appliquer ma philosophie. » Elle a migré d’une médecine vétérinaire de campagne conventionnelle — elle soignait les grands animaux à Coaticook — vers une pratique holistique destinée aux animaux de compagnie.

La Dre Gagnon a complété un cours en médecine chinoise et acupuncture animale à Tampa, en Floride, se perfectionne toujours en ostéopathie, s’est procuré un tapis roulant aquatique pour pratiquer l’hydrothérapie en physio, a ajouté le laser thérapeutique et la cristallothérapie à l’homéopathie (déjà utilisée avec les vaches laitières, notamment) et l’aromathérapie. Le push-push de patchouli diffusé dans la clinique calme les chiens (et la drôle de bête à l’autre bout de la laisse). L’effet placebo, c’est un truc d’humains et d’idées préconçues. Les animaux n’y sont pas sensibles.

La véto fait appel à une collègue formée en chiropratique animale pour les manipulations plus sportives. Dre Céline Leheurteux « craque le pitou » une fois par mois sur place et « ramanche » les hanches et les bêtes bancales. Elle a suivi son cours au Kansas, il y a dix ans. C’est aussi ma vet. Non, pas celle de mon chat : la mienne !

La Dre Gagnon ne renie pas la médecine conventionnelle. Simplement, elle constate que l’union des deux forces dans une médecine intégrative et globale, où l’animal est traité dans son ensemble, offre de meilleurs résultats, parfois même spectaculaires. « Avant, je passais pour une flyée. Plus maintenant. Des vétérinaires me confient des cas ; par exemple, une hernie discale qui nécessiterait une chirurgie coûteuse. » Ses clients accourent de partout, de Mont-Tremblant à Trois-Rivières. « Cet hiver, j’avais un chien paralysé sans raison qui venait chaque semaine faire de l’électroacupuncture, de Terrebonne jusqu’à Magog. Son vétérinaire offrait une chirurgie à cinq mille dollars ou l’euthanasie. Aujourd’hui, cet épagneul croisé court partout après six semaines de traitements. »

La relation humain-animal

 

Il ne faut pas passer beaucoup de temps avec cette femme très calme et rassurante pour comprendre qui sont les véritables maîtres et qui sont les élèves. « Je ne fais plus de différence entre les humains et les animaux, dit Dre Gagnon. C’est une expérience différente de vie, mais qui ne parle pas notre langage. Les animaux nous donnent tellement ! Les chiens nous enseignent l’amour inconditionnel, et les chats, l’amour de soi. On devrait les copier… »

Et la vétérinaire soigne souvent les maîtres tout autant que leur animal de compagnie, car elle constate parfois que ceux-ci expriment physiquement un malaise dans la maison. « Dans le cas du chien paralysé, le monsieur n’avait pas fait le deuil de la mort de son père. Il était paralysé lui aussi. Il pleurait pendant les consultations de son chien. J’ai eu un autre chien qui faisait des crises d’épilepsie tous les lundis. C’était le jour où le père quittait la maison pour repartir travailler pour la semaine. C’était tellement tendu à la maison durant la fin de semaine que le chien relâchait la tension familiale le lundi. Nous en avons parlé, la famille en a discuté et le chien n’a plus jamais eu de crise. Ici, c’est un temple de guérison. L’animal permet parfois à l’humain de guérir en lui révélant des choses à propos de lui-même. On crée notre animal à notre ressemblance tous les jours », constate cette spécialiste de la médecine comportementale qui gagne la moitié du salaire auquel elle pourrait aspirer dans une clinique conventionnelle. « Je gagne ma vie, mais il y a un coût… » Celui d’être corps, âme et esprit avec sa pratique.

Des capotés de sorciers ?

La Dre Gagnon donne des conférences à ses pairs sur le lien humain-animal comme outil diagnostic et écrit un livre qui s’intitulera Le rôle secret et sacré des animaux.

Depuis l’ouverture de sa clinique, en 2006, certains éleveurs de chiens l’ont ajoutée à leur carnet d’adresses, car la Dre Gagnon vaccine moins et discute également d’alimentation avec eux. Leurs animaux tombent moins malades depuis qu’ils s’intéressent au BARF (Bone And Raw Food). « On les nourrit avec des aliments dépourvus de vie, full maïs transgénique et protéines “mortes de peur”. On maintient les animaux malades avec cette nourriture, comme chez l’humain. C’est aussi dommageable pour les chats, qui mangent trop de féculents et devraient être nourris à 95 % de protéines. Ils développent du diabète, de l’obésité et de l’hyperthyroïdie. »

Dans un immense congélateur, au fond de sa clinique, la véto conserve de la nourriture crue congelée à base de viande et de légumes. « C’est bon ! J’y ai goûté ! » lance la Dre Leheurteux, l’air de vouloir m’inviter à souper.

Une notaire est en visite avec son border collie de 6 ans, blessé à la hanche en parcours d’agilité. L’autre chien de cette cliente, un berger allemand de 13 ans, a été traité en cristallothérapie faute de pouvoir l’inscrire à des cours de doga (dog yoga) avancé. « Les cristaux l’ont littéralement rajeuni ! Ça fonctionne vraiment », me dit sa maîtresse.

« On n’est pas des capotés de sorciers ! s’amuse la Dre Gagnon. J’ai mon laboratoire sur place, on fait des analyses sanguines, on pose des diagnostics scientifiques. Mais on parle du reste aussi. »

Et surtout, la Dre Gagnon a appris à observer le langage non verbal, tant chez les animaux que chez leurs maîtres. Les plus malades ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Plus je connais les hommes et plus j’aime mon chien

L’humain est cet animal vampire qui se nourrit non seulement de la chair du vivant pour survivre, mais aussi de sa vitalité elle-même et de son affectivité

Reçu Toxic croquettes (éditions Thierry Souccar, 2014), de la Dre Jutta Ziegler, vétérinaire en Autriche forte d’une trentaine d’années d’expérience en santé animale. Désormais spécialisée en homéopathie et nutrition animale, elle a écrit ce livre, devenu succès de vente en Allemagne. À travers des histoires de cas, elle s’attaque tant aux aliments industriels qu’aux antibiotiques et vaccins, sans compter les sélections excessives chez les éleveurs qui créent de grosses faiblesses. Moi qui pensais que les propriétaires d’animaux qui font à manger à leur protégé étaient un peu zélés… Je crois que je vais au moins ajouter du Bio K à la diète de ma chatte !

 

Aimé Les amis de mes amis de Dominique Lestel (Seuil, 2007). Pourquoi sommes-nous amis avec les animaux et leur consacrons-nous autant d’attention et d’argent ? Certains pourraient juger excessives toutes ces dépenses. Le livre d’anthropologie philosophique de cette amoureuse des animaux nous explique que « nous saturons nos espaces d’animalité affectueuse parce que nous sommes des créatures affectivement blessées par essence, et nos débordements affectifs constituent un palliatif à notre solitude spécifique ».

 

Donné 5 $ à un punk qui quêtait devant Radio-Canada avec son chat prénommé Crêpe Suzette, en laisse sur l’épaule. Je lui ai dit que c’était pour son chat…

À rebrousse-poil

Une amie véto, portée sur l’humour, me  demande ce que je pense du « Pharmachien », ce pharmacien vulgarisateur scientifique en « chienne » blanche qui blogue en bédé sur la pseudo-science.

— Je suis allergique au personnage, à cause du ton en général, même si je lui reconnais une valeur pédagogique qui pourrait charmer un pré-ado. Ce pseudo-humour sous des airs de pseudo-certitudes appliquées à tous les sujets et sans donner de références, ce tutoiement détestable, cette « autorité morale » qui critique le Big Pharma du bout des lèvres (dans Pharmachien, il y a le mot « pharma »), cette attitude moqueuse de tout, mais constructive de rien… Bref, je classe cela dans la catégorie démagogie et mauvaise foi appliquée malgré le fait qu’il tente d’inculquer des notions de base. Disons que c’est une vision du monde assez étroite et faussement rassurante sur laquelle butent ma curiosité naturelle et mon expérience de vie, car la science n’arrive pas à tout expliquer, surtout l’inexplicable. Ça répond à ta question ?

Nous serions le seul animal à nous acoquiner à d’autres espèces dans « une perspective non prédatrice ». À lire, pour élargir la notion d’amitié.


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