Une Caisse mature

La Caisse de dépôt a 50 ans. Une Caisse déjà adulte, devenue aujourd’hui mature dans son accompagnement du développement économique québécois. L’intervalle entre le premier jour et cette belle sérénité retrouvée se veut l’histoire d’une naissance attendue menant à une adolescence heureuse, suivie d’une crise identitaire ayant précédé le choc d’un verglas financier prélude d’une tempête parfaite.


L’opposition officielle soulignait mercredi les 50 ans de l’institution. « Le 15 juillet 1965, le gouvernement Jean Lesage adoptait la loi 51 créant la Caisse de dépôt et placement du Québec […] devenue un puissant outil d’émancipation et de développement économique pour les Québécois […] Cela nous a permis, à l’époque, de nous sortir de l’emprise du milieu financier de la rue St-James », peut-on lire dans un communiqué de quelque trois paragraphes. Un petit rappel qui nous ramène à la pertinence de ce levier économique pour le Québec, qui cherche à se mondialiser.

Les chiffres sont astronomiques. De 179 millions au terme du premier exercice, l’actif sous gestion dépassait les 332 milliards à la fin de 2014. De 0 à l’origine, l’actif net des déposants touchait les 225 milliards l’an dernier. Le rendement sur l’horizon ? Du 8,6 % annualisé, selon les données officielles de l’institution.

Ces 50 ans abritent seulement 8 années de rendement négatif. Un faible épisode de contre-performance qui masque cependant la période sombre du début de la décennie 2000 ayant culminé avec la « tempête parfaite » de 2008. Cette perte historique de 25 % suivait les résultats d’une année 2007 plombés par les pertes comptables associées à la déconvenue des PCAA, élevée au rang de crise du « verglas financier ». Elle venait d’effacer les gains des quatre années précédentes, qui succédaient à deux années de rendement négatif traduisant l’enflure d’une surexposition aux titres Technologie et Média en pleine bulle boursière.

Séquence malheureuse

Cette malheureuse séquence faisait ombrage à une décennie 1980 plutôt heureuse, placée sous le thème de « Faisons des Québécois un peuple de propriétaires », avec une Caisse étendant ses investissements à l’immobilier et au monde boursier sans délaisser pour autant les obligations, à prépondérance québécoise. Elle ramenait à l’avant-scène les travers d’un interventionnisme politique insidieux. L’ingérence politique devenue omniprésente a forcé l’adoption de règles de gouvernance retenant notamment la séparation des pouvoirs entre le président du conseil et le président.

Une crise identitaire venait d’éclater, faisant saliver une Bay Street multipliant les dénonciations d’omnipotence de la Caisse. Les lendemains de l’éclatement de la bulle des valeurs technologiques et de l’enlisement de la Caisse dans l’acquisition de Vidéotron ont alimenté les déchirements, nourrissant la thèse militant en faveur d’une scission du monopole et du portefeuille de l’institution.

La brèche était créée, conduisant le gouvernement Charest à modifier en 2004 le dosage du mandat originel venant pourtant expliquer pourquoi les déposants sont captifs. Désormais, la contribution de l’institution au développement économique du Québec devenait subordonnée à l’impératif d’un rendement optimal, poussant davantage la Caisse dans son rôle de fiduciaire de l’épargne de ses déposants. Le virage « performance » amorcé l’année précédente s’en est trouvé cimenté, alimentant une obsession de rendement à la Caisse.

Michael Sabia a pris la relève en mars 2009. L’institution est redevenue ce partenaire patient, sans autre ingérence politique. Elle s’est éloignée de la volatilité de marchés boursiers plutôt cycliques et de leur horizon de court terme pour s’engager davantage dans l’économie réelle. Dans les placements privés, les infrastructures, les partenariats et autres investissements à long terme. Elle joue la carte de sa masse critique pour accompagner les entreprises québécoises à l’international, et de sa notation triple A pour prendre le relais des gouvernements dans les projets d’infrastructures publiques ayant un but lucratif. Tout en jouant de sa puissance financière pour faire entendre sa voix lorsque rendement et développement économique du Québec se conjuguent.

Dans une entrevue à L’Actualité, le p.-d.g. parle de son souhait d’exporter toute cette expertise à l’international. De mondialiser la Caisse.

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