Un gros sacrifice

Il ne serait pas trop exagéré de dire qu’historiquement, les Mets de New York constituent un cas assez déplorable si l’on considère l’élément succès sur le terrain. Certes, il y a eu les Miracle Mets de 1969 qui ont profité d’un effondrement des Cubs de Chicago — un autre cas assez déplorable si l’on considère l’élément succès sur le terrain — en fin de saison pour atteindre les éliminatoires et remporter la Série mondiale, et en 1986, on avait pu remarquer une remontée alors que l’équipe en était rendue à sa dernière prise et un certain roulant de routine se faufilant entre les jambes de Bill Buckner en route vers un autre championnat, mais c’est à peu près cela. (Notons quand même 1973 pour la force de ce qu’on y a entendu : en juillet, les Mets occupaient le dernier rang de leur division mais la course était serrée, et quand un reporter d’enquête sur le terrain des vaches s’est enquis auprès de leur gérant, un dénommé Yogi Berra, de ses sentiments, celui-ci a répondu que ce n’est pas fini jusqu’à ce que ce soit fini, ou quelque chose d’approchant, et voilà, on n’en est pas encore revenu. Cette année-là, les Mets ont bouclé la saison régulière avec un rendement de, 509, le plus faible de tous les temps pour un champion de ligue au baseball majeur, et ils se sont inclinés en Série mondiale contre les A’s d’Oakland.)

De fait, les choses ont bien mal commencé pour les Mets : à leur première saison, en 1962, ils ont présenté le pire dossier du XXe siècle, 40 victoires et 120 défaites. Ils étaient si mauvais que leur gérant, le vénérable Casey Stengel, un philosophe qui avait obtenu le surnom de « The Ol’Perfesser », avait demandé tout haut « y a-t-il quelqu’un ici qui soit capable de jouer ? » et déclaré « je suis dans le baseball depuis toujours, mais ici, je découvre chaque jour de nouvelles façons de perdre ».

Ceci pour dire qu’année après année, plusieurs partisans des Mets préfèrent ne s’attendre à rien, histoire d’éviter la déception, sachant que ça va probablement foirer. Comme cela risque d’arriver cette saison : après un début de 2-3, l’équipe a collé 11 victoires et remporté ses 10 premiers matchs à domicile. Il y avait de quoi rêver, mais les choses sont revenues à la normale depuis et les Mets présentaient avant leur match de vendredi une plate fiche de 40-40 et ils ont laissé filer une avance de 8 matchs au classement.

Que faire dans les circonstances ? Vous savez que vous êtes en difficulté quand même votre gérant, en l’occurrence Terry Collins, s’avoue à court de solutions.

« La seule chose qui reste à faire est de procéder à un sacrifice humain, a dit Collins. Nous allons choisir quelqu’un. »


Mettons que le sacrifice au baseball revêtait jusqu’ici un sens un peu différent…

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