Divertissons-nous

Question de tromper l’ennui qui guette tout un chacun, il nous est loisible de nous tourner vers une constellation de sujets pittoresques qui émaillent le quotidien du merveilleux monde du sport™, un univers fourmillant de personnages truculents et plus étonnants que nature.

Suivre le feuilleton de la Fédération internationale de football association, par exemple, induit une délectation indubitable dans le secteur de la région. Nous avons ici un groupe sélect de hauts dirigeants arrêtés, des accusations de corruption et de fraude, des allégations de votes achetés pour l’attribution de Coupes du monde, et un président qui est réélu pour un cinquième mandat alors que lorsqu’il avait été élu pour un quatrième mandat, il avait assuré qu’il ne solliciterait pas un cinquième mandat, qui démissionne quelques jours plus tard, qui dit ensuite qu’il n’a pas démissionné mais a plutôt « mis [son] mandat à disposition », qui reste en poste jusqu’à ce qu’on lui ait trouvé un successeur, qui laisse entendre ensuite qu’il pourrait être candidat à sa propre succession s’il n’y a pas d’autre candidat valable — lui seul apparemment étant juge de ce que peut bien être un candidat valable —, qui assure qu’il n’a rien à se reprocher tout en disant qu’il faut d’urgence des réformes en profondeur auxquelles il n’a pas jugé bon de procéder pendant les 17 années où il a exercé les fonctions de grand patron, qui déclare à un magazine allemand que ce n’est pas parce que la FIFA est corrompue que lui-même l’est, que vous devez détenir des preuves, que quiconque avance sans preuves qu’il est corrompu devrait être envoyé en prison.

Divertissant, non ?

Notons que contrairement au protocole, le président de la FIFA ne viendra pas au Canada pour remettre le trophée de la Coupe du monde féminine aux gagnantes dimanche à Vancouver. Motif officiel : ce jour-là, il a des engagements à Zurich qu’il doit rigoureusement respecter. Rigoureusement. Le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke, qui n’a rien fait de suspect dans l’affaire de l’attribution de la Coupe du monde de 2010 — c’est ce qu’il a dit, ça doit donc être vrai —, ne sera pas présent non plus parce que, tenez-vous bien ça va donner un petit coup, il a des engagements à Zurich qu’il doit rigoureusement respecter. On sait depuis quelques années déjà que la finale aura lieu dimanche à Vancouver, mais que voulez-vous, quand ça n’adonne pas, ça n’adonne juste pas. Mais ça n’a rien à voir avec le fait que sortir de Suisse peut parfois se révéler périlleux.

Pourtant, il y aurait là une occasion de rencontrer Alex Morgan. Or qu’a dit le site Web de la FIFA dès le premier paragraphe d’un texte portant sur le match de demi-finale de mardi entre l’Allemagne et les États-Unis ? Que Morgan, une attaquante américaine de son état, non seulement pratique un style de jeu agréable à observer, mais en plus, elle est jolie. Il faut donc conclure que si elle était laide, son style de jeu serait beaucoup moins agréable à observer.

À moins que… Remontons à 2004 et écoutons le grand boss de la FIFA suggérer que les joueuses de foot se produisent dans des uniformes « plus féminins ». Des shorts « plus petits », notamment. Ça, ça serait une réforme en profondeur dont on a besoin d’urgence.

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