La science inexacte

Si on n’a pas entendu à mille reprises au cours des derniers jours que, dans quelque sport que ce soit, un repêchage ne relève pas de la science exacte, on ne l’a pas entendu une seule fois. Non, Madame : chaque joueur que vous choisissez constitue un pari, et allez donc savoir comment l’avenir d’un jeune homme de 18 ans se développera. Les premiers tours de l’exercice pullulent de gars dont on n’a plus jamais entendu parler par la suite, alors que si, parce qu’on n’a rien de particulier d’autre à faire, on s’amuse à dresser une liste non exhaustive des vols en plein jour réalisés au fil du temps, on retrouve Brett Hull au 117e rang en 1984 par les Flames de Calgary, qui avaient alors paru bien futés mais qui avaient fait un peu moins preuve de qualités prophétiques en l’échangeant aux Blues de St. Louis après qu’il eut disputé 57 matchs sur deux saisons. Hull devait ensuite marquer ailleurs qu’à Calgary seulement 714 buts en saison régulière en carrière.

On trouve également le nom de Daniel Alfredsson, 133e en 1994. Et que dire de Luc Robitaille, 171e en 1984, et Pavel Datsyuk, 171e itou en 1998. Ou de Henrik Lundqvist, 205e en 2000.

Quant à Dino Ciccarelli, Joe Mullen et Adam Oates, trois distingués membres du Temple de la renommée, ils n’ont jamais même été repêchés. Tout comme Martin St-Louis, d’ailleurs.

Et on a eu un autre indice de la volatilité de la chose lundi quand on a annoncé l’intronisation prochaine au Temple de la renommée de Nicklas Lidstrom et Sergei Fedorov, entre autres. Les deux ont été sélectionnés en 1989 par les Red Wings de Detroit, le premier au 53e échelon et le second au 74e. Or qui avait été repêché au 2e rang cette année-là, derrière Mats Sundin ? En plein cela : Dave Chyzowski, dont vous vous souvenez certainement avec un petit quelque chose dans la région.

Et pour tourner un peu la plaie autour du proverbial fer à friser le ridicule, soulignons qu’en 1989, votre Canadien, qui parlait en 13e place, avait jeté son dévolu sur Lindsay Vallis, qui a disputé un total général de une (1) joute dans la Ligue nationale. On peut avancer ici que le mot « jeté » se révèle dans les circonstances particulièrement mieux choisi que Vallis lui-même.

En fait, même si on possède un choix initial vraiment très élevé, rien n’est garanti. Chris Pronger sera aussi admis au Panthéon cette année ? Il avait été repêché au 2e rang par les vénérables Whalers de Hartford en 1993, mais à cette occasion, il avait été devancé par… Alexandre Daigle.

Le repêchage de la LNH existe depuis 1963 et une seule fois les deux premiers joueurs réclamés se sont frayé un chemin jusqu’au Temple : en 1971, Guy Lafleur et Marcel Dionne. On peut supputer qu’au moins deux autres duos, Alexander Ovechkin et Evgeni Malkin en 2004 et Steven Stamkos et Drew Doughty en 2008, sont de sérieux aspirants, tout comme les prodiges de vendredi, Connor McDavid et Jack Eichel.

Mais comme pour tout repêchage, il y a une seule conclusion à tirer : on verra bien.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Charles Talon - Abonné 30 juin 2015 11 h 04

    Repechage

    Est-ce qu'un jour, on songera à protéger, entourer, protéger ces jeunes talents millionnaires à un âge aussi tendre? Le merveilleux monde du sport n'est pas le seul à déplorer la défaillance de jeunes devenus trop riches prématurément... V.g. Que restera-t-il de notre Justin Bieber dans dix ans?
    Moi-même qui, à dix-huit ans, vivais le vœu de pauvreté me demande ce que je serais devenu avec une fortune de ce genre... La sagesse et la sérénité qui l'accompagne ne sont-ils pas l'apanage de ceux qui n'ont plus la capacité de réaliser leurs phantasmes?

    Charles Talon