Une grande première

Lorsque l’on jette un coup d’oeil ne serait-ce que furtif autour de soi, on ne tarde pas à procéder à un constat d’ensemble : par les temps qui courent, la barbe semble particulièrement à la mode dans le merveilleux monde du sport™, et pas seulement en séries. Elle est comme ça, la mode : elle débarque sans s’annoncer et change votre vie sans même vous demander votre avis. Nous avons tous souvenance des glorieuses années 1970, quand par exemple les Athletics d’Oakland ont remporté trois fois d’affilée la Série mondiale en ayant la particularité de porter la moustache. Le truc était devenu tellement prisé que le propriétaire de l’équipe, Charlie O. Finley, qui n’était pas vraiment reconnu pour ses excès en matière de dépenses, versait une prime à ses joueurs moustachus.

Et maintenant ? La barbe. Mais pas une prime, non madame. Une commandite.

Ainsi la firme Wahl Home Products, qui fabrique notamment mais non exclusivement des instruments destinés à la gestion du pelage, a-t-elle établi, selon des critères qui ne regardent qu’elle, que Washington est la ville des États-Unis la plus hospitalière pour les hommes barbus (l’an dernier, c’était Boston, qui a toutefois chuté au 17e rang). Et de là à honorer un joueur des Nationals arborant une solide toison faciale, il n’y a qu’un pas. L’heureux élu : le lanceur Gio Gonzalez, le premier être humain connu à avoir une barbe commanditée. Ça ne s’invente pas, on n’arrête pas le progrès comme ça et toutes ces choses.

« En hommage à la ville no 1 [en matière de popularité de la barbe] et à l’un de ses intervenants clés, Wahl fait ce qui ne s’est jamais fait auparavant : commanditer une barbe, a déclaré l’entreprise cette semaine. Pendant les quatre prochains mois, la barbe appartenant au lanceur partant de Washington Gio Gonzalez vous sera présentée par Wahl. La barbe attrayante de Gonzalez, combinée à l’amabilité de l’homme et à sa terrible balle courbe, fait de lui le choix évident pour ce précédent. »

Gonzalez a pour sa part dit : « Au nom de ma barbe, j’accepte cet honneur. Quand j’ai entendu pour la première fois que Wahl voulait commanditer ma barbe, j’ai songé : « ils veulent faire quoi ???? » Mais je dois dire qu’il est excitant d’être le propriétaire de la première barbe jamais commanditée. Des poils au visage correspondent à ma personnalité. Pour moi, c’est une question de confiance, de confort, et de sex-appeal par-dessus tout. »

On ne sait pas combien d’argent recevra Gonzalez pour sa peine, mais il devra garder sa barbe bien entretenue pendant la durée de l’entente et chaque fois qu’il en parlera publiquement, il devra mentionner qu’elle est présentée par Wahl. Il agira ainsi à titre, selon l’expression officielle, d’« ambassadeur antirasage ».

Gonzalez a par ailleurs tenu à souligner la contribution essentielle de son coéquipier voltigeur Jayson Werth, qui porte la barbe depuis longtemps. « Il a été un pionnier pour nous, a dit le lanceur. Il nous a montré la voie. »

 

La prochaine fois, nous dresserons un inventaire exhaustif des autres artefacts sportifs susceptibles de faire l’objet d’une commandite, à commencer par les étapes menant au retour du baseball majeur à Montréal, de celui de la Ligue nationale de hockey à Québec et de toutes les autres affaires qui n’en finissent plus de ne pas commencer.

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