La bourde du général Lawson

Il m’est arrivé souvent de répondre à la question : « Qu’allez-vous faire maintenant ? » par l’affirmation suivante : « Je n’ai pas de plan de carrière, mais j’ai de la suite dans les idées. » Il est probable que ce soit à cause de ça que la récente déclaration du général Lawson m’est allée droit au coeur. Je ne peux plus accepter les explications niaises des hommes pour justifier un comportement inacceptable envers les femmes, que ce soit dans l’armée canadienne ou ailleurs. Leur « tuyauterie particulière » ou leurs pulsions dominatrices dont le général a parlé ne peuvent justifier en rien le viol, la violence ou le mépris que des hommes continuent d’exercer contre les femmes.

Des hommes ont changé cette donne ridicule en regardant les choses en face et je reconnais avec joie qu’ils ne toléreraient plus que leurs filles soient traitées comme d’autres femmes le sont encore chaque jour et dans tous les domaines, au travail, aux études, comme serveuses ou comme secrétaires principales, ou dans les Forces canadiennes où les abus ont été répertoriés grâce à la commission de l’ex-juge Marie Deschamps. Être une femme est encore dangereux partout à travers le monde. C’est répugnant et anormal.

Les femmes travaillent depuis longtemps pour l’atteinte de l’égalité hommes-femmes. Chez nous, les politiciens s’en gargarisent et pourtant rien ne bouge. C’est plutôt le contraire qui se produit. Nous accusons un recul par rapport à ce que nous avions déjà gagné.

De la suite dans les idées

Je vais partager avec vous une lettre que j’ai adressée à mes collègues ministres le 13 février 1980. Ça ne date pas d’hier. J’étais une des leurs. Je leur parle du 8 mars 1980… Je suis ministre d’État responsable de la Condition féminine.

« [J]e ne suis pas la seule ministre responsable des conditions faites aux femmes du Québec. J’ose espérer que les 26 ministres responsables de leur condition se manifesteront au cours de cette semaine. Le fait de donner aux femmes leur égalité juridique ne suffit pas. Si le gouvernement ne peut déposer en Chambre le projet de loi intitulé Loi pour changer la mentalité des hommes, des femmes, de l’entreprise privée, des syndicats et des gouvernements face à la condition féminine, je me permets d’espérer que mes collègues à tout le moins vont aller au-delà du strict nécessaire, du plancher, de la bonne conscience et qu’ils vont laisser, sinon leur coeur, du moins leur sens de la justice admettre que les manifestations de sexisme et que l’esprit de discrimination sont présents partout, même dans notre administration et dans celle de nos ministères. »

« J’ai rencontré des milliers de femmes à travers le Québec. Des femmes que tous les pouvoirs ont appris à courtiser puisque le féminisme, je l’ai déjà dit, est maintenant devenu rentable. Mais les femmes, ce 52 % de notre population et donc de notre électorat, ces femmes sont de moins en moins dupes des “ marchés ” que leur proposent les différents pouvoirs. Et, pour le meilleur et pour le pire, moi aussi je suis une femme. »

« Mars est un mois de bilans. Le gouvernement fera aussi son bilan en condition féminine avec nos actifs et nos passifs, car tout n’est pas fait, ni même en voie de réalisation et ici, je ne me réfère qu’à la ligne minimale, soit les recommandations de la politique d’ensemble du Conseil du statut de la femme, Égalité et indépendance. »

« Je compte rendre ce bilan public et peut-être y aurait-il lieu pour vous de réviser les mesures que vos ministères s’apprêtent à prendre ou à omettre de prendre. Ce n’est pas moi qui le demande, mais bientôt ce sont les Québécoises qui l’exigeront. » J’ai signé cette lettre.

L’eau a coulé sous les ponts

De 1980 à aujourd’hui, il s’est écoulé 35 ans. Ce n’est pas rien. En sommes-nous arrivées à l’égalité ? Jamais de la vie. La situation en 2015 est pire. Nous n’avions pas absolument besoin des déclarations du général Lawson pour bien le comprendre, car c’est évident que ce qui se passe dans les Forces se passe aussi dans les usines et les bureaux. Les femmes choisissent souvent de garder le silence, car si elles parlent, elles se voient renvoyer au bas de l’échelle comme punition.

J’ai donc repris le dossier de l’égalité entre les hommes et les femmes en toute liberté parce qu’il m’apparaît que notre société serait mieux équilibrée dans ce nouveau rapport. Les femmes d’aujourd’hui sont porteuses de solutions et nous aurions tort de ne pas profiter de leur sagesse acquise si durement.

De là le Collectif pour l’égalité qui a vu le jour il n’y a pas longtemps. Ce collectif espère regrouper les Québécoises de toutes origines et de toutes options politiques puisqu’il sera non partisan. Nous espérons aussi que quelques hommes se joindront à nous par conviction.

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17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 26 juin 2015 02 h 50

    Combien de mairesses au Québec et dans les ex commissions scolairess

    Quand j'ai vu la soeur de madame Francoise David comme ministre de la culture du gouvernement Couillard, je me suis dit: la différence entre les hommes et les femmes n'est pas si grande, en fait s'il fut un temps ou les femmes laissaient aux hommes le soin de prendrent toutes les grandes décisions , c'est de moins en moins vraie, ca fait longtemps que le rôle de mere ne suffit plus, nous avons de plus en plus de femmes dans les professions libérales, se pourrait-il qu'il y ait plus de femmes en affaires qu'il y a d'hommes, il y a combien de mairesses au Québec, il y en a combien dans la mafia, dans la police , en politique, dans les grandes institutions financieres, n'avons nous pas nos quelques madames Tatcher

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 juin 2015 09 h 07

      Le gouvernement Couillard qui avait promis au moins un pourcentage de 40 % de femmes au conseil des ministres n'a jamais respecté cette promesse`: 8 femmes seulement sur 26 ministres.

      «Les femmes représentent maintenant 32% des conseillères municipales et 17,3% des mairesses (Source : données préliminaires en date du 25 novembre 2013, MAMROT).»

      On est très loin du compte!

      Cette impression selon laquelle les femmes prennent maintenant beaucoup de place alors qu'il n'en est rien, m'apparaît toujours être une sensation d'«invasion» de la part de ces personnes plutôt qu'une réelle acceptation de l'égalité et de l'idéal d'égalité.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 26 juin 2015 05 h 10

    Le dossier de l'égalité vous dites !

    Mme Payette, vous êtes une battante, une femme d'un grand courage et vous ne faites pas dans la dentelle.
    Après vous être attaqué au dossier de l'égalité ou l'indépendance, vous avez dû faire face aux Yvettes qui sont toujours difficiles a convaincre de vos profondes convictions, maintenant vous reprenez le dossier de l'égalité entre les hommes et les femmes et vous devez faire face aux philosophes de l'armée canadienne, qui soit dit en passant est là pour protéger les citoyens canadiens, mais qui génèrent plutôt des réflexions phallocentriques à la Dawson, Williams et Côté:

    a) général Dawson pour lequel la philosophie "égalité hommes femmes" ne tient qu'à une différence biologique, différence qui est la conséquence des centaines de plaintes d'agressions sexuelles à l'endroit des femmes dans l'armée canadienne (voir Le Devoir du 23 juin)

    b) colonel/commandant Russell Williams qui s'est reconnu coupable: de deux d'agressions sexuelles sur des femmes, de deux meurtres prémédités de femmes qu'il avait violenté au préalable et pour lesquels il fût condamné à 25 ans de prison

    c) capitaine Jean Charles Philippe Côté, à la retraite, pédophile condamné à 7 ans de prison pour avoir agressé deux fillettes pendant des années en République dominicaine. Les journaux rapportaient qu'il n'éprouvait aucun remords. (voir les médias de l'automne 2014)

    Et vous croyez réellement pouvoir faire quelque chose avec ces supposés protecteurs de nos sociétés ?

    Mme Payette, vous vous attaquez à gros, à très gros, à l'institution qui profite de budgets illimités du gouvernement fédéral pour ses entreprises, dont celle de se défendre contre toute attaque, de qui que ce soit.
    Bon courage Mme Payette je vous souhaite de l'énergie inépuisable et soyez assuré que je tenterai, à toutes les occasions qui se présenteront, de faire ma petite part pour "l'égalité hommes femmes".
    Merci Madame pour tant de courage.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 26 juin 2015 18 h 06

      J'en ai marre des amalgames que vous faites Madame, a vous lire tous les hommes sont des etres ignobles, et j'en passe, souvenez vous que parmis ces hommes la majorité ne se comporte pas de manieres aussi outrageantes..
      Autant chez les militaires que dans la société civile, a mon humble avis d'ailleurs. Un ex Officier de marine qui ose vous l'affirmer haut et fort, reprenez vous chère madame, ce n'est pas en généralisant qu'on peut trouver les actions positives afin de corriger tous les abus quels qu'ils soient.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 27 juin 2015 04 h 52

      @ M de Ruelle,
      Je suis tout à fait d'accord avec vous que tous les hommes ne sont pas des êtres ignobles, et ...
      Mon commentaire n'est pas concernant les hommes en général, mais il concerne les hauts gradés des forces armées. Le général, le colonel et le capitaine.
      Trois gradés qui doivent être les leaders d'une société qu'ils doivent protéger. Des leaders qui doivent nous protéger, mais qui au contraire agressent nos femmes et enfants. Des leaders qui doivent être des exemples et qui donnent des ordres à des milliers de soldats sous leur commandement.
      Ces soldats n'auront-ils pas tendance a agir comme leurs supérieurs ?
      Vous ne trouvez pas ça ignoble vous cette chaîne de commandement ?
      Non, ce que vous trouvez ignoble c'est que votre ex Institution soit montrée du doigt dans ce qu'elle a de plus vicié. C'est que votre ex Institution fait la démonstration de son manque d'évolution dans sa réflexion. Officier de Ruelle, que pensez-vous de la constitution biologique hommes/femmes ?

      Mon commentaire concernait spécialement une vraie démocrate canadienne qui mérite votre protection. Une Dame avec une réflexion, un courage et une détermination sans mesure. Une Dame que les forces armées Canadiennes auraient bien eu besoin dans ses rangs.

      En tant qu'ex-Officier de marine vous me dites haut et fort; "reprenez vous chère madame, ce n'est pas en généralisant qu'on peut trouver les actions positives afin de corriger les abus..."
      Monsieur de Ruelle, en tant qu'Officier alors que vous étiez actif, qu'avez-vous fait concernant les plaintes de harcèlement sexuel à l'encontre des femmes? Dites moi Monsieur, qu'une seule action que vous auriez faite, je n'irai pas aussi loin sachant que les plaintes des femmes n'étaient pas de votre responsabilité, mais dites-moi qu'une seule parole haut et fort que vous auriez dit pour les femmes agressées dans votre armée?
      et je vous ferai grâce du Caporal Lortie, de la Somalie, du Rwanda...

    • Johanne St-Amour - Inscrite 27 juin 2015 19 h 06

      Mais je suis tellement lasse de ces hommes qui pensent qu'en dénonçant les responsables des problèmes -sexistes et de violence ici - on dénonce tous les hommes: belle façon de ne jamais cibler les vrais problèmes et les vrais responsables, et même de les protéger.

      Si le chapeau vous fait M. de Ruelle, mettez-le, sinon il serait infiniment agréable de dénoncer ces hommes qui font du tort à des hommes comme vous - homme intègre et honnête -. Ce sont eux qui font du tort à tous les hommes intègres!

  • Hélène Gervais - Abonnée 26 juin 2015 06 h 11

    Comment s'y prend-on pour en faire partie?

    Devenons-nous membre? Avez-vous un site internet? Pouvez-vous l'annoncer dans ce journal?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 juin 2015 06 h 26

    L’égalité

    Mme Payette, j'ai l'impression que tous les avancements que vous et vos sœurs avez obtenus sont malheureusement à reconquérir et à rebâtir maintenant que vos autres sœurs, venues d'ailleurs, partent d'encore plus loin que vous ne l'avez jamais été. La révolution féminine vient de prendre toute une débarque, et ce n'est pas les hommes d'ici qui vous l'ont fait prendre. Les hommes d'ici sont tolérants et nous vous soutiendrons quel que soit votre accoutrement, mais, à première vue, le «front commun féminin» semble diffus. Au point où nous ne savons plus sur quel pied danser. Entendez-vous mesdames et nous ferons comme d’habitude, nous vous accepterons comme vous êtes (sauf les hommes imbéciles évidemment). Comme dans tout bon couple, donnez-nous la marche à suivre et nous l’adopterons.

    Entendez-vous mesdames et nous vous entendrons. En attendant, tout ceci n’est que fouillis.

    PL

    • Johanne St-Amour - Inscrite 26 juin 2015 08 h 56

      Tiens déjà une résistance masculine déguisée en appui!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 juin 2015 05 h 44

      Mais où est-ce que je résiste ? Entendez-vous et je suivrai. Les premières personnes à convaincre ne sont pas les hommes, ce sont les «autres» femmes. Ce n'est pas à moi, pauvre homme, d'aller dire aux femmes qui ne pensent pas comme vous comment agir et penser. Si je le faisais, je me ferais tomber dessus à bras raccourci par qui pensez-vous ? Par vous madame. Le combat des femmes ne se fera pas par les hommes. Vous n'acceptez pas d'être «dirigées», je ne mettrai sûrement par «devant». J'ai été marié deux fois à des femmes merveilleuses et à caractère, je suis «domestiqué» madame, je connais ma place.


      Puis-je prendre la liberté de vous souhaiter une bonne journée madame; sans vouloir vous influencer.

      PL

    • Johanne St-Amour - Inscrite 27 juin 2015 19 h 13

      Et bien justement, M. Lefebvre, vous exigez que toutes les femmes s'entendent et rapidement. Vous reprochez aux femmes d'avoir un projet diffus. Mais peut-on laissez venir ce projet?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 juin 2015 06 h 35

    Quoi rajouter...

    sinon que je suis tout à fait d'accord avec vous Mme Payette...
    En 1980, j'avais 37 ans...aujourd'hui, presque le double.
    L'égalité pour demain....alors que les mentalités "tardent" à évoluer....ce n'est pas
    demain la veille ! Les "retardataires" sont encore à évaluer ... à soupeser ... à tergiverser... Et l'exemple, souvent vient de haut...