Autre mandat pour Lagarde?

Christine Lagarde ne dirait pas non à un deuxième mandat. Cette confrontation directe entre le FMI et la Grèce rappelle effectivement que tout ce qui devait être fait dans l’après-Strauss-Kahn reste à faire.


Le Fonds monétaire international a dû apprendre à vivre avec le reproche qui lui a été fait de n’avoir pas su sonner l’alarme d’une crise financière imminente en 2007. Aujourd’hui, l’institution doit assumer son influence derrière cette austérité sans croissance appliquée telle une médecine de sortie de crise.

D’ailleurs, le FMI a eu l’humilité d’admettre l’imprécision de l’approche, que l’on jugeait plutôt vertueuse en début de crise. Dès 2013, la directrice générale reconnaissait que « l’effet des plans d’austérité sur la croissance est plus fort que ce que nous avions anticipé il y a trois, quatre ans ». Son économiste en chef venait d’évoquer une « erreur d’anticipation », les paramètres retenus dans le modèle appliqué sous-estimant l’impact négatif des politiques d’austérité budgétaire.

Autre moment-surprise : les excuses présentées au Royaume-Uni en 2014, l’institution ayant soutenu avoir critiqué à tort la politique d’austérité menée par le gouvernement Cameron eu égard à la récente amélioration des perspectives économiques dans ce pays. Double discours ? Mme Lagarde multipliait auparavant les sorties plutôt critiques à l’endroit des politiques empruntant au néolibéralisme qui, en 20 ans, ont engendré une aggravation des inégalités. Elle regardait du côté du Canada, de la Grande-Bretagne et des États-Unis pour déplorer le fait que l’austérité et ses réformes imposant une cure minceur aux programmes sociaux pouvaient expliquer pourquoi la richesse collective n’a jamais été aussi concentrée entre si peu de mains. Bref, si la crise a creusé les inégalités, l’austérité les a cristallisées.

Chômeurs par millions

Elle ne pouvait, ainsi, que constater que la crise de la dette souveraine et l’austérité budgétaire qui a suivi venaient d’engendrer près de 20 millions de chômeurs dans la zone euro, plus de 26 millions dans l’Union européenne. Et que 120 millions d’Européens étaient menacés de pauvreté en 2013 sur un continent qui se débattait encore, cinq ans plus tard, pour éviter un dangereux mélange récession-déflation.

Mais à sa défense, le FMI ne peut être tenu responsable du choix (ou non-choix) des politiques monétaires et fiscales de ses membres. Et au demeurant, il faut plutôt mettre à son actif une attitude plus ferme devant un projet européen inachevé, laissant à l’Union européenne et à la Banque centrale européenne le rôle de joueur de première ligne dans les plans de sauvetage des pays sous perfusion. Le FMI a également su infléchir l’hésitation européenne à un plan d’aide aux banques, lézardant la résistance des autorités et gouvernements confrontés à une opinion publique plutôt hostile à l’engagement de nouveaux fonds publics dans les sauvetages bancaires.

Autre double discours ? Peu avant son entrée en fonction, Mme Lagarde se rangeait dans le camp d’une BCE intransigeante et plutôt réfractaire à toute restructuration de la dette de la Grèce. À son arrivée, elle promettait de dissocier le FMI d’une orthodoxie financière purement comptable et d’ajouter de la profondeur à la réforme de l’institution visant à donner plus de place, voire de poids aux économies émergentes au sein d’une institution encore sous domination européenne et américaine.

Christine Lagarde, ministre française de l’Économie, et Augustin Carstens, gouverneur de la Banque centrale du Mexique, se disputaient les appuis pour succéder à Dominique Strauss-Kahn à la direction du FMI. Revendiquant l’unanimité européenne, Mme Lagarde a accédé aux fonctions en juillet 2011. Son mandat prend fin en juillet 2016. Si les membres du FMI « souhaitent que je continue à servir, c’est certainement quelque chose que je considérerai », a-t-elle dit dans une entrevue publiée la semaine dernière.

Et tout reste à faire. S’ajoute l’ampleur de la tâche pour une institution souhaitant canaliser une grande partie de l’aide publique au développement des pays plus fragiles. On pense à cette pauvreté extrême touchant 12 % d’une population planétaire en forte expansion, aux défis que pose le réchauffement climatique, à cette stagnation séculaire tendant à devenir la nouvelle réalité économique mondiale.

Au final, le FMI aura retrouvé une pertinence renforcée sous la direction de Christine Lagarde. Reste la constance dans le discours et une adéquation avec l’action.

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1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 25 juin 2015 10 h 58

    Excellente conclusion

    «Reste la constance dans le discours et une adéquation avec l’action.»

    Le meilleur exemple est l'insistance du FMI pour la Grèce fasse encore de nouvelles compressions de dépenses, quand toutes ses études disent de faire le contraire...