Congé forcé

Le baseball regorge de raisons étranges de s’absenter de l’action, il existe même des palmarès de ces choses qui mettent en valeur toute la richesse de l’aventure humaine. Peut-être pas au sommet de la pyramide mais quand même quelque part assez haut, on serait tenté de placer Joel Zumaya, le lanceur de balles de feu des Tigers de Detroit dont la carrière a commencé à péricliter après qu’il eut raté la série de championnat de la Ligue américaine de 2006 en raison d’un malaise à un poignet. Il ne fait guère de doute que lancer dans les ligues majeures est éprouvant pour toutes les parties du bras sélectionné, surtout quand vos offrandes dépassent les 100 milles à l’heure, mais dans le cas de Zumaya, il appert que ça n’avait pas trop à voir. Quelques semaines plus tard, le directeur général des Tigers, David Dombrowski, devait en effet révéler que si « Zoom Zoom » s’était provisoirement trouvé dans l’incapacité d’aider son équipe, c’était qu’il jouait trop et avec trop d’intensité au jeu vidéo Guitar Hero. La musique présente ce type de danger.

Le voltigeur des Orioles de Baltimore Marty Cordova, lui, a décidé en 2002 que tous ces matchs passés au champ extérieur n’avaient pas fait suffisamment pour son hâle. Il s’est donc rendu dans un salon de bronzage, et il s’est assoupi sous les lampes. Comme il n’y avait apparemment personne pour venir le réveiller, Cordova s’est ramassé avec des brûlures légères et les médecins de l’équipe lui ont ordonné de ne pas jouer les matchs disputés en après-midi alors que les Orioles faisaient un voyage en Californie. On pourrait dire, si on ne craignait le calembour un peu forcé : teint toi.

Et que dire du voltigeur Glenallen Hill des Blue Jays de Toronto ? En 1990, Hill a souffert de blessures aux orteils, aux coudes et aux genoux alors qu’il faisait un cauchemar et gesticulait, croyant être attaqué par des araignées.

On mentionnera au passage l’arrêt-court des Rangers du Texas Elvis Andrus, qui a manqué un match au camp d’entraînement en 2013 parce qu’il avait mal à un biceps. La cause ? La veille, à l’occasion d’une séance qui avait duré neuf heures, il s’était fait faire un tatouage en l’honneur de son défunt père.

Mais parfois, ça n’a rien de médical. Prenons par exemple Pablo Sandoval : « Kung Fu Panda » joue au troisième but pour les Red Sox de Boston, qui lui ont accordé pendant la saison morte un contrat de cinq ans d’une valeur de 95 millions $US. Enfin, il joue lorsqu’il n’est pas mis en punition par son gérant, comme ce fut le cas jeudi.

C’est que mercredi, Sandoval est allé sur Instagram pendant un match. Il était aux toilettes en 7e manche lorsqu’il a cliqué sur « J’aime » à propos de deux photos de madames aux formes de toute évidence généreuses.

Or on peut faire toutes sortes de choses durant un match de balle, manger un milliard de graines de tournesol en prenant bien soin d’en mettre partout sur le plancher de l’abri des joueurs, cracher aux cinq secondes, mais pas fréquenter les réseaux sociaux, surtout si la cyberactivité s’avère de nature à vous déconcentrer sérieusement. Sandoval ne peut pas avoir été au sommet de sa forme tant en défensive qu’à l’attaque après un pareil geste.

Sandoval a aussitôt reconnu sa faute et il a présenté ses excuses. Tous les êtres humains font des erreurs, et lui apprendra de celle-là, a-t-il dit.

Maudits Internets.

 

Dans la catégorie « voilà qui serait vraiment, vraiment très bizarre à voir, mais ne retenons pas notre respiration en attendant », le président de la commission de santé et sécurité de la Ligue nationale de football, le Dr John York, a déclaré qu’il voyait le jour où les casques protecteurs seront bannis dans le circuit.

Avec toutes les histoires de commotions cérébrales, le casque, qui symbolise largement le football nord-américain, est fréquemment vu non comme un instrument de protection, mais comme une arme qui donne aux joueurs le sentiment d’être invulnérables. En les enlevant, on agirait davantage de prudence.

On aurait cependant alors droit à un sport complètement différent, qui ressemblerait peut-être au rugby. Mais ce n’est pas pour demain.

1 commentaire
  • Gilbert Turp - Abonné 21 juin 2015 10 h 06

    Un sport si plate

    Le baseball est un sport tellement plate que même les joueurs se désennuient en allant aux toilettes !