Et cette épargne qui se fait toujours rare

RVER, CELI… Les gouvernements peuvent bien multiplier les véhicules incitatifs, encore faut-il que l’épargne soit présente.

Après la mise en place d’une version maison du Régime volontaire d’épargne-retraite, Québec emboîte le pas à Ottawa et harmonise le controversé doublement du plafond annuel de cotisation au Compte d’épargne libre d’impôt. Pourtant, sondage après sondage, ils sont toujours plus nombreux à répéter que l’épargne n’est pas au rendez-vous.

Cette semaine, un sondage du Groupe Investors dévoile que 43 % des Québécois qui approchent l’âge de la retraite (des travailleurs se retrouvant dans le segment des 45-64 ans) ne seraient pas en mesure de couvrir le coût de la vie pendant plus de cinq ans si elles devaient prendre une retraite prématurée immédiatement. Et 17 % déclarent même qu’elles ne pourraient subvenir à leurs besoins pendant plus d’un an.

Ce sondage visait à appuyer l’offre d’Investors en matière d’assurances. Ainsi, on apprend que 27 % des Québécois ont une assurance maladie grave et 32 % une assurance soins de longue durée. N’empêche, plus du tiers des répondants ne croient pas pouvoir assumer le style de vie qu’elles espéraient à la retraite au rythme où elles épargnent et investissent actuellement.

Ce constat en rejoint d’autres. En début d’année, un sondage de la Banque CIBC disait que 54 % des Canadiens ne cotiseraient pas à leur REER pour l’année d’imposition 2014. Parmi ceux qui pourraient encore y cotiser, seulement 42 % disposeraient du montant nécessaire. Les raisons principales alors évoquées pour ne pas cotiser sont le manque d’argent (37 %) ou la préférence d’investir dans un CELI (17 %).

Retraite prématurée

On peut comprendre qu’il y ait compétition entre tous ces acronymes fiscalisés (REER, CELI, REEE, REEI) obligeant une hiérarchisation des priorités dans un contexte de rareté de l’épargne. Mais encore faut-il que cette épargne soit disponible, ce qui n’est pas la réalité pour tous même si l’épargne systématique peut se proposer en solution de rechange.

D’autant que, comme l’a déjà souligné l’Institut Info-Patrimoine BMO, 40 % des retraités actuels ont pris leur retraite à une date qu’ils n’avaient pas prévue. De ce nombre, 29 % ont été forcés de prendre leur retraite plus tôt qu’ils ne l’avaient prévu, pour des motifs tels que des problèmes de santé ou une perte d’emploi. Dans son sondage, Investors souligne que les deux tiers des retraites prématurées sont liées à des problèmes de santé personnels ou à ceux d’un membre de la famille.

Et 11 % ont dû retarder la date prévue pour leur retraite pour des raisons telles que la nécessité d’épargner davantage ou le fait de ne pas être suffisamment préparé à la retraite. Selon les résultats du rapport de la Banque de Montréal, 40 % des retraités ne disposent pas d’un régime de pension d’employeur. Chez les 60 % qui en ont un, 25 % profitent d’un régime à cotisations déterminées.

Pertinence du doublement

Longue introduction que tout ceci pour revenir sur la pertinence non pas du CELI, mais du doublement de son plafond de cotisation annuelle. Québec a annoncé jeudi qu’il s’harmonisait avec le fédéral, faisant passer ce plafond de 5000 $ (de 5500 $ depuis 2013) à 10 000 $. Une mesure qui fait craindre d’importants manques à gagner pour les gouvernements et qui se voudrait régressive, profitant aux mieux nantis et aux plus âgés. Soit à ceux disposant de l’épargne requise ou qui se trouvent présentement limités dans leurs cotisations à des comptes fiscalisés, tel le REER, a-t-on déploré, notamment au bureau du Directeur parlementaire du budget (DPB).

Pas tout le monde

Selon les données du ministère fédéral des Finances, la grande majorité des cotisants au CELI gagne un revenu faible ou moyen, et les aînés sont surreprésentés. Ainsi, 71 % des contribuables cotisant au maximum chaque année seraient âgés de plus de 55 ans, tandis que près de 60 % de ceux qui versent la totalité du montant autorisé annuellement gagneraient moins de 60 000 $. Des chiffres qui démontrent la pertinence du CELI. Quant au doublement du plafond… Selon les données de l’Agence du revenu du Canada, on compte 6 millions de cotisants à un CELI. À peine 36 % cotisent au maximum (alors de 5500 $) et 42 % avaient puisé des sommes dans leur compte.

« Ce n’est pas tout le monde qui peut cotiser le maximum permis actuellement. Le CELI a d’abord été inventé pour aider les épargnants à plus faibles revenus. Ce n’est pas en rehaussant le maximum de cotisation qu’on va les aider », avait souligné un planificateur financier au magazine spécialisé Conseiller.


 
1 commentaire
  • Daniel Lemieux - Inscrit 20 juin 2015 05 h 57

    Le coût de la vie

    Les incitatifs à l'épargne sont nombreux, surtout en fonction de la retraite.

    Mais ...

    Concrètement, le prix du panier d'épicerie a presque doublé en 10 ans, tous les services ont augmenté leurs tarifs et se loger coûte plus cher. Sans oublier les taxes et surtaxes.

    Les taux d'intérêt sur les revenus de placements sont ridiculement bas.

    Or les revenus nets, après impôts, ne suivent pas la courbe des majorations des prix.

    Et les économistes s'étonnent que les salariés de la classe moyenne épargnent peu ?