Le dépanneur se meurt

Tout le monde a une petite anecdote reliée à son dépanneur de proximité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tout le monde a une petite anecdote reliée à son dépanneur de proximité.

Il n’y a pas si longtemps, la vie des villages était basée sur l’importance de la caisse avec son gérant, de l’église avec sa fabrique, de la poste et du magasin général, qui deviendra plus tard le dépanneur.

Petit à petit, depuis quelques années, on s’évertue à éliminer les caisses populaires, les services, la poste et, depuis peu, les dépanneurs. On a délibérément asphyxié les petits commerces au détriment des grandes chaînes, au point de les faire mourir.

Mais le phénomène n’est pas seulement relié aux commerces d’ici. Un peu partout en Europe, d’aucuns essaient de sauver les derniers boulangers, bouchers de village et autres commerçants qui peinent de plus en plus à s’assurer un minimum vital.

Marie-Josée Bergeron, alias Jojo, pensait bien il y a quelques années que son dépanneur 4Saisons allait lui fournir sagarantie de retraite. Elle ne se doutait pas, alors, que de nouveaux commerces créés de toutes pièces allaient voir le jour 15 ans plus tard et faire perdre son âme au village.

L’aseptisation des achats

Elle a pourtant essayé de résister en affichant toutes les disponibilités, tous les jours. Dans bien des cas, ces commerces de proximité ont été repris par des familles asiatiques qui assurent encore leur rôle de dépanneur, un nom qui dit tout sur les services qu’un tel commerce peut rendre, c’est-à-dire dépanner !

Qui n’est jamais allé chercher un litre de lait, une caisse de bière ou même un vin pas vraiment bon, mais qu’on pouvait servir un dimanche soir de visite lorsque la SAQ était fermée ? Tout le monde a une petite anecdote reliée à son dépanneur de proximité.

Certains disent que la chute a commencé lorsque le tabac est devenu tabou et croient que les dépanneurs ne répondent plus à la demande du moment pour le prêt-à-manger, porté sur une alimentation plus santé et diversifiée. Pourtant, tous ces petits commerces jouaient un rôle essentiel à la vie du village, disposant de l’utilitaire 7 jours sur 7, de 6 h à 22 h.

Jojo, épuisée, lasse de chercher des employés et ne faisant plus ses frais, a finalement baissé les bras. « On était rendus à vouloir prendre ma maison, et là, c’était trop », dit-elle, prise de colère.

Comment faire quand on travaille sept jours par semaine et qu’on ne gagne pas même le salaire minimum, avec des journées de moins de 100 $ de recettes, quand il faut payer les frais et l’inventaire ?

Jojo en veut particulièrement aux stations-service locales qui vendent de tout et qui sont devenues les nouveaux dépanneurs. Les gens s’y arrêtent pour de l’essence, certes, mais ils y trouveront de tout au passage, du papier toilette au sandwich jusqu’à la nourriture pour chats.

Mme Bergeron a pourtant tout essayé, y compris refaire la façade de la boutique et améliorer le service aux clients. Rien de comparable avec un centre qui offre très tôt le café Tim Hortons, l’essence, et même, dans bien des cas, le service de nettoyage des vêtements.

La décentralisation des petits commerces vers les petits centres, puis des petits centres vers les grands, entraîne inévitablement des fermetures. La question que nous sommes en droit de nous poser, c’est : voulons-nous la mort de ces petits commerces de proximité au profit de grandes compagnies pétrolières ? Celles-là mêmes qui usent de leur pouvoir pour convaincre les autorités municipales de l’installation de stations-service devenues à elles seules de véritables centrales d’achat, sous des bannières reconnues.

Comment un dépanneur peut-il concurrencer les promotions offertes par ces grands centres qui négocient en force, par exemple, l’achat de la bière ?

La bataille est perdue. À Saint-Laurent-du-Fleuve, près de Montréal, Jojo a fermé boutique. Elle conservera sa maison, mais la localité vient de perdre une partie de son âme avec la disparition de ce dépanneur où Jojo espérait finir sa vie.

Sur la devanture, la tristesse a remplacé la colère du début et le petit commerce, tapissé d’affiches, indique à l’endroit de ce qu’il restait de clients que le dépanneur de Jojo ne rouvrira pas ses portes.

Découverte

Bouffe de rue à Québec

Même si la législation actuelle ne permet pas aux food trucks d’offrir leurs prestations, des créations uniques inspirées des meilleures recettes de cuisine de rue seront servies les 23 et 24 juin dans le cadre de la fête nationale du Québec, dans le Vieux-Limoilou et au parc de l’Anse-à-Cartier. Tapas et autres plats seront proposés à un prix fixe de 8 $. Le banh mi asiatique, par exemple, sera suggéré en accord avec un thé ou une boisson artisanale.

Dans la bibliothèque

Recettes d’été
Éditions Larousse
Italie, 2015, 301 pages

Dans ce livre, on trouve tout ce qui devrait composer votre été gourmand. Plus de 220 recettes de soupes froides, salades, tapas et, bien sûr, grillades et burgers. Côté sucré, des recettes à partir de fruits, comme des tartes ou des sorbets. Voilà un ouvrage facile à consulter, rempli de belles photographies imprégnées de saveurs ensoleillées.

Recettes d’été

Éditions Larousse Italie, 2015, 301 pages

3 commentaires
  • André Côté - Abonné 20 juin 2015 09 h 35

    De citoyen à consommateur

    Dommage! L'arrivée des grands avec leurs gros sabots ont destructuré les communautés ou chacun entrenait un lien de service avec ses voisins. De citoyens, nous sommes devenus des consommateurs. Vive le progrès!

    • Jacques Morissette - Inscrit 21 juin 2015 09 h 52

      Pour enchaîner avec votre commentaire, je dirais, genre : "vive le progrès déshumanisant!" Personne n'y gagnera, sauf ceux qui essaient de tirer les ficelles, pour nourrir leur grave maladie de pouvoir à n'importe quel prix, à la limite être oppressif, devant qui ne voudrait pas les suivre.

  • Robert Beauchamp - Abonné 20 juin 2015 18 h 13

    Les maires

    Et dire que certains maires ont oeuvré pour attirer des Wall-Mart pour se créer un centre-ville créant un vacuum sur les petits commerces en périphérie. Hors de leurs frontières point de salut.