Gilles, Gilles, Gilles…

Je fais partie de ceux et celles qui se grattent la tête depuis une semaine. À quoi rime ce soudain retour en arrière ? Tu nous avais pourtant habitués, Gilles, à la pondération et aux idées claires. Quelle idée de reprendre un flambeau qui n’éclaire plus grand-chose ! De faire table rase des cinq dernières années et de penser que tout peut redevenir comme avant. On dirait un homme en peine d’amour. Comme l’amant éconduit qui supplie « ne me quitte pas », tu nous incites à tout oublier, à croire en un Bloc ragaillardi et en un temps nouveau. « Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre… »

Tu invoques un « nouveau cycle politique » en oubliant que c’est à Ottawa, pas à Québec, que le renouveau s’est implanté. Personnellement, c’est ce qui m’irrite le plus de ta décision : tu surévalues le phénomène Péladeau tout en sous-estimant le phénomène Harper. Malgré l’austérité, les libéraux sont toujours confortablement en tête au Québec, il n’y a pas d’effet PKP sur l’ensemble de la population, et les jeunes font toujours cruellement défaut au sein du mouvement indépendantiste. François Legault, qui croyait pouvoir nous entraîner dans une « troisième voie », est forcé de conclure à l’échec. Au Québec, rien n’a beaucoup changé. Rien, outre la mort du grand Jacques Parizeau, ne nous laisse croire, pour l’instant, que nous avons « tourné une page ».

Au Canada, par contre, c’est une véritable révolution qui se trame depuis 2003. L’arrivée de Stephen Harper a précipité la fin des grands partis centristes de coalition, la fin également du Parti libéral comme le pont/bridge entre le Canada français et anglais. La création d’un nouveau Parti conservateur, véritablement à droite celui-là, a forcé les électeurs à se positionner selon l’idéologie gauche-droite. Du jamais-vu. C’est également ce qui se passe aux États-Unis, souligne Konrad Yakabuski dans le Globe and Mail, où les démocrates se positionnent de plus en plus à gauche et les républicains, de plus en plus à droite.

Au Canada, les grands gagnants de ce réalignement politique ont été les troupes conservatrices qui ont réussi, contre toute attente, à se maintenir au pouvoir depuis neuf ans. L’appui d’une base conservatrice indéfectible, que Harper traite d’ailleurs aux petits oignons, et la division du vote entre désormais trois grands partis ont certainement aidé. Mais après plus d’une décennie en poste, l’usure, voire les ravages du gouvernement Harper, se font sentir. Les Canadiens, généralement plus à gauche, en ont soupé. Le parti qui risque de profiter de ce ras-le-bol, le seul qui constitue une véritable option face au conservatisme abouti de Stephen Harper, est le Nouveau Parti démocratique. Du jamais-vu, là aussi. Après la vague orange au Québec, à l’effet Notley en Alberta et, il faut le dire, au travail minutieux de Thomas Mulcair à la Chambre des communes, le NPD pourrait, pour la première fois, prendre le pouvoir. Mais encore faut-il que les Québécois votent, comme en 2011, selon l’axe gauche-droite plutôt que souverainiste-fédéraliste.

Le gouvernement Harper, à tous égards, a été une véritable catastrophe. Il y a urgence de lui botter le cul, pas seulement lui faire les pieds de nez auxquels le Bloc nous a habitués. Que ce soit la culture, la science, l’environnement, les droits de la personne, les institutions et le processus démocratique, tout a été piétiné depuis neuf ans. Le gouvernement Harper a autorisé la torture, suspendu illégalement le Parlement, triché durant les élections, mis la clé dans l’accès à l’information, mis la hache dans le recensement national et le registre des armes à feu, contrôlé la fonction publique jusqu’à l’étouffement, fermé les organismes qui voient à la protection de l’environnement, des aliments, de l’eau, empêché les scientifiques de parler, quand le congédiement ne les attendait pas tout bonnement. L’irresponsabilité de ce gouvernement en ce qui concerne seulement l’environnement, le défi de l’heure, est suffisante pour nous inculquer le devoir moral de s’en débarrasser.

Alors, que vient faire le Bloc « duceppesisé » dans cette galère ? Arracher quelques sièges au NPD au nom d’un « match de la revanche », ce qui ne peut qu’avantager les conservateurs ? C’est ça ta défense du Québec ? Toi, l’homme de gauche, qui, avec Jacques Parizeau, a le mieux résisté aux tentations identitaires et autres idées réactionnaires des dernières années, c’est ça ton idée du progrès ? Te voilà à ton tour prêt à mettre en suspens toutes les choses qui importent aujourd’hui (voir nomenclature ci-dessus) au nom de l’hypothétique grand soir ?

Désolée, Gilles, mais il y a toujours bien une limite à prendre des vessies pour des lanternes.

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99 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 17 juin 2015 00 h 37

    C'est vous la lanterne madame!

    Et franchement que vous l'acceptiez ou pas, le Bloc sera la avec M.Duceppe à sa tête en Octobre prochain, et le résultat pourrait vous surprendre. Vous faites vraiment dans les nuages roses, avec votre esprit boboisé, où tout est blanc où noir, avec des gauchistes d'un coté, et des droitistes de l'autre. Encore faut-il pour ça être maître de son destin, et nous ne le sommes pas encore, au cas où vous l'auriez oubliez. Et pour tout ce que vous venez de nommez justement, nous avons besoin d'un parti qui défend uniquement les intérêts de la nation Québécoise, et ce parti, c'est le Bloc Québécois! Alors la prochaine fois ma chère Francine, Francine, Francine...penser donc un peu plus avant d'ouvrir la bouche.

    • Normande Ginchereau - Abonnée 17 juin 2015 10 h 04

      Je vous appuie monsieur Cyr.
      Francine ... s'est faite chroniqueuse bas de gamme ce matin. Si Francine voulait taper sur monsieur Duceppe, elle aurait pu avoir une conversation personnelle avec lui. Ici, elle utilise une tribune publique pour blâmer monsieur Duceppe et nous donner des leçons en nous invitant à l'ignorer. Alors, Francine ... pour qui tu te prends?
      Propos désolant ...
      Vraiment, Francine aurait dû réfléchir un peu plus longtemps avant d'écrire son article.

    • Joane Hurens - Abonné 17 juin 2015 10 h 19

      Vous n'êtes pas obligé d'être mal élevé, monsieur. Cela n'apporte rien au débat. Le fait que l'on ne soit pas d'accord avec vous ne veut pas automatiquement dire que l'on a arrêté de penser. Madame Pelletier moins qu'une autre. Ce que madame Pelletier veut souligner, c'est qu'il y a une révolution majeure qui vient d'Ottawa et qui est en train de balayer des acquis sociaux fondamentaux avec des conséquences graves. Nous sommes tous affectés. Pour avoir un débat éclairé, c'est un fait qui doit être rappelé, pas être tu.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 juin 2015 10 h 58

      «Ce que madame Pelletier veut souligner» Merci de nous éclairer, le but de Madame Pelltier n'était pas clair du tout, ouf !

      PL

    • Luc André Quenneville - Abonné 17 juin 2015 11 h 58

      mais elle a totalement raison Madame Pelletier. Gilles Duceppe est dans le champ complètement et il va subir une deuxième humiliation. Le mouvement souverainiste a beaucoup de travail à faire et c'est dans ses rangs AU QUÉBEC qu'il doit agir. C'est vraiment une pure perte de temps et d'énergie que de vouloir se réinvestir à Ottawa.

    • Marcel Dufour - Abonné 17 juin 2015 17 h 27

      Je suis d'accord avec Mme Pelletier, qui est une excellente journaliste.
      J'ai déjà transmis copie à plusieurs personnes.
      Quant à votre commentaire, il frise la vulgarité.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 17 juin 2015 21 h 51

      Ah bon Mme Pelletier fait constamment dans la provocation contre le PQ et le BQ sous prétexte de vouloir voir le monde en rose, avec son esprit de bobo, et il faudrait que je me taise? Le droit de parole, et la liberté d'expression, cela vous dit quelque chose messieurs-dâme? ça va dans les deux sens! À moins que votre esprit ne soit vraiment très unidirectionnel, ce qui ne m'étonnerais pas avec cette ''gauche'' caviard.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 juin 2015 07 h 50

      Je vous suggère de vérifier vos (J'aime) M. Guillaume, cela appliquera un baume sur votre plaie, et quelques réponses qui vont dans le même sens que la vôtre. Des embrumés déconnectés y en aura toujours, c’est inévitable.

      PL

  • Denis Paquette - Abonné 17 juin 2015 01 h 23

    C'était vrai hier et c'est encore vrai aujourd'hui

    Après Chrétien, Harper était peut-être nécessaire, mais apres Harper qui faut-il élire, surtout quand nous savons tous que les sociaux démocrates ont toujours été canadian cost to cost, le Québec a-t-il intérêts a laisser le Canada utiliser le fleuve comme moyens de transports de l'huile de l'Alberta, faut-il le laisser expédier des milliers de wagons de petrole tous les jours sans autres précautions, faut-i le laisser construire des ports ou bon lui semble, faut il le laisser encourager la filliere pétroliere pendant que tout les pays du monde font des efforts pour en diminuer l'influence et vous voulez que l'on vote NPD parce qu'ils sont social démocrates, madame c'est clair, ca ne nous suffit pas, c'etait vrai hier et c'est encore vrai aujourd'hui

  • Camil Bouchard - Abonné 17 juin 2015 05 h 28

    Francine, Francine, Francine...

    Francine, Francine, Francine...Rien en à ajouter...si ce n'est que Mulcair a un tuyau de pétrole des sables bitumineux à faire passer au Québec pour gagner dans l'Ouest et ainsi favoriser la croissance délétère de cette industrie. Non au vote stratégique. Je voterai vert de rage Francine...à moins que le NPD renonce à son tuyau. Un autre beau dilemne, non?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 juin 2015 11 h 02

      Si vous voulez que votre vote soit perdu dans un flou démocratique, votez vert. Si vous voulez faire pression au fédéral, votez pour le parti qui a récupéré notre position. Où est le dilemne ?

      PL

    • François Thérien - Abonné 17 juin 2015 14 h 20

      Camil, Camil, Camil: pour paraphraser Jean-François Kahn dans un autre contexte, "Stephen Harper vous remercie!" Le vote soi-disant stratégique a tout de même quelques vertus s'il peut faire échec à l'horreur qui s'installe chaque jour davantage et qui nous imposera un jour un sacré chantier de reconstruction. Bien sûr, la position du NPD sur le pipe-line nous embête (et on pourrait parler aussi du registre sur les armes à feu), mais avec ce qu'on voit et entend ce matin-même (17 juin) au PQ, pas sûr que l'Opposition fera un travail bien efficace là-dessus.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 juin 2015 05 h 39

    ???

    Dois-je comprendre, madame, que vous n'êtes pas d'accord avec le retour de M. Duceppe en politique fédérale ? Vous m'étonnez, je suis abasourdi, j'en ai les jambes coupées.

    PL

    • Yves Corbeil - Inscrit 17 juin 2015 14 h 25

      Une socialiste orange dont le jupon taché de pétrole dépasse.

    • Cyr Guillaume - Inscrit 17 juin 2015 21 h 52

      Oui c'est ce que j'ai resentis moi aussi, à la lire ce matin.

    • Sylvain Lavoie - Inscrit 17 juin 2015 22 h 08

      @Yves Corbeil

      Le pétrole pour les rouges du Vénézuela et ceux de Russie, c'est correct, mais dans le cas des capitalistes, le pétrole est une igniominie. Nous savons tous que le Venézuela et la Russie exploitent le pétrole dans une perspective de dévelopement durable sans dommages environementaux.Ils me répondront certainement que s'il en est ainsi, c'est la faute de l'Occident...Parée du drapeau de la vertue, la gauche ne peut qu'avoir raison.

  • Ginette Quirion - Abonnée 17 juin 2015 05 h 40

    Gilles, Gilles, Gilles...

    Vous nous volez à mes amis indépendantistes et à moi, nos mots. Il est navrant de constater que M. Duceppe, un homme intègre que j'ai toujours respecté et appuyé, ne comprenne pas l'urgence de nous débarrasser de Harper! Excellent article Madame Pelletier.
    Ginette Quirion

    • Gilbert Turp - Abonné 17 juin 2015 09 h 14

      L'urgence, c'est de finir la job si bien commencée pendant la révolution tranquille : faire la souveraineté du Québec.

      Sans cette souveraineté, il ne se passera rien ici, le Québec va devenir comme le Canada, un État figé, éteint.

      Il faut parfois avoir l'humilité et la sagesse de cultiver son jardin et de se fier à ses voisins pour qu'ils cultivent le leur.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 juin 2015 11 h 12

      Avez-vous entendu un autre parti fédéral être contre l'oléoduc traversant nos rivières et nos domaines Mme Quirion ? C'est celui-là qu'il faut choisir, sans ça, notre message ne sera pas entendu aux Communes qui vole au dessus des considérations «régionales» comme nous le fait si bien remarquer notre PM Couillard.

      «Le bien-être de tous, n'est pas souvent le nôtre» ou «Quand nous envoyons des dirigeants à Ottawa, ils oublient rapidement qui les y envoient et pour quelle raison.»

      PL

    • Jacquelin Beaulieu - Abonné 17 juin 2015 11 h 47

      Je continue de croire que madame Pelletier est une chroniqueuse dogmatique de gauche dont la partisannerie est trop évidente et en perte rapide de crédibilité .....

    • Cyr Guillaume - Inscrit 17 juin 2015 22 h 02

      Je ne vous le fait pas dire M.Beaulieu, Dogmatique est le moins qu'on puisse dire.