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Alexandre le valeureux

Sous une embellie bienvenue, le romancier et activiste Alexandre Jardin discute réenchantement politique et Zèbres avec Joblo.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sous une embellie bienvenue, le romancier et activiste Alexandre Jardin discute réenchantement politique et Zèbres avec Joblo.

Je retrouve Alexandre Jardin après quelques lunes, fébrile, exalté et euphorique, à la terrasse du Cabaret à Mado, sous les boules roses du Village gai. Y a pas de justice, il embellit, l’animal. Une gueule à la BHL d’antan, mais qu’on n’aurait pas envie d’entarter. Un jeune quinqua fringant, le Zèbre est devenu un centaure.

Ça lui ressemble, ce ciel rose, lui qui pourchasse sans relâche la grisaille et sème la joie dans une France chagrine, déprimée par l’austérité, le chômage et la montée de « la fille Le Pen », comme il l’appelle. Alexandre Jardin est en mission politique, vient parler de son dernier bouquin, Laissez-nous faire ! On a déjà commencé, un pamphlet citoyen dont je me suis régalée, tant pour le jouissif du phrasé que pour l’énergie contagieuse qui s’en dégage. L’écrivain français, ami du Québec, est aussi venu applaudir fièrement son fiston Robinson qui a obtenu ses galons à l’Université McGill.

Sur l’écran de son téléphone, qu’il ne lâche pas, il me fait admirer la une de La voix du Nord qui titre « Politiciens ! Gare à vous ! » avec sa photo pleine page. Il me montre aussi les livres cartonnés pour enfants que McDo distribue gratuitement avec leur menu à quatre euros. Alexandre Jardin publiera 12 millions de livres (oui, oui ! 12 millions de burgers !) pour les petits, 12 contes revisités dans lesquels le loup ne mange pas la grand-mère et où l’on échappe à la fatalité.

« Je voulais que les enfants des classes populaires aient une collection de beaux livres chez eux. » L’initiateur du mouvement Lire et faire lire, qui a redonné le goût de la lecture à 400 000 enfants en France, milite depuis 15 ans sur le plancher des moutons et réalise que l’action se fait là, pas chez les énarques gauche-droite, droite-gauche, ni dans les cocktails ampoulés où le plus-que-parfait du subjonctif plastronne, mais dans les mouvements associatifs de la France profonde.

De La Baule + au Courrier de l’Ouest, Jardin fait campagne dans la ruralité et rafle les unes de journaux locaux, semant l’enthousiasme et récoltant les adhésions bénévoles.

C’est dans les communes, avec les maires français, qu’il a démarré Bleu Blanc Zèbre, un regroupement revigorant de gens d’action, des « faiseux » (pas au sens québécois du terme) en opposition aux « diseux », ces « procéduriers venimeux et tracassiers vétilleux ». Ses verbes préférés ? « rebondir » et « réenchanter ».

Un drôle de Zèbre

Fils de scénariste fantasque, petit-fils d’une grand-mère qui mitonnait ses animaux domestiques en rillettes (le dernier hommage qu’elle leur rendait) et d’un grand-père collabo qu’il a dénoncé dans Des gens très bien, Jardin a conservé l’enthousiasme de la juvénilité mais a gagné ses tempes grises au front de la désillusion.

Heureusement, l’humain l’émerveille encore et ce drôle de Zèbre a choisi le côté lumineux de la force. Ses alliés sont nombreux et débarquent en grand nombre, écartant le cynisme du revers de la main et prêtant plutôt main-forte.

Tantôt, ce sont des Zèbres notaires de province qui rencontrent les gagnepetits gratuitement dans des cafés ; ici, c’est ce fondateur de 300 épiceries solidaires qui fait payer 10 % à 30 % du coût des aliments à sa clientèle précaire ; là, c’est cet éditeur qui se promène dans les banlieues analphabètes pour vendre des livres pour enfants à 80 centimes dans des camions-librairies.

« Il en a vendu 2,2 millions l’année dernière, en dehors des modèles d’édition et du marché du livre ! Dans les cours d’école ! », s’exclame Jardin, ébahi par cette audace qui lui rappelle celle de son père, flanquant un chèque en blanc présigné dans un bottin de cabine téléphonique et vantant à son fils encore naïf les joies de l’insécurité financière : « Si quelqu’un le trouve, nous sommes ruinés, mon chéri ! »

Reprenant le flambeau du rien-n’est-moins-certain, le romancier consacrera les deux prochaines années de sa vie, jusqu’aux présidentielles de 2017, à fédérer les mouvements inspirants et originaux, à redresser la France qui s’enlise dans sa bureaucratie digne des 12 travaux d’Astérix (la maison qui rend fou, vous vous souvenez ?) et de ses mises aux normes. « Les casernes de pompiers ont besoin de toilettes et de douches pour handicapés désormais, en France ! », s’emporte le Zèbre.

Alexandre a rencontré une assemblée de 300 maires pour leur demander comment ils réussissaient à faire leur boulot tout en restant dans la légalité. Fou rire général. « Les lois se contredisent entre elles. Le pays n’est plus gérable. Tu ne peux même plus être scout sans glacière à sandwichs ! » Tiens, on se croirait au Québec…

Les vrais Républicains

Nicolas Sarkozy a beau s’être rebaptisé « Républicain », les Zèbres ne sont pas dupes. Les vrais enfants de la République, ce sont eux. « Les Zèbres est beaucoup plus qu’un simple mouvement associatif sympathique : c’est une révolution culturelle profonde, une rupture allègre avec une idée très ancienne de l’État », écrit Jardin dans son livre qui milite pour sortir la politique du marché de la promesse.

Si les élus ne collaborent pas avec les Zèbres en leur refilant les projets à réaliser avec une partie des deniers qui les accompagnent, Jardin « menace » de se présenter aux présidentielles. « Je préférerais éviter. Mon but n’est pas d’être président », convient-il. Jardin désire contrer l’impéritie des élus en transférant les pouvoirs vers la base, moins paralysée, même si elle compte cinq millions de chômeurs.

Ce grand romantique, qui n’a pas hésité à baptiser sa petite dernière de deux ans Liberté, invite à la désobéissance légale qui aura raison « des freineurs sournois, des effrayés de tout poil et des routiniers professionnels ».

Jardin a la colère souriante, mais il ne perd pas de vue l’ennemi. Le Front national monte dans les sondages et seulement 8 % des Français font confiance aux élus pour régler leurs problèmes.

Je le regarde se démener comme un gaulliste dans le tas de fumier et je lui demande comment il conjugue sa vie personnelle avec cette effervescence prenante, alors que l’ampleur du mouvement Bleu Blanc Zèbre déferle sur lui.

Le Zèbre en chef est trop honnête pour ne pas me répondre. Et l’amant idéaliste devenu aimant patriotique s’épanche. ChèreJoblo (surnommée Kiki dans le dernier roman de Jardin, Juste une fois) accueille le reste des confessions et distille ses conseils matrimoniaux au raviveur de flammes zébré.

C’est un rôle inattendu pour une ex-courriériste du coeur, mais je veux bien être Zèbre bénévole moi aussi, catégorie bricolages. Vive la France libre !

Angélisme épidémique

Cette blague qui circule sur Internet revisite d’un point de vue administratif et procédurier l’histoire de l’Arche de Noé. Mais elle illustre parfaitement ce qui se passe en France (et de plus en plus chez nous) : les initiatives sont bloquées par un règlement, une mise aux normes ou le précautionnisme aigu. Le déluge, c’est nous. Allez faire un tour à la terrasse de Chez Alexandre (rue Peel, à Montréal) pour vous en convaincre. 

Si vous ne risquez rien, vous risquez encore plus

Cette conviction intensément républicaine — que la population doit, partout dans nos territoires, se prendre en main car nous sommes désormais tombés trop bas pour déléguer le règlement de nos emmerdes aux seuls partis —, j’en ai fait ma fièvre. […] Pas question de laisser la fille Le Pen capter la révolte française, et filouter une nation à bout.

Pour moi ne comptent que ceux qui sont fous de quelque chose

Dévoré d’une traite et demie Laissez-nous faire ! On a déjà commencé. Écrit en cinq semaines, durant la nuit, ce pamphlet fiévreux et vivifiant m’a fait vivre quelques insomnies et des aubes rosées. Jardin est capable de répéter la même idée plusieurs fois sans jamais utiliser les mêmes termes, et il entrecoupe le tout de souvenirs personnels délirants, comme cette prostituée qui lui lit des passages de De Gaulle à 15 ans. C’est son livre le plus important, dit-il. Et on sent qu’il y a mis toutes ses tripes.

 

Souri en lisant cet album pour enfants digne d’Alexandre Jardin, Je suis un lion, d’Antonin Louchard. Ça parle d’une rencontre entre un canard qui n’a peur de rien et un crocodile qui est sidéré par l’aplomb. Dès deux ans et pour toute la vie.

 

Visité le site bleublanczebre.fr regroupant des bouquets de solutions citoyennes en éducation, entreprenariat et logement. Ce site bien conçu permet à la fois de recevoir de l’aide ou d’initier un mouvement. Il y a de tout, même des garages solidaires et des idées pour le Québec également. Sur Twitter, @leszebres, et chez nous, @leszebresQc. Alexandre Jardin est très actif et fouette les ardeurs en gazouillant aussi : @AlexandreJardin.

 

Lu et fait lire à mon économiste de mari L’ère de l’égoïsme. Comment le néolibéralisme l’a emporté, une bédé de Darryl Cunningham. L’auteur nous explique comment la philosophie libertarienne d’Ayn Rand et son égoïsme rationnel ont marqué des personnages influents aux États-Unis, tels que l’économiste Alan Greespan, à la tête de la Banque centrale de 1987 à 2006. Un cours d’histoire économique passionnant et ludique sur le capitalisme et ses dérives (crise de 2008) favorisant la montée de l’extrême-droite en Europe.Je mentirais si je vous disais avoir compris toutes les subtilités des arnaques financières complexes, mais pour l’essentiel, ça recoupe les documentaires Le prix à payer ou Inside Job, à voir aussi.

6 commentaires
  • René Leduc - Abonné 12 juin 2015 10 h 32

    Évidemment....

    À propos de la blague citée pour contrer les empêcheurs de tourner en quadrille, c'est bien! Mais réfléchis-t-on à ce que mènent les réflexions? Si on est libertarien, si laisser l'entreprise faire tout ce qu'elle veut comme le réalisent nos deux gouvernements tout en laissant le reste du pays se débrouiller avec les conséquences, c'est une blague parfaite...

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 12 juin 2015 14 h 06

    Ici au Québec existe...

    ...une organisation d'entraide individuelle et sociale nommée L'Accorderie.Ces cellules
    autonomes d'auto-gestion de l'entraide crèchent déjà dans quelques et villages de la
    province. www.accorderie.ca

  • Stéphane Laporte - Abonné 12 juin 2015 15 h 56

    ?

    " Tu ne peux même plus être scout sans glacière à sandwichs ! "
    Je ne comprend pas?

    • Josée Blanchette - Chroniqueur 13 juin 2015 08 h 44

      Il fut une époque où les scouts se débrouillaient sans glacière et avec une seule allumette. C'était même l'école de la débrouille! Aujourd'hui, on leur impose les normes de la NASA...

  • Denise Lauzon - Inscrite 12 juin 2015 20 h 33

    La droite qui tente de nous endormir


    J'écoutais Liza Frulla ce soir à 24/60 parler du bilan politique des Libéraux et elle semblait être prête à leur donner une note quasi parfaite. Je lis les journaux et écoute les bulletins de nouvelles tous les jours et ma note pour ce gouvernement c'est F pour Fiasco ou D pour désastre.

    En cette fin de session, les élus Libéraux avec leur chef tentent d'enjoliver leur bilan mais j'espère que les gens ne sont pas dupes. Malheureusement, peu de gens se donnent la peine de lire les articles de journaux qui vont en profondeur et nous aident à voir clair sur les grands enjeux, ce qui fait que les paroles rassurantes de Philippe Couillard les rassurent. C'est aussi ce qui se passent souvent dans les campagnes électorales. Les gens mal informés gobent sans réfléchir ce que les politiciens leur racontent. C'est ce qu'on va voir et entendre de la bouche de Stephe Harper dans la prochaine campagne électorale.

  • Denise Lauzon - Inscrite 13 juin 2015 14 h 55

    À quand un regroupement Bleu Blanc Zèbre au Québec?


    Il faut féliciter Alexandre Jardin pour ses belles initiatives. Si tous nos politiciens(nes) avaient autant à cœur de vouloir se mettre au service des citoyens, il y aurait plus de justice dans notre monde. Y a trop de carriéristes dans le monde politique et pas assez d'humanistes.

    Le monde de la finance et du commerce conjugué avec le pouvoir des très riches et des politiciens fait en sorte que les injustices envers ceux et celles qui ne veulent pas ou ne peuvent pas jouer la "game" doivent se battre pour survivre. Les ressources que la planète nous offre sont surexploitées. Avec l'augmentation rapide de la population, et les changements climatiques, ce problème va s'aggraver de façon alarmante. L'ONU devrait lancer des programmes spécifiques de contrôle des naissances pour les pays sous-développés, en favorisant la vasectomie. Les femmes aux prises avec de multiples naissances alors qu'elles peuvent à peine subvenir aux besoins d'un seul enfant, ça ne devrait pas exister en 2015.