Encore tout pétrole

Les dirigeants des géants mondiaux de l’or noir en sont encore au « tout pétrole ». Mais pour combien de temps encore ?​
 

ExxonMobil rencontrait ses actionnaires mercredi. La direction de la plus grosse pétrolière au monde avait, du même coup, rendez-vous avec les mêmes actionnaires activistes qui, année après année, persistent à soumettre au vote des propositions touchant les changements climatiques et les émissions de gaz à effet de serre. Ces propositions sont sans cesse battues, tout en recevant toujours plus d’appuis.

Le quotidien The Guardian rappelait mercredi ce pèlerinage annuel à Dallas de deux personnes issues de la communauté religieuse à l’assemblée des actionnaires d’Exxon. L’un suggère, à répétition, qu’un expert en changement climatique siège au conseil d’administration. L’autre martèle, tel un leitmotiv, que le géant se dote d’objectifs et publie ses cibles en matière de réduction de GES, tout en offrant une mesure de son empreinte carbone à toutes les étapes de production, jusqu’à l’essence vendue aux consommateurs. Le chef de la direction, Rex Tillerson, est parvenu à rallier la majorité des actionnaires en manifestant sa foi en la capacité de l’espèce humaine à faire face à l’adversité.

Quant à l’invitation faite de consacrer aux énergies renouvelables une partie des 34 milliards en dépenses en capital devant être engagées cette année, il a répété que ces énergies n’étaient pas encore économiquement rentables. « Nous avons choisi de ne pas perdre volontairement de l’argent », a-t-il répondu, sous les applaudissements.

Les propositions soumises ont reçu un appui oscillant entre 9 et 21 %. Une autre, invitant Exxon à déposer un rapport mesurant l’impact de ses activités de fracturation hydraulique, a reçu 24,9 % d’appuis. Ils viennent des grands fonds de pension tels Calpers et, depuis peu, des grandes firmes offrant des services de procuration.

Petite victoire chez Chevron

Le même jour, en Californie, les actionnaires activistes de Chevron ont eu plus de succès, obtenant un appui de 55 % à la proposition donnant aux actionnaires détenant 3 % ou plus des actions depuis au moins trois ans le droit de nommer jusqu’au quart des administrateurs. Un vote non contraignant, mais que le conseil d’administration ne peut ignorer. « Une victoire historique, s’est exclamé le proposeur et contrôleur de la Ville de New York. Un vote pour l’imputabilité et pour l’avènement d’administrateurs compétents relativement aux enjeux climatiques », a-t-il ajouté. À l’assemblée d’Exxon, une même résolution a tout de même reçu un vote favorable de 49,4 %.

En janvier, la Britannique Royal Dutch Shell surmontait sa réticence et recommandait finalement aux actionnaires d’approuver une résolution obligeant l’entreprise à dévoiler son risque d’« actif échoué ».

La motivation derrière ? Inviter ces grands producteurs à se définir non plus comme des puissances pétrolières, mais plutôt comme des géants de l’énergie.

L’exemple est venu, en mai 2008, d’une quinzaine de membres de la famille Rockefeller exhortant Exxon à prendre un virage vert et à intégrer les énergies renouvelables dans sa stratégie de gestion et de développement. Ces quinze membres, actionnaires d’Exxon, sont tous des descendants de John D. Rockefeller, le fondateur en 1870 de Standard Oil, l’un des « ancêtres » du groupe. Ils se sont présentés à l’assemblée avec quatre résolutions. Ils demandaient notamment à Exxon de former un comité d’études sur les conséquences du réchauffement climatique, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre et d’adopter une stratégie claire en matière d’énergies renouvelables. Exxon « profite à court terme d’investissements et de décisions mis en oeuvre il y a de nombreuses années en suivant une ligne qui ignore l’évolution rapide du paysage énergétique mondial », avait déclaré Neva Rockefeller Goodwin, arrière- petite-fille de John D. Rockefeller.

Selon cette économiste, Exxon aurait avantage à renouer avec l’esprit de précurseur qu’incarnait son aïeul. « Le kérosène était l’énergie alternative de son époque lorsqu’il a réalisé que cela pourrait remplacer l’huile de baleine. Une partie du génie de John D. Rockefeller a consisté à prendre conscience très tôt de la nécessité et de l’opportunité d’évoluer vers des carburants plus efficaces, moins chers et plus propres », pouvait-on lire dans un texte de l’Agence Reuters.

Une simple question de perspectives.

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8 commentaires
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 28 mai 2015 09 h 09

    Un rappel de base.

    La surpopulation n'est il pas le probléme de fond, donc moins de monde égalerait plus d'énergies a partager, une simple question de perspectives...
    La pilule , le controle des naissances devrait etre fortement recommandé dans les pays ou la reproduction atteint des niveaux stratosphériques...
    En conclusion, les énergies fossiles ou toutes autres formes d'énergies seraient plus équitablement partagées..Sinon les guerres vont décider qui a droit a qui et a quoi..Observons la nature, les loups en particulier, ils controlent leur population en fonction des resources de leurs territoires...et bien d'autres exemples...

    • Daniel Bérubé - Abonné 28 mai 2015 11 h 52

      Ben d'accord avec vous !

      Inconcevable qu'un petit africain ou un petit chinois m'enpêche de rouler MON Hammer, MA moto-marine, MES voyages en avions pour aller aux courses de F1. Et... JE rêve du jour où JE pourrai aller dans l'espace pour connaître l'appesanteur, voir qu'un jour, Je sois seul sur terre, qu'elle M'appartiendra en entier ! JE suis sage, pour savoir quand ME ralentir pour ne pas ME nuire... et, quand JE possèderai tout, si JE continue à trop polluer, et bien JE me suiciderai...

      J'ai, donc... JE suis !

      Ce sont toujours les autres qui sont de trop...
      S'ils veulent utiliser leurs terres agricole pour cultiver et manger, ça n'a aucun sens, car J'ai besoins de leurs terres pour un jour me faire du bio-carburant, alors qu'ils dégagent et crêvent !


      Un tel raisonnement me fait penser à un certain roi qui fit tuer tout les enfants de 2 ans et moins, car ils pouvaient nuire à sa position de roi... il y a plus de 2000 ans ! Belle évolution !

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 28 mai 2015 17 h 00

      Mr Bérubé,
      J'imagine que vous etes pour le retour de la revanche des berceaux...?!
      Peut etre que vous devriez voir plus loin que la lutte des classes, car on fait tous partie de la meme classe, sur la meme Terre, en fait, autant croire en ces bonnes raisons pour ne pas croitre au dela des possibilités que la nature puisse nous donner...
      Maintenant vous etes libres de vouloir retourner en arrière...Si la Terre évidememnt vous en laisse le temps...

    • Daniel Bérubé - Abonné 28 mai 2015 18 h 08

      Une étude avait été faite dans les années '90, et démontrait que la planète était en mesure de soutenir 45 milliards d'humains et de tous les nourrir !. Chose certaine, il faudrait à ce moment que l'homme cesse de manger des viandes, car les animaux dont on se nourrit demandent quelque chose comme 15 kilos de céréales pour en produire un de viande. Mais nous sommes encore moins de 9 milliards sur terre, regarder la quantité de nourriture qui se jette continuellement: une carotte n'est pas droite ? classée indigne de se retrouver sur les tablettes de nos magasins ! (Heureusement, l'Europe a apporter des changements sur ce point)...

      Avant de demander aux autres de cesser de se reproduire, de ne pas avoir d'enfants, car le tout pourrait venir affecter notre bien-être et nos habitudes de gros consommateurs, il y aurait sans doute quelques modifications qui pourraient être apportés à nos habitudes de vies nord-américaine, surtout quand ceci concerne le pétrole, et que les humains continuent de le dépenser souvent simplement pour le plaisir ou des "sois-disant sports" ! Car je ne trouve pas que la motoneige est un sport: un sport doit faire travailler le physique, pas un moteur...

      Si le pétrole vient qu'à se faire rare, pourquoi ne pas plutôt voir à moins en dépenser INUTILEMENT, plutôt que de demander à ceux pouvant en consommer de cesser d'être ?

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 28 mai 2015 19 h 08

      Je suis d'accord avec vous , pour moins consommer et mieux consommer, mais je doute fort, quoique n'étant vraiment pas spécialiste en la matière j'ai de sérieux doutes sur vos chiffres.. la terre peut supporter 45 milliards d'etres humains..Honnetement je ne vois guère ou on pourrait les parquer...Cela me fait penser a des films de sciences fictions pas très amusant a visionner! De toutes manières je me suis égaré dans mon commentaire du début, oui a la consommation du pétrole, exploité intelligemment, sous bonnes surveillances, afin de commencer a diversifier nos besoins d'énergies sous toutes formes qu'elles soient, en préservant notre bien commun la terre...

    • André Savary - Inscrit 28 mai 2015 22 h 20

      de tout les animaux de la terre, l'homme est le seul qui détruit son environnement, polu l'eayu qu'il boir empoisonne sa bouffe avec son agriculture industrielle et chimique...

      Une guerre ne reglerait pas le probleme... La nature s,en chargeras!

  • Gilbert Boileau - Abonné 28 mai 2015 09 h 10

    Marché du travail des jeunes étudiantes

    Étude intéressante ... N'en déplaise à M. Lucien Bouchard

    https://jeanneemard.wordpress.com/2015/05/27/le-marche-du-travail-des-femmes-8-lemploi-etudiant/

  • Louis Gaudreau - Abonné 28 mai 2015 09 h 24

    Elan global

    C'est le même combat! Signez le manifeste!