Les plantes mellifères en ville

Selon Marc Sardi, la création d’habitats avec des plantes mellifères et nectarifères est la manière la plus facile de venir en aide aux pollinisateurs.
Photo: Marc Sardi Selon Marc Sardi, la création d’habitats avec des plantes mellifères et nectarifères est la manière la plus facile de venir en aide aux pollinisateurs.

La création d’habitats avec des plantes mellifères peut-elle améliorer la survie des pollinisateurs ? Le déclin des populations de pollinisateurs interpelle plusieurs personnes conscientes de leur importance capitale pour l’alimentation, mais aussi pour l’équilibre des écosystèmes. La plantation de plantes mellifères est-elle une solution ?

Rencontre avec Marc Sardi, chargé de projet pour la biodiversité urbaine à Ville en Vert et porte-parole de Miel Montréal, deux organismes à but non lucratif.

L’installation de plantes mellifères peut-elle aider les pollinisateurs ?

Il n’y a aucun doute que pour venir en aide aux pollinisateurs, la création d’habitats avec des plantes mellifères et nectarifères est la manière la plus facile. Le but est de leur fournir de la nourriture jusqu’à la fin de la saison et de les fidéliser.

Pour ce faire, il est important de choisir des végétaux qui fleuriront à différentes périodes. Toutefois, le printemps ne pose pas de problème, car beaucoup d’arbres fleurissent à cette saison en ville : érable, pommier, févier, caragana, tilleul, gleditsia. La problématique est différente à la campagne.

Quels sont les meilleurs choix ?

De nombreuses plantes sont riches en nectar et en pollen, en particulier chez les astéracées, les lamiacées et les fabacées. Par ailleurs, on doit prendre des fleurs jaunes, violettes, blanches ou bleues, car les insectes ne voient pas le rouge. Puis, il faut choisir des plantes résistantes aux conditions urbaines de pollution, chaleur extrême et environnement minéralisé.

Voici quelques excellentes plantes pour attirer les pollinisateurs : agastache fenouil, aster de la Nouvelle-Angleterre, aster à grande feuille, asclépiade incarnate, monarde fistuleuse, penstemon hirsute, verge d’or — elle pousse à l’ombre et a une tige zigzagante —, la verge nemoralis — elle ne drageonne pas et tolère les sols secs et pauvres —, la verveine veloutée et la verveine stricta — cette dernière pousse en sol sec et pauvre — et finalement, la rudbeckie hérissée.

La pelouse est-elle intéressante pour les pollinisateurs ?

Tout à fait, elle devient une riche source de nectar et de pollen si on maintient en fleurs, dans la pelouse, une grande diversité de végétaux tels que la bugle, le pissenlit, le lierre et la potentille. De plus, cette diversité végétale rend la pelouse plus résistante aux maladies et aux infestations de ravageurs.

Doit-on privilégier la plantation de végétaux indigènes ?

Les insectes pollinisateurs du Québec ont coévolué durant des millions d’années aux côtés des plantes indigènes du Québec et des liens intimes se sont tissés entre les mondes animal et végétal. C’est pourquoi nous privilégions les indigènes.

Toutefois, selon des observations, l’abeille mellifère qui a été introduite semble particulièrement attirée par les plantes introduites : bourrache, mélilot, phacélie, pissenlit, trèfle, verge d’or. De ce point de vue, tout n’est pas noir ou blanc.

Le nombre de colonies d’abeilles domestiques s’est multiplié au cours des dernières années. Quelles peuvent être les conséquences ?

Il peut y avoir un impact sur les autres pollinisateurs et la disponibilité de nourriture. C’est pourquoi il est important de créer de nouveaux habitats afin d’éviter la concurrence entre les différentes espèces.

Tout de même, la présence des abeilles mellifères s’avère probablement complémentaire, car leur proboscis — ou langue pour la récolte du pollen et du nectar — est de longueur différente de celle des autres pollinisateurs.

Les pollinisateurs et l’agriculture urbaine

L’agriculture urbaine et les pollinisateurs sont intimement liés, car 33 % de ce que nous mangeons est pollinisé par les insectes. En connaissance de cause, les horticulteurs et les jardiniers devraient être les premiers concernés par la création d’habitats pour les pollinisateurs afin de s’assurer des récoltes abondantes.

La trousse PolliniMini

La trousse PolliniMini est un excellent outil pédagogique de Ville en Vert conçu par Marc Sardi. Elle a été réalisée pour sensibiliser les gens aux insectes pollinisateurs et favoriser un rapprochement avec cet univers méconnu. Selon Marc Sardi, au Québec plus qu’en Ontario, aux États-Unis et en Europe, les citoyens craignent les insectes : souvent, ils ne savent pas différencier une abeille d’un bourdon et ne connaissent pas leur rôle dans nos écosystèmes.

Cette trousse, qui foisonne d’informations éclairantes, inclut des végétaux, un nichoir pour les abeilles solitaires, un manuel d’instruction et tous les accessoires nécessaires. Un bel outil pour initier les enfants, mais aussi pour tout citoyen qui désire créer un habitat à pollinisateurs. Pour commander ou pour toute question: biodiversité@villeenvert.ca.

On peut aussi rencontrer les promoteurs de la trousse ce samedi au métro Laurier, à Montréal, dans le cadre de la Journée de l’abeille, et au cours de la Semaine des pollinisateurs, du 15 au 21 juin.

La fête annuelle de la plante médicinale

Cette année, le sapin baumier est la plante médicinale mise à l’honneur par la Guilde des herboristes. À Montréal, la fête aura lieu au Jardin botanique, en collaboration avec Les Amis du Jardin botanique, le 7 juin de 10 h à 17 h. Trois conférences dans l’amphithéâtre et des visites guidées du jardin des plantes médicinales auront lieu, des plantes et des produits seront en vente et des dégustations seront proposées. La Journée des plantes médicinales se déroule également dans différentes régions du Québec. Il s’agit d’une activité gratuite.

Le prix Henry Teuscher

Lors du Rendez-vous horticole, le 22 mai dernier, le Jardin botanique de Montréal, qui s’inscrit dans le complexe muséal Espace pour la vie, a décerné à Claude Vallée le prix Henry Teuscher. Ce prestigieux prix souligne la contribution exceptionnelle du lauréat à l’avancement de l’horticulture au Québec.

Reconnu par ses pairs et par l’industrie horticole, il contribue depuis plus de 25 ans à son développement. Que ce soit par l’intermédiaire de l’enseignement, de la recherche, de l’innovation technologique ou de la publication, son parcours témoigne d’un engagement exceptionnel.

Il défend, en outre, une approche plus « holistique » qui place les végétaux au coeur du développement des espaces. Une approche d’avenir où il faudra, selon lui, reconnaître le rôle majeur et les bienfaits qu’ils ont sur l’environnement, la santé et le bien-être des collectivités.

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Dans la bibliothèque

Ikebana. L’art floral au fil des saisons
Rie Imai et Yuji Ueno
Photographies de Noboru Murata
Nuinui, 143 pages

Voilà un livre sublime sur l’ikebana, l’art floral japonais, dont la tradition est ici revisitée par l’approche innovante des auteurs. Les techniques de base sont clairement expliquées et illustrées tout au long des quatre chapitres qui correspondent chacun à une saison.

Des conseils et des idées inspirantes à la portée de tous et ne demandant pas de matériel coûteux sont proposés pour développer sa propre créativité. Cinquante-trois compositions magnifiquement photographiées témoignent de la sensibilité de cet art floral à transmettre la splendeur de la nature.

Au jardin cette semaine

On sème au potager le fenouil de Florence, et enfin, on plante les aubergines, le chou-fleur et les tomates dans la région de Montréal… Pour les autres, il faut encore attendre. L’altise, un petit coléoptère qui transforme en dentelle les jeunes feuilles des brassicacées (brocoli, chou, roquette…) est déjà présent. Sur une petite surface, l’emploi d’un agrotextile est la solution la plus efficace, mais on peut aussi traiter avec un insecticide de contact (le résultat n’est toutefois pas fantastique).

Selon le bulletin du Réseau d’avertissements phytosanitaires (21 mai 2015), un traitement pour le contrôle de la teigne sur l’ail et le poireau doit être effectué le 30 mai dans la région de Montréal. Je vous recommande le Bacillus thuringiensis var. kurstaki, offert dans les jardineries.

Les températures de nuit sont maintenant assez clémentes pour sortir les plantes tropicales, mais n’exposez pas ces dernières directement au soleil, car elles vont brûler. Passer l’été à l’extérieur leur procure une cure de santé. Puis, si elles ont besoin d’un rempotage, le printemps est la saison par excellence.
2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 mai 2015 17 h 53

    Si les insectes ne voient pas le rouge,

    pourquoi les fleurs rouges existent-elles? Elles se tirent une balle dans le pied.

    • Patrick Lavoie - Abonné 31 mai 2015 21 h 12

      Les papillons voient le rouge... Ey les colibris le voient aussi!