Vos placements: Grosse somme et investisseur novice: prudence

Je vous lis régulièrement ces derniers temps. Votre article sur les fonds de dividende m'a beaucoup intéressée. J'aimerais vous poser quelques questions, mais tout d'abord, voici une brève description de mon cas.

J'ai une maison que je vais probablement vendre prochainement (évaluation: 190 000 $). Je travaille à Montréal et la traversée du pont Mercier est très difficile. Dans un premier temps, je chercherai peut-être un appartement avec mon copain. Je ne veux pas acheter immédiatement, peut-être en juillet 2004, quoique le marché est peut-être plus favorable maintenant. J'ai lu que l'automne est la saison la plus propice pour ce genre de transaction. Enfin, je n'ai aucune dette.

Mes questions sont les suivantes:

- Devrais-je acheter une maison ou la louer? Mes revenus sont assez modestes, soit 700 $ nets par semaine. Je voudrais donc savoir s'il est plus avantageux d'investir cet argent en le plaçant par exemple dans ces fonds de dividende que vous avez suggérés?

- Quelle sera l'imposition sur le montant de vente de ma maison? (J'ai fait des recherches sur Internet mais je n'ai pas trouvé de réponse.)

- Si je ne touche jamais à ce capital de 190 000 $, quels revenus aurai-je dans, par exemple, 35 ans? (J'ai actuellement 41 ans.)

Dans l'attente de votre réponse,

Merci.

S. P.

Avoir 190 000 $ à investir et être novice en matière de placement, voilà une situation particulièrement dangereuse. Vous êtes en effet une proie facile pour les conseillers financiers dont le gagne-pain repose sur les commissions obtenues à la vente de produits financiers. La plupart d'entre eux s'empresseront d'investir en quelques semaines votre pécule dans les actions et leurs substituts (telles les unités de fonds communs d'actions). Vous risquez alors de payer trop cher ces actions. Vous risquez même de vous retrouver avec des titres qui ne correspondent pas, mais absolument pas, à votre profil d'investisseur. C'est pourquoi, si vous décidez de bâtir votre portefeuille de valeurs mobilières, il vous faudra prendre votre temps. La construction de votre portefeuille ne se fera pas en quelques semaines, ni en quelques mois, mais bien en plusieurs années.

Cela dit, la première chose à faire est de scinder le montant global à investir entre les deux principales classes d'actif financier: les titres à revenus fixes et les actions. De votre montant à investir de 190 000 $, une somme de 100 000 $ devrait être consacrée à l'achat de titres à revenus fixes de grande qualité: véhicules d'épargne tels que les certificats et dépôts à terme, les obligations d'épargne et les obligations à terme à taux fixes et celles à taux croissants de Placements Québec (évitez ici tout produit dont le rendement est lié à celui d'un indice boursier; tenez-vous-en strictement aux produits ne générant que des revenus d'intérêt prédéterminés) ainsi que les obligations négociables émises par les divers ordres de gouvernement et leurs sociétés de services publics (le gouvernement du Canada, les provinces et les municipalités). Ces titres viendront meubler la partie à très faible risque de votre portefeuille.

Quant aux 90 000 $ restant à investir, cette somme servira à accumuler des actions de grandes compagnies canadiennes ayant un long historique de versement de dividende appréciable et, si possible, croissant à leurs actionnaires. Chose que vous pouvez faire en achetant les unités de fonds communs dits de dividende. Pour ma part, je préfère de loin l'achat direct et très graduel (sur faiblesse des cours) des actions de quelques grandes compagnies canadiennes (au maximum huit). Vous choisirez les compagnies de façon à participer à au moins trois secteurs distincts de l'économie canadienne (énergie, services financiers, pipelines, produits de consommation, télécommunications, etc.). Votre plan d'achat devra s'échelonner sur une période d'au moins un an et demi. Au bout de deux ans, vous ferez votre autoévaluation. Si vous êtes satisfaite de votre performance, vous verrez alors à donner davantage de poids aux actions de grandes compagnies dans votre portefeuille.

Cela dit, je recommande fortement à tous ceux désirant construire la section actions de leur portefeuille de s'inscrire à une lettre financière appropriée portant sur les grandes compagnies canadiennes (The Investment Reporter de MPL Communications et ma classe Internet Pro-Placement couvrent cet univers du placement).

Pour terminer, voici mes réponses, dans l'ordre, à vos trois questions spécifiques.
- Entre louer un logement ou acheter une maison, j'estime la première solution supérieure à la seconde, aux conditions suivantes: 1- que vous soyez capable à long terme d'obtenir un rendement composé annuel d'au moins 8 % de votre capital investi;

2- que vous soyez suffisamment disciplinée pour épargner systématiquement au moins 10 % de votre revenu brut annuel; 3- que vous soyez capable de dénicher un logement situé près de tous les services, dont les transports en commun, à un coût raisonnable, ce qui vous permettra de limiter considérablement vos dépenses pour l'automobile. L'achat d'un triplex situé près de tous les services m'apparaît également une option tout aussi intéressante que la location (dans ce cas-ci, vous pourriez utiliser le montant de 100 000 $ destiné aux titres à revenus fixes pour l'allouer à l'achat d'un tel triplex).
- Le gain en capital réalisé à la vente de sa résidence principale n'est pas imposable.
- Quinze ans après avoir été investi dans les actions de grandes firmes canadiennes, votre capital initial (ici de 90 000 $) devrait vous rapporter un taux de dividende annuel de près de 8 % (soit des revenus de dividende de 7200 $, ce qui donne un revenu d'intérêt équivalent de près de 9000 $) tout en s'étant apprécié de près de 100 % durant la période (autrement dit, votre capital initial de 90 000 $ investi dans les actions devrait valoir 15 ans plus tard près de 180 000 $).

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