Sur une balloune

Au coeur de cette actualité sportive brûlante malgré l’élimination de Canadien — l’élimination de Canadien ne refroidit jamais l’actualité, il faut le dire, parce qu’elle ne provoque qu’un déplacement des innombrables questions soulevées, de « Canadien gagnera-t-il sa prochaine joute ? », « Canadien possède-t-il le vent dans les voiles dans la présente série ? » et « quel jour aura lieu la parade de la Stanley ? » à « qui Canadien doit-il échanger ? », « qui Canadien doit-il repêcher ? » et « quel joueur autonome avec pas de restrictions Canadien doit-il acquérir ? » —, on retrouve bien entendu l’affaire des ballons dégonflés des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Cette saga se révèle proprement passionnante, avec des rebondissements d’autant plus inattendus que, la pression d’air étant insuffisante, on ne sait jamais de quel côté les choses vont aller.

La semaine dernière, Tom Brady a interjeté appel de sa suspension de quatre joutes imposée par la NFL. On doit donc présumer qu’il se considère comme innocent et que les deux employés des Pats impliqués dans cette sombre histoire ont agi de leur propre initiative, sans le consentement du quart-arrière étoile. Mais oui, bien sûr, voilà qui tombe sous le sens : un gars a décidé par lui-même d’aller chercher les ballons dans le vestiaire des arbitres, de s’arrêter aux toilettes en chemin vers le terrain pour en dégonfler 11, et puis c’est tout.

Toujours la semaine dernière, les Patriots ont créé un site dedans les Internets entièrement consacré à démolir le rapport de l’enquêteur dans le dossier, Ted Wells. À wellsreportcontext.com, le texte est très long, plus de 120 000 signes, et si vous souffrez d’insomnie ou de manque aigu d’affaires plates à lire, ne manquez pas de le visiter, c’est d’un ennui proprement prodigieux.

Puis, mardi, le propriétaire des Patriots, Robert Kraft, a fait savoir qu’il ne contesterait pas l’amende de 1 million $US et la suppression de deux choix au repêchage que la NFL a infligées à l’équipe. Dans une longue déclaration — tout est long dans cette histoire —, il a déclaré pour l’essentiel qu’il demeurait en désaccord avec les conclusions du rapport, mais que bon, il fallait tenir compte du bien de la ligue et pousser la chose plus loin ne correspondrait pas à cet objectif.

Remarquez, Kraft n’aura peut-être pas à soulager ses propres goussets, ou du moins pas pour la facture au complet. Car on devinera bien que, dans les heures qui ont suivi l’annonce de la sanction, un intellectuel a dénoncé la cruelle injustice et s’est mis en frais de lancer une campagne de sociofinancement visant à soutenir les Patriots. Parfaitement : de toutes les nobles causes possibles, la meilleure est celle d’un multimilliardaire pour qui 1 million représente de la menue monnaie.

Certes, on pourra rétorquer qu’il s’agit là d’un seul penseur de haute voltige, sans doute un peu illuminé, et que le reste du monde est sain d’esprit. Mais si on fait cela, on aura tout faux. En fin d’après-midi mardi, la page gofundme.com/newenglandpatriots avait récolté 16 280 $ de la part de 1162 personnes. Le monde est dingue fini. (Soulignons qu’au moins, si les Patriots refusent l’argent qu’on leur propose, celui-ci sera versé à des oeuvres de charité.)

C’est à peu près cela pour le moment. La prochaine fois, nous verrons que le prochain sujet de discussion dans une table ronde près de chez vous sera : et si Canadien se faisait prendre à dégonfler des rondelles, seriez-vous prêt à mettre un 20 $ pour l’aider ?

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