Santé: Médecins du monde

C'est un beau métier que celui de médecin. Surtout quand tu te sens investi d'une mission, quand tu vas sauver des gens. Tu te retrouves au coeur de l'action en Iran, à Bam; tu as le sentiment d'être utile, cette grande émotion qui justifie nos vies. Je suppose qu'au retour, les maladies de la civilisation semblent banales, la misère des riches... Tu t'ennuies un peu, en attendant de repartir. Ouais, un peu romantique, ma chère. Le Dr Amir Khadir, membre de Médecins du monde, me dit: «On le fait par tempérament, on aime l'aventure. Et n'oublions pas que le motto de Médecins du monde c'est: "Nous soignons toutes les maladies, même l'injustice"... On est aussi médecin du monde pour être témoin et rendre compte». C'est l'ex-candidat de l'Union des forces progressistes qui parle...

N'empêche. Il y a des médecins qui prévoient leurs vacances en fonction de l'aide humanitaire qu'ils vont offrir. J'en connais. Il y a des infirmières qui partent dès que possible pour de longues missions, puis elles reviennent faire le plein ici, mais ce n'est pas long qu'elles reprennent le baluchon. La course à l'argent, la retraite dorée? Non; le droit à la santé, la justice sociale... l'engagement, quoi. Des gens admirables, différents de nous par leur altruisme. Ils y trouvent leur compte? Ce ne sont pas des masochistes: on est surtout généreux quand on est médecin du monde.

On dit médecin du monde mais, en réalité, vous-mêmes pourriez être membre de Médecins du monde. Vous pourriez vous aussi offrir votre aide, comme ces 46 volontaires qui sont partis l'an passé — dont seulement 22 étaient médecins (six femmes dans le lot) et dix étaient infirmières. On fournit le gîte et le couvert, vous donnez votre talent et votre temps en échange.

Quand survient une catastrophe naturelle comme le tremblement de terre en Iran, comment réagit Médecins du monde? Les jambes lui démangent? Je suppose que oui. En regardant la télé, je vois des Français monter à bord d'un avion, direction Zahedam, la ville la plus proche du séisme.

Médecins du monde Canada n'est pas parti si vite. Présente en Afghanistan, à Zaranj, l'équipe est en congé à Montréal en ce moment, c'est le temps des Fêtes, après tout. À la mi-janvier, quand elle retournera en poste, on aura décidé si le groupe fait un détour par l'Iran. Le Dr Khadir, devenu une sorte de flambeau des Iraniens de Montréal, me dit qu'il serait probablement allé en Iran, «si je ne m'étais pas déjà engagé à me rendre au Forum social mondial à Bombay le 8 janvier». Le matin où je lui ai parlé, il passait son temps au téléphone entre deux patients. «Les gens sont conciliants, ils m'encouragent à faire ce que je fais.» Lui est de garde tout le temps des Fêtes: il paye son dû à ses collègues qui le remplacent quand il part. La solidarité internationale, ce n'est pas nécessairement d'aller au front, n'est-ce pas?

Quand je parle à André Bertrand, le directeur de Médecins du monde Canada, je me fais raconter toute son histoire, depuis le tout début, quand il travaillait au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau à mettre en place l'aide humanitaire aux personnes handicapées des pays pauvres. Un jour, il a rencontré Réjean Thomas. L'énergie et la passion de cet homme sont contagieuses et, si vous ajoutez que le président de Médecins du monde Suisse, le Dr Nago Humbert, passe la moitié de l'année à l'hôpital Sainte-Justine, il était fatal que ces trois-là jettent les bases d'une association locale. C'était en 1996. Trois ans plus tard, le mouvement international reconnaît et accepte la délégation québécoise qui devient Médecins du Monde Canada. Si j'ajoute qu'ils ont pris un certain leadership sur les questions liées au VIH-Sida, ça ne vous étonnera pas outre mesure, je crois.

Haïti a été un premier lieu d'intervention, puis se sont ajoutés une dizaine de pays. «On est en train de mettre sur pied un grand projet au Zimbabwe et en février on démarre la mission», m'explique André Bertrand. «Nous pratiquons la politique des yeux ouverts. Par exemple, en ce moment, on surveille ce qui se passe au Liberia, il y a des mouvements de populations, que va-t-il se passer?»

C'est la trame de fond. Le travail au long cours. Mais quand arrive une catastrophe naturelle? «La question immédiate c'est: "qu'est-ce qui sera le plus utile? Avec qui peut-on travailler et dans quel contexte?" Il faut trouver la meilleure réponse selon nos capacités et nos expertises.» Pendus au téléphone avec leurs partenaires internationaux, ils discutent et analysent. «Dans le contexte de l'Iran, ce sont les épidémies qui constituent le risque; les infections respiratoires dues à la poussière; les bronchites et les pneumonies à cause du froid la nuit. Nous travaillons en soins de santé primaires — ça veut dire traiter la dysenterie, peut-être le choléra, qui menacent dans ces situations...»

Oui, ils sont admirables, chacun d'eux se débrouille individuellement pour suppléer aux manques des gouvernements. Car, pensez-y un instant, un séisme de même magnitude n'a pas fait de victime en Californie. Vous ne pensez tout de même pas que c'est un hasard? On nous a parlé de l'argile de la ville historique, celle où vivaient ces pauvres Iraniens, dans ce pays que l'on dit le plus menacé par les tremblements de terre? Vous savez bien les merveilles des ingénieurs qui construisent les plus hautes tours dans des lieux à risque? Mais Bam... Bam qui sait que 2004 sera une année de reconstruction et de plaies à panser. Bam sortira de notre actualité, mais les douleurs de ses citoyens seront longues à guérir.

- Médecins du Monde

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