Migrant ou réfugié?

Je prends un article au hasard sur le drame des réfugiés. On y interviewe des migrants à Paris qui ont traversé la Méditerranée. Le premier est un Syrien qui a fui son pays à cause de la guerre civile. On apprend qu’il a travaillé quelques mois en Libye et qu’il est passé par l’Italie. Bizarrement, l’homme n’a pas demandé l’asile en Italie et ne compte pas le faire en France. Il attend d’être en Grande-Bretagne. Il rejoindra donc ces sans-abri qui font le pied de grue dans le Nord-Pas-de-Calais en attendant de passer en Angleterre au péril de leur vie. Ces étrangers refusent étrangement de demander l’asile en France, où ils seraient pourtant assurés d’être accueillis. En effet, en France, pratiquement aucun demandeur d’asile ne court le risque d’être expulsé. Même ceux qui ont menti aux autorités ne sont jamais reconduits chez eux.

Dans le même article, on interviewe un second « réfugié ». Il s’agit bizarrement d’un Marocain. On ne savait pas qu’il existait des réfugiés marocains. Le Maroc n’est peut-être pas une démocratie exemplaire, mais c’est un pays où l’immense majorité de la population vit paisiblement. Le pays connaît un taux de croissance enviable. Il est même une terre d’accueil pour ces autres réfugiés de Côte d’Ivoire, du Congo et d’Irak. Il est donc évident que notre « réfugié » marocain est un immigrant économique qui a choisi, comme des centaines de milliers d’autres, de tenter sa chance en France.

Ces deux exemples illustrent la confusion qui règne dans ce débat. Tant qu’on n’en clarifiera pas les termes, on n’y comprendra rien. On compare parfois les réfugiés de la Méditerranée aux boat-people des années 1970 qui, fuyant le totalitarisme et la guerre, ont été accueillis de manière exemplaire. Il y a pourtant une différence majeure entre cette époque et la nôtre. C’est l’explosion de l’immigration économique qui provoque des tensions majeures, notamment dans les pays européens. Or, si le statut des réfugiés du Vietnam ne faisait aucun doute, le doute plane souvent sur ceux de la Méditerranée. Tant que tout ne sera pas fait pour lever cette ambiguïté, et rassurer les populations, le devoir de solidarité des Européens demeurera ambigu.

 

Clarifions une chose. À l’égard de réfugiés qui fuient la famine, la guerre civile ou des catastrophes naturelles, le devoir de solidarité doit être total. Il ne doit pas souffrir la moindre hésitation. Face à des réfugiés dont la vie est menacée dans leur pays, il n’est pas question de lésiner sur la générosité. Traiter ces réfugiés de « coquerelles », comme l’a fait le tabloïd britannique The Sun, n’est pas seulement honteux, c’est un déni d’humanité.

Mais, il faut aussi clarifier autre chose. Face à l’immigration économique, ce devoir d’assistance et de solidarité n’existe pas. Un migrant économique est quelqu’un qui cherche simplement à améliorer sa situation matérielle. Il ne fuit ni la famine ni la guerre civile. Sa vie n’est pas en danger. Il faut dans ce cas reconnaître à chaque pays le droit de l’accueillir ou pas, en fonction de ses propres critères. Que des migrants économiques illégaux soient reconduits dans leur pays d’origine, cela n’a rien d’outrageant. Qu’un véritable réfugié le soit, c’est une abomination.

Comme l’expliquait récemment dans Le Monde Hubert Védrine, toute politique européenne devra « d’abord prendre la juste mesure du phénomène » et « distinguer entre asile et immigration. » Et l’ancien ministre des Affaires étrangères de conclure que, pour être généreux, l’asile ne doit pas « être détourné à des fins économiques, sinon il sera rejeté par les opinions ».

On ne convaincra jamais les peuples européens d’accueillir les réfugiés tant qu’on ne fera pas cette distinction. Dans nombre de pays, les populations ont le sentiment que, sous prétexte d’accueillir des réfugiés, on veut leur faire accepter une politique d’immigration économique dont ils ne veulent pas. Cette confusion est d’ailleurs entretenue par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker lui-même.

Mettons de côté le débat complexe sur les mérites de l’immigration. Certains estiment qu’une immigration choisie et contrôlée est avantageuse sur le plan économique. D’autres, tout aussi respectables, pensent qu’elle représente un gain économique à peu près nul et qu’elle peut avoir des effets sociaux négatifs si elle dépasse certains seuils. La question posée aujourd’hui en Europe n’est pas là. Elle est plutôt de savoir si les pays ont encore le droit d’avoir leur propre politique d’immigration. Bref, de faire comme le Canada et d’accepter les immigrants (comme par hasard riches, instruits et jeunes) ou de fermer leurs frontières comme le fait par exemple le Danemark.

Trop de bonnes âmes humanitaires refusent de distinguer les réfugiés des migrants économiques et agissent comme si l’accueil de ces derniers était en tout temps et en tout lieu un devoir imposé par on ne sait quel commandement divin. En entretenant cette confusion, on ne fait pas que mépriser les souverainetés nationales. On donne du grain à moudre aux populistes qui, eux, ne feront pas de quartiers. Au bout du compte, ce sont les vrais réfugiés qui en paieront le prix.

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12 commentaires
  • Jules Desrosiers - Abonné 15 mai 2015 03 h 34

    oui, bien sur, je comprends, mais...

    oui, bien sur, en effet, la raison a toujours raison, il faut distinguer entre réfugié et immigrant, dissiper la confusion, c'est toujours nécessaire.
    N'empêche que ça fait mal d'entendre le "nouveau" chef conservateur du Royaume Uni, profitant de la confusion ou l'entretenant lui-même, clamer que le sort de ces gens ne le concerne pas. Lui qui diirge un pays qui a du son développement et sa grandeur en bonne partie à l'exploitation de son Empire colonial.
    Mais ne confondons pas. Distingons, n'est-ce pas: Le passé est le passé. Oui, bien sur, et coetera.

    • Hélène Paulette - Abonnée 15 mai 2015 13 h 15

      Vous avez raison... Et on n'en a pas fini avec les séquelles de l'Empire Britannique. Et nous paierons notre part comme nous en avons partagé les profits.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 15 mai 2015 14 h 23

      Madame Paulette, je ne sais de quels profits vous parlez, réalisés par l'Empire Britannique il y a plus de 150 ans, mais vous oubliez que le Canada, tout comme l'Inde, est un des joyaux de la Couronne d'Angleterre, et que les Canadiens français ont été, et le sont encore, les sujets de deuxième classe, exploités par l'élite anglophone protestante, et que nous continuons de nous battre jusqu'à ce jour.

      Le conditionnement médiatique, à ce que je vois, est très efficace. La grande majorité est prête à porter la faute d'empire déchus ayant exploiter leurs ancêtres, ou d'anciens aristocrates de leur pays qui ont exploité leurs ancêtres. L'esclavage a été une abonimation, la servitude des peuples européens à une poignée d'aristocrates en a été une autre.

      Et aujourd'hui, s'installe le néoféodalisme nous ramenant à une époque que nous croyions révolue.

      Aujourd'hui, les négriers du 21e siècle sont les multinationales, mais il y a encore de véritables esclavagistes en Asie et en Afrique, les mêmes qui vendaient les esclaves aux premiers explorateurs blancs qui sont débarqués sur les côtes africaines.

      J'espère que nous sortirons tous de notre grande léthargie entretenue par les merdias, et que nous relèverons la tête et crieront notre révolte, simplement parce que ce qui est en train de se passer sous nos yeux est abominables. Il en va de l'avenir de notre civilisation et de nos enfants.

  • Yves Côté - Abonné 15 mai 2015 04 h 02

    Mieux choisir...

    Les mafias cherchent toujours à faire passer comme des mesures sociales, ce qui en réalité doit être traité en cas individuels.
    Elles se servent du poids du nombre pour justifier l'inhumanité de leurs propres manoeuvres payantes. Et cela, partout par la stratégie du débordement en actes des capacités de réponse des gouvernements en place.
    Partout, mais de manières différentes et selon des circonstances, des opportunités, qui peuvent se présenter à elles.
    C'est une des raisons pour lesquelles, je crois, avec ce qu'il nous reste de démocratie, il faut vraiment réussir à mieux choisir nos dirigeants...
    Merci de votre effort constant de réflexion; celui-ci partagé avec nous.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 15 mai 2015 07 h 16

    Bonnes Questions

    Comment a court terme stopper ces flux migratoires? Je ne vois pas de solutions a part employer des moyens que la morale réprouve, dans nos sociétés dites civilisées.
    L'Australie n'y va pas de main morte, comme d'ailleurs les pays de l'asie du sud est assez expéditifs en la matière. Résultat ils semblent moins envahis que dans le pourtour du sud de l'Europe.
    Noua avons vraiment de la chance de vivre loin de ces situations politiques heureusement au bout du monde, j'espere qu'on le réalise, et que nos problèmes de nids de poules sont bien aléatoires!...

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 mai 2015 10 h 40

      Le principal avantage de l'Australie, c'est son isolement géographique...

  • Bernard Terreault - Abonné 15 mai 2015 08 h 08

    Pas facile

    Pas nécessairement aisé de faire la différence. Les migrants "économiques" vont tout faire pour se faire passer pour des réfugiés "politiques". Il faudrait des milliers d'enquêteurs pour trier tout ça. De plus, soyons honnêtes, pour les pays occidentaux c'est plus "payant" d'accueuillir de riches immigrants que de réels persécutés! Il y en a eu chez les boat people aussi; parmi, il y avait par exemple des militaires et des fonctionnaires des anciens régimes qui arrivaient avec une petite fortune, sans doute mal acquise, cachée en or ou en bijoux.

  • Claire Faubert - Abonnée 15 mai 2015 10 h 03

    Le Camp des saints de Jean Raspail

    Ce roman paru autour de 1973 par un auteur d'extrême droite est quand même éclairant quant aux différentes postures idéologiques concernant ce grave problème de l'immigration. Bien sûr, c'est un roman d'anticipation, qui décrit une catastrophe humanitaire sans précédent mais qui fait réfléchir...

    Le texte de monsieur Rioux aborde de façon claire les différences fondamentales entre les migrants politiques et économiques. Raspail parle d'affamés, de désespérés, sans armes et sans bagages...On les chasse?, on leur laisse la place?, on les accueille les bras ouverts? on tire dessus? Mais ils sont des millions...alors que faire?

    Merci,
    Claire Faubert

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 15 mai 2015 12 h 15

      Le roman de Jean Raspail est effectivement une bonne référence. Depuis des années, des sonneurs d'alarme ont tenté de sensibiliser leurs gouvernements et les masses au sujet de enjeux sur l'immigration et l'intégration. Ils se sont fait traiter de racistes, de xénophobes, de nazistes. Aujourd'hui, on impose l'islam dans le programme scolaire, on stigmatise les autochtones et ferment les yeux sur les "zones sensibles", on écrit en toutes lettres les noms de criminels autochtones, et non de ceux issus de l'immigration, on dénonce l'islamophobie comme la cause de l'attentat du 11 janvier à Paris, mais on passe complètement sous silence les actes criminels christianophes, perpétrés à raison d'un acte par jour, en moyenne. Quant aux problèmes démographiques, plusieurs autres politiques auraient pu être mis en place, et les dix millions de chômeurs sont une démonstration criante qu'il n'y a point besoin de main-d'oeuvre.

      Les organismes antiracistes, défenseurs de l'immigration auxquels on donne tous les droits tournent le dos sur les populations autochtones et imposent de plus en plus leurs programmes qui sont financés à même les deniers publics.

      Toutes les bonnes intentions de vouloir accueillir toute la misère du monde sont vouées à l'échec, si les gouvernements continuent d'ignorer et de négliger leurs citoyens. Plutôt que de les écouter, ils adoptent des lois brimant la liberté d'expression, imposent la "mixité sociale", ferment les yeux sur la hausse fulgurante des crimes dans les "zones sensibles" et font la sourde oreille aux citoyens persécutés, car devenus minoritaires dans leur propre ville natale.

      Non, la solution n'est pas d'accueillir toute la misère du monde, et ce qui est en train de se passer est la pire trahison des gouvernements occidentaux envers leurs propres peuples. Le profit, l'exploitation à outrance de la misère, voilà ce qui se cache derrière cette tragédie.

    • Gilles Théberge - Abonné 15 mai 2015 17 h 45

      je suis justement en train de lire ce livre de Raspail «Le camp des saints». C'est vraiment un ouvrage prémonitoire.

      Je ne sais pas comment ça va finir mais les derniers pronostics de la situation actuelle, prévoient que près de un million de migrants vont se présneter en europe cette année.

      C'est une situation intenable. Il va falloir que cela soit abordé autrement que maintenant, une position molle qui consiste surtout à faire de la culpabilisation.