Les vins canadiens s’invitent aux Amis du vin du «Devoir»

Le Canada viticole, c’est essentiellement quatre grandes régions (la vallée de l’Okanagan dans l’Ouest, la péninsule du Niagara, le comté de Prince Edward et le Québec dans l’Est) pour une superficie plantée qui avoisine les 12 000 hectares, soit un peu plus du dixième de ce que représente l’appellation Bordeaux. L’industrie y est jeune — le premier vin de glace a vu le jour en 1973 dans l’Ouest — et les progrès accomplis sont immenses, surtout depuis la dernière décennie.

Hybrides mais surtout vinifera trouvent leurs marques à l’intérieur d’une production calquée sur nos voisins états-uniens, mais en plus, disons, « allégée » côté volume et puissance. Le prix des cuvées les plus ambitieuses demeure toutefois à mon avis nettement surévalué par rapport à l’offre mondiale. L’offre et la demande ainsi que la rareté du produit y sont sans doute pour quelque chose. Une rareté qui d’ailleurs se vérifie en succursales, ici au Québec, compte tenu de la difficulté éprouvée à dénicher les meilleurs candidats canadiens pour cette dégustation où se réunissaient cette semaine les Amis du vin du Devoir.

Sauvignon blanc 2013, Wildass, Stratus Vineyard, péninsule du Niagara (22,05 $ – 12455619). S’il m’a semblé percevoir une très légère, je dis bien très légère, pointe de sucres résiduels ici, j’admets volontiers que non seulement l’équilibre est préservé, mais que l’ensemble étonne par la densité de son fruit, mais aussi par cette espèce de rayonnement « minéral » qui lui donne encore plus d’ossature. Servir à table, et non autour de la piscine. (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★1/2.

Riesling 2012, Moyer Road, Stratus Vineyard, péninsule du Niagara (20,25 $ – 12483804). Derrière la robe jaune-vert brillante, la gloire assumée du beau riesling, à la fois floral, épicé, doucement fumé. Puis ce miracle en bouche où la légèreté côtoie le tandem sucres/acidité, comme si l’un voulait doubler l’autre dans une course où tout le monde sort gagnant. Avec un tel type de vin, il n’est pas faux de dire que le Canada EST un pays de riesling ! (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★1/2.

Chardonnay Sauders Vineyards, Thomas Bachelder, péninsule du Niagara (41,75 $ – 12089444). Le Québécois Thomas Bachelder et sa compagne (et leurs filles) poursuivent leur quête au fil des millésimes et des continents pour des vins aboutis, sans compromis, avec cet ADN bourguignon chevillé au corps. Celui-ci ne fait pas exception. Fruité qui creuse en profondeur, éduqué par une trame minérale porteuse, le tout brillamment porté par l’élevage. Superbe, simplement ! (5 +) ★★★1/2. Moyenne du groupe : partagé entre ★★★ et ★★★1/2.

Pinot noir 2009, Château des Charmes, Niagara-on-the-Lake (17,20 $ – 10745495). Cette maison pionnière livre une cuvée dont on aurait souhaité plus de fruité, mais surtout un caractère plus lisible du pinot. Bouche vivante et fondue devenant plus étroite et amère sur la finale. Correct, surtout rafraîchi. (5) ★★. Moyenne du groupe : ★1/2.

Pinot noir 2012, Norman Hardie, Prince Edward County (39 $ – 11638481 – à venir). Le franchouillard Norman Hardie défend son pinot comme une chatte ses petits. Jamais il ne rate l’occasion de vous mettre les mots en bouche pour en partager l’enthousiasme. Il a raison ! Nous sommes sur la corde raide ici, avec ce pinot de « nez » aussi vibrant que fragile avant une descente de bouche qui se veut vive, délicate, légère (11,5 % alc./vol.), à la limite du décrochage. Heureusement, les tanins fins et mûrs allongent la finale avec un intérêt croissant. (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★★.

Pinot noir Le Clos Jordanne 2010, Twenty Mile Bench (46,75 $ – 10697420). Les deux bouteilles débouchées affichaient une légère pointe oxydative qui voilait un rien l’éclat du pinot noir. Même chose en bouche, empâtant légèrement le coeur et gommant la finale. Millésime ? Flacon ? Ce pinot de grand terroir m’est déjà apparu plus subtil et plus profond. Quant au prix… À revoir. Pas noté. Moyenne du groupe : pas noté.

Baco noir 2013, Henry of Pelham, Niagara (15,75 $ – 270926). Voilà un vin canadien qui aurait épaté monsieur le curé officiant au vin de messe ! Ça sent la « grappette », oui, mais la bonne, aurait-il confié au Seigneur ! Coloré et bien jaseur au nez, avec ce goût simple mais franc de betterave, de sureau et de cerise, épicé par le bois. Ne lèverait pas le nez sur une côte levée barbecue. Un classique du genre. (5) ★★1/2. Moyenne du groupe : ★★1/2.

Osoyoos Larose Le Grand Vin 2010, vallée de l’Okanagan (45 $ – 10293169). Si Les Pétales d’Osoyoos (27,95 $ – 11166495) fait l’unanimité parmi les amateurs, ce « Grand Vin », lui, a gagné en harmonie et en cohésion depuis sa création. L’assemblage a trouvé le cap avec sa dominante merlot alors que l’intégration, la fusion tanins/boisé, vise ni plus ni moins qu’une sobriété de ton qui évoque les crus girondins de la Rive Gauche. La finale, ferme mais fraîche, ferme la marche avec autorité, mais aussi avec civilité. (5 +) ★★★1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★1/2.

 

Ce fameux point « G »…

C’était quelque part en 2008, je traçais le portrait d’un artiste qui aujourd’hui, au côté du fiston Jean-Sébastien, tourne toujours autour du point « G » avec un bonheur aussi palpable qu’il se refuse à toute modération. « G » pour gamay, bien sûr, celui que le bon Henry Marionnet biberonne, foule, caresse, fermente et met en bouteille chez lui, en Loire, comme pour mieux apaiser ce monde de brutes qui donne du souci à toutes celles et ceux qui ne sont pas des brutes. S’il y avait un Nobel de la grappe, Marionnet en serait décoré.

Pourquoi je vous dis tout ça ? D’abord parce que « été » rime avec « gamay », que c’est bon pour la santé, surtout lorsqu’il n’y a pas un pet de sulfite d’ajouté, puis pour vous permettre de saliver plus abondamment en attendant l’opération « Vins Natures » que lancera la SAQ l’automne prochain. Trois cuvées du célèbre ligérien sont actuellement disponibles, à savoir ce Domaine de la Charmoise 2014 à 17,30 $ (329532 – (5) ★★★); ce Vinifera 2013 issu de vignes préphyloxériques (25,15 $ – 11844591 – (5 +) ★★★), et, surtout, ces Premières Vendanges 2013 (24,20 $ – 12517875 – (5) ★★★): une leçon de gamay. De quoi civiliser les brutes !

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