Il y a aussi de bonnes nouvelles

J’en ai même reçu deux personnellement cette semaine. Des choses que je n’attendais plus et qui me sont tombées dessus sans prévenir. Il y a des choses qu’on attend parfois depuis très longtemps et souvent, on finit par se dire que ça n’arrivera pas. Et puis bang !

Ma première bonne nouvelle me vient du ministre Poëti et c’est un événement, car depuis un an, aucune annonce émanant d’un ministre du gouvernement actuel ne m’a donné envie d’applaudir en l’apprenant. Je n’applaudis pas monsieur Poëti. J’applaudis la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) d’avoir finalement respecté la loi qui l’a créée.

Moi qui ai porté ce projet jusqu’à l’adoption de la loi et jusqu’à la naissance de la SAAQ, j’en reparle parce que pour la première fois, la SAAQ va remettre de l’argent à ses assurés. Il aura fallu 37 ans pour y arriver.

C’est donc 37 ans plus tard que cet article de la loi qui disait que la SAAQ devait d’abord bâtir une réserve suffisante pour faire face à toutes les réclamations qui pouvaient lui être acheminées et que les surplus de sa caisse, quand il y en aurait, seraient retournés à ses assurés, soit appliqué. Trente-sept ans plus tard, le ministre annonce que 65 $ seront remis aux citoyens pour bonne conduite.

Je suis heureuse d’avoir vécu assez longtemps pour voir ce que je vois. Trente-sept ans plus tard, ça a été beaucoup plus long que prévu. On peut penser que la SAAQ aurait probablement pu rembourser plus tôt. On raconte que si elle en a été empêchée, c’est que les gouvernements ont peut-être choisi de piller ses surplus sans scrupule durant plusieurs années. Ce sera nettement plus difficile de jouer à ce petit jeu maintenant… et je m’en réjouis.

Ma deuxièmebonne nouvelle me vient de la lecture du rapport de l’ex-juge Marie Deschamps, responsable de l’« Examen externe sur l’inconduite sexuelle et le harcèlement sexuel dans les Forces armées canadiennes », un document d’une clarté rare qui a été rendu public sans trop de tapage. Et c’est bien dommage.

Mme Deschamps confirme ce qui était déjà évident à l’oeil nu : que le sort des femmes qui choisissent de faire métier dans les Forces armées canadiennes est loin d’être ce que les jeunes filles qui en rêvent peuvent imaginer. Elle confirme tout ce qu’on soupçonnait déjà. Elle a découvert la réalité qui prend souvent la forme de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle pratiqués par des militaires de l’armée, de la marine, de l’aviation et à tous les échelons. Son mandat s’étendait de juillet à décembre 2014. Elle a rencontré aussi bien des commandants que des conseillers en matière de harcèlement, des policiers militaires, des aumôniers, des médecins et des infirmiers et infirmières. Plus de 700 personnes ont témoigné devant elle sur ces sujets. Qu’a-t-elle découvert ?

Elle a découvert que les plaintes formulées par les victimes, officiellement ou non, étaient justifiées. Elle confirme que beaucoup de femmes ont choisi de garder le silence à travers le temps pour ne pas nuire à leur avancement ou empirer le sort qu’on leur faisait subir. Elle a découvert que le viol faisait aussi partie des dangers qui menaçaient les femmes des Forces. Quant aux blagues de mauvais goût, aux remarques sexistes et aux commentaires désobligeants, la pratique fait partie du quotidien.

Mme Deschamps arrive à la conclusion qu’il faut absolument un « changement culturel » pour que la situation existante puisse être corrigée. Les FAC auraient pratiqué davantage une culture du silence jusqu’à maintenant, ce qui ne règle absolument pas le problème.

Le travail auquel Mme Deschamps et son équipe se sont livré est une enquête précieuse qui détaille ces réalités qui rendent la vie des femmes si difficile pratiquement partout où elles se retrouvent.

Un groupe de journalistes françaises vient aussi de montrer du doigt le « paternalisme lubrique » des hommes politiques qu’elles ont à interroger. De la tape sur la fesse au plongeon dans le décolleté, elles reconnaissent devoir repousser les avances constamment.

Faudrait-il dénoncer les patrons qui pincent les fesses ou faire comme si ça n’existait pas ? Faudrait-il faire un esclandre chaque fois qu’un mec se colle un peu trop dans le métro ? Que faire exactement quand on sait que ça veut probablement dire la perte de son emploi à court ou à moyen terme ? Vaut-il mieux se taire et endurer ?

Je sais. Je sais que beaucoup d’hommes vont affirmer, sans rire, que les femmes qui sont traitées ainsi sont des femmes qui « courent après ». C’est ce qu’ont dit des Indiens après un viol collectif récemment. C’est ce qu’ont dit également des Sud-Africains avant de violer en groupe une religieuse de 86 ans.

Changer la culture machiste pour l’égalité hommes-femmes dans le respect, ce sera un tour de force dont on parlera longtemps.

Est-ce que ce sera annonciateur d’un monde nouveau ?

Bonne fête des Mères en attendant.

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7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 8 mai 2015 03 h 31

    Vous méritez bien plus mais...

    Vous méritez bien plus que ce simple souhait, mais Bonne fête des Mères à vous, Madame !
    Je ne suis pas toujours d'accord à 100% avec vos options, mais bien modestement je vous le dis, de toujours nous partageons l'essentiel.
    Merci surtout de votre intégrité !
    Nous avons grand besoin que celle-ci devienne l'exemple à suivre par tous...
    Tous, politiciens ou pas.

  • Denis Paquette - Abonné 8 mai 2015 04 h 08

    Se civiliser, quel défi?

    Oui l'égalité des femmes, fait peu a peu son petit bout de chemin, quel fardeau, toute l'histoire des hommes a renverser, mais pourquoi pas, l'histoire n'est-elle pas faite pour être réécrite, merci Lise pour ton courage, en ce domaine il n'y a pas de petit pas, c'est de civilisation dont il s'agit ici, se civiliser, quel défi

  • Gaston Bourdages - Abonné 8 mai 2015 07 h 00

    Vous y croyez madame Payette à la possible(sic)....

    ....existence de la Bête dans l'Homme ? Oui, la Bête, la vraie. Celle incarnant les ou la laideur possible à ce même Homme. Je corrige. «...Possible » à ce même être humain dont je suis, dont vous êtes dont nous sommes toutes et tous ?
    Laideur qui passe aussi par la sexualité et des façons de l'assumer. Les FAC n'y échappent pas.
    J'ai aussi eu besoins (pas les goûts, soyez-en assurée) de prison et de pénitencier pour «changer ma culture machiste»
    Prison et pénitenciers ayant favorisé la réalisation et naissance d'un ouvrage littéraire intitulé: «Examens de conscience....Autopsie de l'injustifiable»
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 mai 2015 09 h 45

    Deux bonnes nouvelles.

    Et il y en a tellement d'autres.

    Il devrait y avoir un poste de TV n'annonçant que des bonnes nouvelles.

    Au «c'est inquiétant, c'est angoissant» arriverait «c'est rassurant, c'est encourageant».
    À écouter le soir, pour passer une bonne nuit.

    Les Ordres des psychologues et des travailleurs sociaux devraient déconseiller l'écoute et la vision des nouvelles inquiétantes et angoissantes après 19H00 !

    S'il y a une fête importante dans l'année, c'est celle des mamans.

    Recon-naissante fête des mères !

  • Clermont Domingue - Abonné 8 mai 2015 09 h 49

    La bête

    Faut-il s'étonner du fait que celui qui se prépare à tuer quand il en recevra l'ordre soit plus souvent en rut qu'un autre?
    Les forces,est-ce la place des femmes?

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 8 mai 2015 11 h 41

      Je me pose la même question, M. Domingue. Qu'est-ce qui peut bien pousser une femme à faire partie de ces Forces dont la formation consiste à les pousser à une agressivité sans humanité ? Autrement ils ne pourraient tuer un «frère en humanité» sans en être marqués à vie. C'est d'ailleurs ce qui arrive à ceux qui n'avaient pas réussi à se galvaniser contre leur sensibilité.