Crise incomprise

Il ne reste plus des stigmates de la crise de 2008 que cette belle assurance que gouvernements et banques centrales voleront une nouvelle fois au secours de Wall Street au prochain choc majeur. Lorsque, sept ans après la grande déferlante salvatrice, on se sent obligé d’inviter ces banquiers «à faire ce qui est bien même quand personne ne regarde», c’est que quelque chose a échappé à la compréhension.

Cette invitation faite aux grands banquiers à se responsabiliser et à se discipliner est venue mercredi de Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international. Sa collègue à la Réserve fédérale, Janet Yellen, voit de son côté réapparaître cette menace pour la stabilité financière des banques, des compagnies d’assurances et des fonds de retraite exposés à la faiblesse persistante des taux d’intérêt. Malgré l’effondrement de Lehman Brothers et les ondes de choc de la Grande Récession qui se ressentent encore, le message ne passe toujours pas.

« Exubérance irrationnelle » et valorisation excessive des marchés reviennent à l’avant-scène. Mercredi, la présidente de la Fed a parlé d’une évaluation élevée du cours des actions nécessitant de surveiller son impact sur la stabilité financière, dont le risque d’ensemble « demeure modéré, non élevé ». Pour elle, les faibles rendements sur les placements dits sécuritaires expliquent l’essentiel de la distorsion.

Pour Christine Lagarde, la rémunération des dirigeants d’entreprise et notamment des banques est en cause. « Les incitations liées aux méthodes de compensation doivent changer pour que les récompenses ne soient plus liées à des actions à courte vue et à des prises de risque excessives. » Elle les a exhorté à davantage de mécanismes de contrôle au sein des institutions financières pour éviter ces situations de prises de risque excessives. Et a cru important de leur souligner que « la régulation à elle seule ne peut résoudre le problème », invitant les banquiers « à faire ce qui est bien même quand personne ne regarde », selon l’article de l’Agence France-Presse.

On sentirait un retour aux années d’avant-crise, une période au cours de laquelle « trop d’institutions prenaient des risques qu’elles ne pouvaient ni mesurer ni gérer », rappelle Janet Yellen.

Inadéquation rendement-risque

Effectivement, un parallèle a déjà été fait entre l’actuelle période d’euphorie des marchés financiers et celle ayant prévalu avant la crise financière de 2008. Plus d’un gestionnaire a observé un retour au vieux réflexe du levier et du recours à la titrisation et autres produits financiers structurés. Avec une inadéquation toujours plus grande entre le rendement espéré et la prise de risque sous-jacente.

Au sens plus large, il est question d’une « finance de l’ombre », toujours mal circonscrite et peu ou pas réglementée. Les analystes du FMI avaient sonné l’éveil l’an dernier, dans un rapport non officiel, nous disant être revenus à ces belles années de la finance de l’ombre, plutôt florissante et imaginative avant la crise de 2008, couplée aujourd’hui d’un système bancaire parallèle affichant une croissance devenue « excessive » selon le FMI. Ce « shadow banking », qui échappe à la régulation, a atteint désormais une taille menaçante pour la stabilité du système financier mondial, nous prévenaient alors les analystes de l’institution de Washington.

Au lendemain de la crise, une supervision accrue des produits financiers exotiques, une plus grande transparence entourant les transactions de gré à gré et un renforcement des ratios de capitalisation des institutions financières ont été proposés afin d’endiguer la bulle de crédit. L’effet inverse s’est produit, la taille de l’encours en jeu devenant plus importante aujourd’hui qu’elle l’était en 2007. Surtout, le collatéral sous-jacent à cette finance exotique demeure toujours une infime fraction du notionnel, quête effrénée de rendement oblige.

Toujours l’an dernier, mais dans une prise de position officielle cette fois, le FMI évoquait l’inefficacité des nouvelles normes internationales imposées aux banques dites trop importantes pour faire faillite. Ces normes n’endiguaient, tout au plus, que 25 % du risque systémique et ne parvenaient pas à convaincre d’une réduction des incitatifs internes à la prise de risques excessifs.

Et le FMI de se demander alors si ces institutions à risque systémique ne se voyaient pas, finalement, conférer un avantage s’apparentant à une « subvention implicite ».

6 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 7 mai 2015 06 h 07

    Le système en faillite

    Tous le système économique basé sur une croissance qui n'existe plus fait en sorte que des gens donnent encore un petit coup pour s'en mettre un peu plus dans les poches. Les marchands du temple ne savent plus à quels Saints se voué pour continuer à faire progresser leur fortune. Les économistes avec leur boule de cristal sont tout aussi perdu que les banquiers et leur actionnaires qui espèrent encore en laissant aller tout cela.

    Dans la banlieue près de chez nous les condos poussent comme des pissenlits mais ils cherchent encore les acheteurs, si vous êtes interressez il y a plein de location à tenez-vous bien $1300 par mois pour un beau 4 1/2 flambant neuf quand les loyers tourne autour de 6, 7, 800 dans le secteur. Ah oui j'oubliais presque, nous avons aussi 3 gros centres d'achats séparé seulement par moins de 8km désservit par une belle autoroute en plus et à seulement 12 km des carrefour et centre Laval tout ce qui faut pour occupé vos weekends dans le coin.

    Les gens peuvent continué à rêver de faire fortune mais rêver des fois ça peut couté cher si on interprète mal son horoscope.

  • Clermont Domingue - Abonné 7 mai 2015 06 h 53

    Bonnes paroles...

    Merci pour votre éclairage.C'est inquiétant ce qui se passe...
    L'exhortation de dame Lagarde n'amènera pas les milieux financiers à se bien conduire.L'humanité a besoin d'un pouvoir politique suffisamment fort pour emprisonner les grands voleurs, mais la volonté n'y est pas.
    L'argent vous donne une puissance qui vous met à l'abri des sanctions...

  • Bernard Plante - Abonné 7 mai 2015 07 h 52

    Tout est là

    Rien n'a changé. On continue comme avant. Alors ce n'est qu'une question de temps avant que l'économie ne replonge. Et cette fois-ci le système public qui a été vidé ne pourra voler au secours du système privé autant qu'il l'avait fait en 2008. Crash majeur à prévoir donc.

    Peut-être est-ce que ça prend pour enfin nous faire entrer dans un nouveau paradigme où la collaboration et la pensée collective l'emporteraient sur la cupidité et l'enrichissement personnel à outrance? Souhaitons-le.

  • Denis Paquette - Abonné 7 mai 2015 11 h 21

    Rejetés comme des chiens galeux

    Que j'aime votre texte mais tout le monde sait que la vie sans les predateurs ne fait pas de sens, peut etre faut-il faire comme faisaient les paysants autre fois c-a-dire placer des épouvantails un peu partout pour empecher les predateurs de tout dévorer, il faut juste que qu''ils sachemt que s'ils se permettent de tout devorer ils seront rejetés comme des chiens galeux, c-a-d que les peines doivent etre tres sévères, en generale ces gens ne sont pas des idiots.

  • Daniel Bérubé - Abonné 7 mai 2015 12 h 00

    Le pouvoir est au service de l'argent...

    alors, si les banques ont plus d'argent que les gouvernements, ne nous posons plus de questions...