«La chair interdite»

Ce livre, dont l’auteure est Diane Ducret, est essentiel. Essentiel pour les femmes, mais essentiel aussi pour les hommes afin qu’ils comprennent peut-être pour la première fois ce qu’être femme veut dire et ce que ça implique de souffrance depuis si longtemps. Si vous n’avez les moyens de vous offrir qu’un seul livre durant les mois qui viennent, procurez-vous La chair interdite (publié chez Albin Michel). Cette chair, bien sûr, c’est celle des femmes, et la lecture de ce livre permettra aux lectrices de réaliser enfin tout ce qui leur a été imposé à travers les siècles pour les réduire à un rôle privé de liberté et d’égalité. Un cadeau pour la fête des Mères pour rendre justice à celles qui nous ont précédées.

L’auteure a été invitée récemment à TLMEP et elle a proposé de découvrir enfin ce que toutes les femmes ont enduré physiquement à travers les siècles. Les recherches auxquelles Mme Ducret s’est livrée sont très impressionnantes. Elle cite d’ailleurs toutes ses sources à la fin du livre sur une trentaine de pages, permettant ainsi à ses lecteurs et lectrices de pousser encore plus loin toutes leurs connaissances d’un passé dont on a peu parlé. De Platon à Henry Miller, Paul Éluard ou Jean-Paul Sartre, des pages de citations et de certitudes venant de grands politiciens ou de savants docteurs, de célèbres psychanalystes ou des plus grands poètes : la chair des femmes est omniprésente pour ces hommes qui prétendent être le sexe fort de tous les temps.

Le premierchapitre s’intitule « Deux siècles moins le quart avant Jésus Christ ». L’étude de la situation des femmes dans la société commence à ce moment-là. Si l’auteure n’a pas pu remonter plus loin, j’ai la certitude que c’est parce qu’aucun document n’a pu être trouvé. Les découvertes qu’on y fait tout au long de la lecture font dresser les cheveux sur la tête, mais il ne s’agit pas d’un musée des horreurs. Nous sommes au contraire dans un ouvrage qui raconte l’histoire sexuelle des femmes à travers les siècles et la peur souvent maladive des hommes devant l’inconnu que ce sexe, si différent du leur, représente pour eux.

J’insiste sur le fait que ce livre est essentiel, car il démontre clairement que beaucoup des « coutumes barbares » qu’on continue de pratiquer sur des femmes aujourd’hui, dans certains pays, existent depuis bien plus longtemps que ce qu’on croyait. Toutes les raisons étaient bonnes pour leur couper un bout de ceci ou un morceau de cela, espérant contrôler ainsi les désirs qu’une femme aurait pu avoir. Il faut lire avec attention aussi les recommandations du pape Pie XII au sujet des douleurs de l’accouchement. Vous n’en reviendrez pas.

La chair interdite permet de mieux comprendre pourquoi les hommes, à travers le temps et l’évolution du monde, ont eu comme seul souci de protéger le pouvoir qu’ils s’étaient attribué sur ce qu’ils ont appelé « l’autre sexe ou le sexe faible ».

Au moment même où les femmes du Québec viennent de réaffirmer leurs revendications quant à leur quête d’égalité, le livre que je recommande permet de comprendre pourquoi il ne faut pas baisser les bras et laisser l’autre moitié du monde décider de notre avenir.

Ce livre est précieux également, car quand le moment sera venu, vous le ferez lire à vos filles, qui auront peut-être la chance de grandir comme des égales et de vivre à une époque où le mépris que beaucoup d’hommes ont cultivé à travers les siècles passés sera disparu totalement.

Dans certains pays, dont le Québec, nous vivons en ce moment une relation hommes-femmes qui ferait l’envie de pas mal de femmes à travers le monde. Tout n’est pas parfait, il reste des gains à faire. Mais nous avons fait du chemin. Hommes et femmes, côte à côte, souvent à la recherche d’une relation satisfaisante pour les deux partenaires. Nous avançons toujours.

Nous avons reconnu l’existence de couples composés de deux femmes ou de deux hommes. Ce n’est pas négligeable non plus. Nous avons cessé de penser que les filles ne méritaient pas d’étudier aussi longtemps qu’elles le souhaitaient. Il s’agit d’un gain précieux qu’il faut défendre.

Le danger se situe ailleurs. Il faudra beaucoup de temps avant que tout ce que nous avons changé ne soit acquis de façon définitive. C’est là qu’est le vrai danger. Il faut y veiller sans jamais abandonner.

Les femmes ont survécu à tout ce qu’on leur a fait endurer. Elles sont toujours debout des siècles plus tard. Plus averties que jamais. La chair interdite permet de faire la lumière sur un passé que les femmes n’ont jamais su. C’est la fin du silence.

9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 mai 2015 01 h 45

    Un désir comblé est un désir disparu

    Ho! le drame de l'humanité, cette mere sans quoi nous serions pas la, et vous voulez que l'humanité vous reconnaisse ce privilege, vous savez bien que la Marie Madeleine des écritures, ne fera jamais, si le jeune homme de Bethlém n'y est pas arrivé, qui y arrivera, nos doctes phalocrates savent bien pourquoi, ne dit on pas qu'un désir rassasié, est un désir disparu

  • Gaston Bourdages - Abonné 1 mai 2015 05 h 31

    «La chair interdite....la chair interdite» que je me...

    ...suis répété. Puis, une première question. «Est-ce que, pour moi, ça veut dire quelque chose?» Des souvenirs me sont revenus en pleine face en 1er puis en plein coeur en 2e. Et je ne suis pas fier.
    Oui, des souvenirs gênants à saveurs de péchés judéo-chrétiens.
    «La chair interdite» et la dignité de la femme. Ouf! En ce qui me concerne.
    Je m'arrête ici. J'en ai assez pour faire examens de conscience...et une partie de ma masculinité a mal de sa propension à une insidieuse et si subtile misogynie.
    Mercis madame Payette de me le rappeler.
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Pierre Mayers - Abonné 1 mai 2015 09 h 30

    Lassitude

    Je suis las de toutes ces chairs féminines qui n'ont pour stigmates et souvenirs que les meurtrissures et les outrages de cette chair masculine qui entoure mon âme et mon coeur!

    Pourtant ces chairs féminines et masculines se sont, aux cours de tous ces millénaires et pendant ma courte et modeste existence, fusionnées la plupart du temps avec bonheur et volupté.

    Pourquoi faut-il, il me semble, que la chair féminine demeure silencieuse et qu'on entende plus, de plus en plus, que les mots de cette chair féminine meurtrie?

  • Jacques Gagnon - Abonné 1 mai 2015 13 h 38

    Insultant

    Votre chronique est une insulte à l'intelligence. Toute cette rancune et cette stigmatisation du passé et des ailleurs commencent à tomber dans l'obsession. Je pourrais vous répliquer avec toutes les souffrances endurées par les enfants et les hommes aussi, longtemps et encore considérés comme des esclaves, la torture, l'esclavagisme qui égalent ce que l'on a fait endurer aux femmes. Je vous ferais aussi, mais je n'ai pas le temps de madame Ducret, une démonstration du pouvoir et de la place des femmes dans l'ancienne Égypte, chez le crétois, les grecs, les romains, je vous rappellerais comment les femmes comme Élizabeth 1 ont marqué elles aussi l'histoire.

    J'admets comme vous que tout n'est pas gagné, mais cessez de vouloir vous vautrer dans le passé, la misère d'autrefois, nous sommes aujourd'hui est les choses ont changé. Il vaudrait beaucoup mieux dépenser votre énergie dans le présent au lieu de nous rappeller sans cesse que c'est pire au Bangladesh ou ailleurs dans le temps. Les hommes, les enfants et les femmes qui n'étaient que des esclaves ou ne participaient pas de la bourgeoisie ou de l'aristocratie souffraient tous madame.

    Votre travail est contre-productif, il cantonne les femmes dans le rôle de victime, diabolise les hommes, refuse de voir que le sort des femmes dans le monde est différent et lié aux cultures. 

    Changez de chanson de temps en temps.

  • Louise Martin - Abonné 1 mai 2015 15 h 08

    Les femmes dans le monde

    Madame Payette a raison. Grâce aux femmes, beaucoup de choses ont changé, principalement en Occident. Il ya encore tant à faire! Ailleurs dans le monde, des millions de femmes sont violées, abusées, mariées de force, torturées, lapidées, humiliées, excisées, utilisées comme armes de guerre. Bien sûr, les hommes souffrent aussi des inégalités et de la pauvreté contre lesquelles on doit se battre, mais reconnaissons que le pouvoir appartient toujours aux plus nantis d'entre eux.