Mathématique pétrolière

La réalité pétrolière glisse vers une nouvelle mathématique. Les énergies fossiles sont devenues des facteurs de décroissance dans les modèles économétriques, des facteurs de risque dans les équations financières.​
 

Une autre étude confirme le nouvel éclairage désormais dévolu à l’univers des énergies fossiles au sens large, et à l’industrie pétrolière en particulier. Les expressions « retombées positives » et « rendement » sont désormais remplacées par « externalités négatives » et « risques financiers », changement climatique étant. Dans son rapport, la Banque HSBC va même jusqu’à prévenir les investisseurs et gestionnaires de portefeuille du danger de se retrouver avec, en mains, des « actifs échoués ».

Ce n’est plus l’investissement dit durable, mais bien l’investissement, point, qui ne rime plus avec énergies fossiles. En juin dernier, l’OCDE l’avait déjà officialisé. L’institution invitait les États-Unis à la prudence dans le développement de leur filière gaz de schiste tout en rappelant le Canada pétrolier à ses responsabilités par rapport à ses émissions de carbone. Un « combustible de transition » devant mener à l’abandon des énergies fossiles, suggérait l’OCDE aux États-Unis, les exhortant à penser aux conséquences à long terme et aux générations à venir avant de s’aventurer tête baissée dans l’aventure gazière.

Mieux vaut désinvestir

Mercredi, la HSBC, et avant elle la Deutsche Bank et bien d’autres précédemment, parlait de la filière fossile en termes de risques pour l’investisseur. Et on ne se limite pas au niveau des cours, à leur volatilité sur le marché et aux risques inhérents aux dommages environnementaux. Ainsi, dans le calcul des rendements anticipés, il est désormais fortement suggéré aux analystes de tenir compte du fait que ces entreprises peuvent rapidement perdre leur certification. Aussi, qu’elles doivent composer avec des coûts appelés à croître de façon exponentielle associés à la réglementation en matière de gaz à effet de serre et de résidus miniers, et aux nouveaux paramètres climatiques. D’autant que la demande sera également influencée par les changements réglementaires et les avancées technologiques abaissant les coûts de production d’énergie renouvelable.

Mieux vaut désinvestir qu’investir, conclut la HSBC.

Déjà, les modèles économiques modifiaient leurs équations pour inclure désormais les externalités dans le calcul des retombées. Pour conclure que, ce faisant, les avantages financiers perçus sont généralement insuffisants pour compenser les coûts et les effets collatéraux pour la société et l’environnement. L’impact environnemental, l’empreinte carbone, les gaz à effet de serre émis, la santé publique, le legs aux générations futures, les revenus, mais aussi les coûts et les retombées entrent désormais dans le calcul de la rentabilité d’abord économique, puis sociale, d’un projet.

Oublier l’acceptabilité collective et ne pas actualiser le passif environnemental et les émissions de GES, tant en amont qu’en aval, relève tout simplement du déni, dit-on dans les milieux d’affaires.

Mais le plus beau est qu’il y aurait plutôt adéquation entre protection de l’environnement et croissance économique. La lutte contre les changements climatiques pourrait se faire à coût dérisoire, a-t-on pu lire dans un rapport de l’ONU. Le FMI a déjà publié un livre proposant une fiscalité verte. On y apprenait qu’une taxe carbone appropriée pouvait ajouter au PIB tout en incitant à adopter des comportements amenant une réduction notoire des émissions de carbone et des décès liés à la pollution de l’air.

Tout n’est pas noir.

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