L’âge des énergies renouvelables

Longtemps écartées d’emblée pour des raisons économiques, les énergies propres s’imposent de plus en plus comme des solutions de rechange commercialement viables aux énergies fossiles. Ne reste plus maintenant aux gouvernements qu’à s’en rendre compte.

Cela fait des années que l’énergie solaire est présentée comme une source d’énergie du futur, mais un futur qui s’éloignerait sans cesse de nous, à part quelques apôtres de la simplicité volontaire, quelques riches granolas ou des citoyens de rares pays subventionnant à mort les énergies vertes. De plus en plus de maisons de la Californie, de l’Arizona, du Massachusetts ou du New Jersey sont approvisionnées en électricité par des panneaux solaires sur leurs toits. Leurs propriétaires ne le font pas par conviction écologique, mais, plus prosaïquement, parce que c’est la source d’énergie la moins chère. Une connexion intelligente aux réseaux de distribution leur permet d’acheter de l’électricité au besoin, mais aussi de vendre ce que leurs panneaux produisent en trop
.

 

Un tel phénomène aurait été impensable il y a quatre ans seulement, où l’électricité solaire non subventionnée coûtait sept fois plus que celle produite par les centrales au charbon. Or ce ratio est aujourd’hui tombé sous la barre de 2 pour 1 et pourrait être à parité d’ici 12 à 18 mois, et ce, même dans un contexte de faible prix du pétrole, affirmait le mois dernier une analyse de la Deutsche Bank.
 

Il suffit alors qu’on se trouve dans une région où l’électricité coûte un peu plus cher ou que le gouvernement alloue quelques subventions pour que l’option solaire soit la moins chère. C’est déjà le cas dans 14 des 50 États américains et ce le sera bientôt presque partout aux États-Unis, estime la Deutsche Bank. On s’attend à ce qu’un endroit aussi peu propice que l’Ontario passe aussi ce cap d’ici deux ou trois ans, mais on regarde surtout du côté de marchés au potentiel plus grand, comme les États-Unis, la Chine, l’Inde, l’Afrique et le Moyen-Orient. Selon la banque d’investissement Citigroup, on serait entré dans un « nouvel âge des énergies renouvelables ».

 

Le développement d’un marché

 

Cette avancée spectaculaire des dernières années tient principalement à trois facteurs. Le premier a été une amélioration spectaculaire des performances des panneaux solaires, en même temps qu’une baisse marquée de leur prix, à la faveur notamment de l’entrée en force des fabricants chinois, mais aussi d’une crise de surcapacité de production à laquelle n’ont survécu que les forts. Deuxièmement, les fournisseurs locaux ont appris à installer les panneaux pour beaucoup moins cher. Troisièmement, les vendeurs locaux ont trouvé des produits de financement adaptés à ces produits qui coûtent cher à l’installation mais qui se remboursent avec le temps.

D’ici 2050, l’énergie solaire pourrait devenir la plus importante source d’électricité dans le monde, avec 27 % du total, estimait l’automne dernier l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les éoliennes terrestres semblent aussi être prêtes à décoller, alors que d’autres filières, comme l’hydroélectricité ou la géothermie et la biomasse, apparaissent soit déjà arrivées à maturité, soit pas encore assez avancées.

Ce phénomène n’annonce pas la disparition imminente des énergies fossiles, qui représentaient encore 80 % de l’approvisionnement en énergie en 2011, mais il marque une nouvelle étape dans une transition énergétique que les fonds de placement, les caisses de retraite et autres grands investisseurs ne veulent pas rater. Le principal frein au déploiement de ces forces économiques est « le manque de signaux clairs, crédibles et constants des décideurs politiques », déclarait cet automne la directrice générale de l’AIE, Maria Van der Hoeven.

On voudrait que les gouvernements règlent enfin cette question de l’intégration, dans le prix des énergies fossiles, de leur coût écologique. Il faudrait, en passant, réduire leurs subventions, qui sont 5,5 fois plus élevées que celles accordées aux énergies renouvelables.
 
On aurait besoin aussi qu’ils s’attaquent à des obstacles plus techniques, comme l’intégration des énergies propres aux infrastructures de distribution.

Pendant ce temps, au Canada

 

Les énergies vertes sont aussi en croissance au Canada, rapportait en décembre le think tank Clean Energy Canada (CEC). En cinq ans, il s’est investi 24 milliards dans les énergies renouvelables et leur production a augmenté de 8 %.

Dans les seuls secteurs de l’éolien, du solaire, des centrales hydroélectriques au fil de l’eau et de la biomasse, la production a presque été doublée. Le nombre d’emplois directs y a augmenté de 37 % et s’élevait en 2013 à 23 700, soit plus que dans les sables bitumineux (22 340), fait valoir CEC.

Le Québec fait office de chef de file au pays avec ses barrages hydroélectriques et ses éoliennes. L’Ontario mérite aussi des félicitations pour avoir décidé de fermer ses centrales au charbon. L’électricité de la Colombie-Britannique est l’une des plus propres en Amérique du Nord. Ces trois provinces avancent aussi, tant bien que mal, sur le chemin de l’imposition d’un juste prix au carbone.

Mais, il y a un mais. Le Canada continue aussi de développer le plus vite possible l’une des énergies fossiles les plus polluantes sur la planète (les sables bitumineux) et s’est lancé également dans une autre (le gaz et le pétrole de schiste).

Le think tank écologiste britannique Carbon Tracker Initiative prévenait, l’an dernier, le Canada et les investisseurs que c’est dans les sables bitumineux qu’il se perdra le plus d’argent dans le monde si les pays tiennent parole en matière de lutte contre les changements climatiques.

Dans son rapport de décembre, CEC en avait particulièrement contre le gouvernement fédéral. « On dit, au hockey, que les meilleurs joueurs ne se contentent pas de suivre la rondelle, mais qu’ils savent voir là où elle ira. En ce qui concerne la révolution des énergies propres, Ottawa est encore en train de lacer ses patins. »

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2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 19 avril 2015 11 h 09

    Le vice fondamental du solaire domestique

    L'autonomie énergétique par l'installation de panneaux solaires sur le toit de sa maison comporte un vice fondamental: on a besoin d'espace. Il faut une grande maison, si possible sans étage. Par conséquent, cela n'est concevable qu'en habitat très peu dense.
    Conclusion: cette maison «écolo» devra avoir une, deux, trois ou quatre voitures devant la porte. Même si elles sont électriques, elles consommeront de l'énergie et nécessiteront des infrastructures. Cette maison ne pourra pas être desservie par des transports en commun efficaces et toutes les livraisons nécessiteront de l'énergie.
    Alors, est-ce vraiment une solution?

  • Pascal Barrette - Abonné 19 avril 2015 16 h 34

    La rime

    Quid de la voiture à hydrogène sur laquelle se penche avec Toyota l'Institut de recherche sur l'hydrogène de l'Université du Québec à Trois-Rivières? L'IRH peine à se maintenir la tête au-dessus de l'eau, tiré vers le fond par les sables bitumineux du gouvernement fédéral. Celui-ci s'est détourné de la recherche fondamentale en énergies nouvelles, préférant le bénéfice immédiat du bon vieux pétrole. Lueur d'espoir, la réalité est en train de le rattraper par la baisse du cours du baril. Vivement une stratégie fédérale-provinciale sur l'énergie qui, en plus des filières que vous mentionnez, Monsieur Desrosiers, tiendrait en compte celle de l'hydrogène! En cette dernière, le Québec aurait une longueur d'avance. Hydrogène et hydro-électricité riment bien ensemble.

    Pascal Barrette, Ottawa