Les Amis du vin du «Devoir» au Chili

Des amphores au Clos des Fous.
Photo: Jean Aubry Des amphores au Clos des Fous.

Il est, faut-il le souligner de nouveau, parfaitement déplacé d’entretenir encore le moindre millilitre de préjugé envers les vins du Chili. Quoi ? Vous en avez encore, des préjugés, vous ? Il serait temps d’entrer dans le XXIe siècle. Car ce Chili-là est sans conteste l’endroit où les mises en situation et les remises en question sont parmi les plus pointues actuellement sur la planète vin.

En ce sens, ce vignoble vertical du bout du monde est à des années, que dis-je, à des siècles-lumière de ce qu’il était au début des années 1980. Les Amis du vin du Devoir (AVD) s’y sont penchés avec un malin plaisir cette semaine. J’ai dû mettre le couvercle sur les émotions, tant ça giclait !

Chardonnay 2013, Montes Alpha, Casablanca (22,45 $ – 390203) : le fruité est ici si éloquent, avec ses nuances de poire, de pêche et de citron, que cils olfactifs et bourgeons gustatifs vibrent et vrombissent encore un bon moment après le passage du vin en bouche. C’est clair, net et soutenu, bien sec, vivace mais plein, joliment enrobé par une touche finement boisée. Magique. (5)★★★. Moyenne du groupe : ★★1/2

Pinot Noir 2013, Refugio, Casablanca (25,45 $ – 12184839) : comme pour toute bouteille coiffée d’une capsule à vis, le passage en carafe s’impose d’office. Ce pinot offre présence, prestance et une définition très claire aux pourtours, en plus d’être substantiel, d’excellente tenue. Délicieux. (5+)★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★1/2

Pinot Noir 2014, Cono Sur Reserva, San Antonio (16,40 $ – 874891) : sur des arômes vivaces, expressifs, légèrement fumés, le vin prolonge une bouche souple dont la vivacité semble amplifiée par une espèce de salinité qui confère beaucoup de sapidité à l’ensemble. Toujours avec cette touche fumée liée à la barrique (ou au terroir ?) (5) ★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★1/2

Merlot 2013, Cono Sur Reserva Especial, Colchagua (16,25 $ – 904508) : présence remarquable, soutenue, mais surtout très étoffée d’un merlot qui multiplie décidément les épaisseurs fruitées pour convaincre. À ce prix, il fait la barbe à des bordeaux Rive Droite au double du prix ! (5+)★★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★

Cabernet Sauvignon 2011, Grillos Cantores, Clos des Fous, Alto Cachapoal (20,15 $ – 11927813) : dans ce vignoble retiré en altitude, la fraîcheur et la haute définition de ce cabernet brillent et circonscrivent avec un brio extraordinaire ! Fruité mûr, souligné avec style sur des tanins fins, expressifs, allongés. Superbe ! (5)★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★1/2

Finis Terrae 2010, Cousino-Macul, Maipo (40,25 $ – 962829) : dira-t-on assez, ici, l’harmonie émergente, mais surtout la subtilité de texture mise en avant, de la vigne à la cuve, puis de la barrique à la bouteille, par des tanins d’une exceptionnelle finesse ? Corps, fraîcheur, élégance, dimension et longueur ; troublante réalité pour qui pense encore que le Chili ne livre que des vins aussi rustiques sans noblesse ! (5+)★★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★★

Sena 2007, Aconcagua (71,50 $ – 898858) : ce fleuron chilien imaginé par le tandem Mondavi-Chadwick (Errazuriz) pivote autour d’un carmenère qui semble être le fil conducteur ici. La robe profonde encore très jeune annonce un fruité riche, opulent mais sérieux, qui veut visiblement repousser le corset tannique qui l’enserre avec virtuosité. Grand vin, très chilien, racé, long en bouche (10+)★★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★★

Purple Angel 2012, Montes, Colchagua (61,25 $ – 10692901) : carmenère ? Nulle part ailleurs n’est-il aussi éloquent et majestueux que dans cette cuvée où 8 % de petit verdot l’enserre pour mieux le faire rougir. Pas tout à fait un vin « de piscine », plutôt un oiseau de nuit aux confidences audacieuses, surtout planantes au-dessus du petit gibier. Corps, sève, fraîcheur, clarté, longueur. Immense, oui. Trop ? Peut-être. On aimera ou pas le style. (10 +)★★★1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★★

Quelques syrahs et pinots noirs

Crozes-Hermitage La Chasselière 2011, Domaine Michelas-St Jemms, France (29,20 $ – 11896631) : le fruité se précipite à l’orée du verre pour mieux s’offrir, avec une espèce de précipitation qui n’enlève rien à sa sincérité. C’est juvénile, avec ce parfum anisé de lavande qui charme tout en révélant en bouche fruité, vivacité, tension, souplesse et longueur. (5)★★★ ©

Cornas Les Barcillants 2011, Les Vins de Vienne, France (53 $ – 708438) : du sérieux. Des pieds d’argile qui cherchent encore ce socle minéral granitique, qu’ils trouveront, avec quelques années de cave. Pour le moment, c’est sévère mais droit et très pur, pourvu de tanins frais, mûrs, structurant la longue finale. Attendre cinq à huit ans (5+)★★★1/2 ©

 

Heluicum 2010, Cuilleron-Villard-Gaillard (C.V.G.), France (39,75 $ – 11635896) : Pline l’Ancien parlait déjà de l’Heluicum bien avant l’ouverture de la première succursale de la Commission des liqueurs de Québec en 1921. L’homme avait une vision, celle d’un terroir (mica schistes), d’un cépage (allobrogica), d’un paradis (sur terre). Le trio C.V.G. reprend le flambeau et offre une syrah d’un saisissant réalisme, diablement complexe, élégante, mystérieuse et profonde, surtout parfaitement digeste. Superbe, à ce prix ! (10+)★★★★ ©

Yangarra McLaren Vale 2012, Australie (33,50 $ – 12125679) : voilà une syrah capiteuse, puissante, envoûtante mais pas racoleuse pour autant, avec ce rubis-pourpre dense et profond qui annonce la couleur. La suite étonne par sa grande fraîcheur, son tanin abondant, bien serré, porté par le fumé-boisé d’un élevage bien encadré. Passage obligatoire (trois heures) en carafe. (10+)★★★1/2 ©

Qupé 2012, Central Coast, États-Unis (27,70 $ – 866335) : cette syrah serait une voiture qu’elle aurait la ligne d’une Corvette mais du millésime 1961, à la fois élancée, gracieuse mais aussi puissante et griffée. Tout y est, sans fausses notes, avec ce fruité palpable, mûr, collant au palais comme les gommes au bitume, sans dérapages. À vous le volant ! (5+) ★★★1/2 ©

Luca Laborde Double Select 2012, Argentine (22,25 $ – 10893877) : il y a de l’Europe dans ce verre de syrah. Une certaine retenue, une sobriété même, qui évite tout débordement. Ajoutez un fruité net, tout ce qu’il y a de savoureux, de bien lié, et un élevage sous bois tracé au millimètre, et voilà un vin qui, à moins de 25 $, livre parfaitement la marchandise. (5+)★★★ ©

Bourgogne Les Ursulines 2013, J.C. Boisset, France (25 $ – 11008121) : pas un marathonien, mais un joueur de polo aussi à l’aise sur sa monture qu’habile à manier le maillet avec justesse. Netteté, précision et fins arômes de pinot sur une bouche fluide mais d’un intérêt fruité soutenu. Gracieux et de belle longueur. (5) ★★★

Santenay 2011, Nicolas Potel, France (30,50 $ – 725564) : oubliez charpente, structure et concentration. Plutôt un pinot animé, tendre et rieur, avec une histoire de terroir à raconter. Léger de style mais sait tout de même interpeller le palais sans le laisser choir. (5)★★★ ©

Barda 2013, Argentine (26,40 $ – 11517515) : du bout du monde, ce pinot noir étonne. Robe légère, registre floral et épicé subtil et saveurs franches d’un bon pinot qui offre tenue et une certaine longueur. Remarquable. (5)★★★

Pinot Noir « La Bauge Au-dessus » 2010, Au Bon Climat, États-Unis (42 $ – 11726747) : Jim Clendenen n’est pas né de la dernière pluie. Le pinot, il connaît. Il lui donne le champ libre, nuançant la palette, soulignant finement le trait, l’écoutant discourir sous le couvert d’un élevage finement calibré. Formidable registre épicé, élégance, profondeur, longueur. Chapeau, monsieur ! (10+)★★★★ ©

Pinot Noir 2012, Calera, États-Unis (36 $ – 898320) : que c’est bon ! Ça vous tapisse le velours de la voûte (palatale) et vous récompense un palais encore noyé sous la sève fruitée. Tenue, densité, expression, générosité, sans débordements, toutefois. D’une allonge classiqu.e (5+)★★★1/2 ©

Belle Glos « Las Alturas » 2012, États-Unis (45 $ – 11363325) : vignoble en altitude bien ventilé pour un fruit traité aux petits oignons. De la vigne à la bouteille. Avec cette impression d’opulence et de grandeur, d’épaules larges mais arrondies dans son costard à peine trop cintré pour elles. Que dire d’autre ? Lié à merveille côté tanins, flamboyant côté personnalité. (10+)★★★1/2 ©

Banques alimentaires du Québec

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