Le distrait

Rien ne permet de croire que le premier ministre Couillard a été associé de près ou de loin à la fraude dont est accusé Hans Black, pas plus qu’on ne peut le soupçonner sérieusement d’avoir été complice des malversations reprochées à Arthur Porter.

Le titre dont Le Journal de Montréal avait coiffé son article de mercredi avait de quoi le mettre en rogne : « Une compagnie administrée par Couillard mêlée à une fraude boursière alléguée ». Pour un politicien, peu de choses sont aussi désagréables que de retrouver son nom dans une phrase contenant le mot « fraude », même s’il n’y est pour rien.

Il n’est pas faux de dire que la compagnie Amorfix Life Sciences, dont M. Couillard a été l’un des administrateurs, avant d’en devenir le président du conseil d’administration, se trouve « mêlée » à cette affaire, puisque M. Black était aussi un de ses administrateurs, même si la société d’investissement dont il était propriétaire n’avait aucun lien avec elle.

La poursuite dont il est l’objet au New Hampshire fait état de paiements qui lui auraient été faits par Amorfix et il lui est reproché d’avoir vendu à ses clients des actions de cette entreprise même si ce type d’investissement ne correspondait pas à leur profil. La prudence avec laquelle l’opposition péquiste a repris l’affaire démontre toutefois qu’elle ne se sent pas en terrain très solide,

D’une manière ou d’une autre, M. Couillard en sortira quand même égratigné. En pareil cas, la seule défense possible est de plaider l’ignorance, ce qui n’est pas précisément une qualité recherchée chez un administrateur de société, ni chez un premier ministre. « Avoir su… » n’est jamais un argument très convaincant. On se demande encore comment on a pu confier les rênes du CUSM à Arthur Porter, alors que les circonstances de son départ de Detroit auraient dû éveiller la méfiance.

« Je ne passais pas mes journées à faire des enquêtes sur mes collègues », a protesté M. Couillard. De toute évidence, le reportage de l’émission Enquête qui faisait état des agissements douteux de M. Black aux Bermudes n’a pas beaucoup impressionné le conseil d’administration d’Amorfix puisqu’on s’est contenté de ses explications.

Par la suite, la révocation de son permis de vente de produits financiers par l’Autorité des marchés financiers (AMF) lui a complètement échappé, même si une recherche sommaire sur Internet lui aurait fourni l’information, tout comme les amendes que M. Black a dû verser à l’AMF. Le moins qu’on puisse dire est que M. Couillard n’avait pas de très bonnes antennes. On ose espérer qu’il était moins distrait quand il siégeait au comité de surveillance du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

Le séjour de M. Couillard en Arabie saoudite avant son entrée en politique de même que ses placements à Jersey ont déjà fait beaucoup jaser, mais on savait finalement assez peu de choses sur les activités de M. Couillard entre sa démission du cabinet Charest en juin 2008 et son retour à l’automne 2012, sinon qu’il s’était associé à un fonds d’investissement privé en santé dans des circonstances qui avaient soulevé de sérieuses questions sur le plan de l’éthique.

Quand il s’est lancé dans la course au leadership, il a annoncé qu’il avait renoncé à toutes ses autres activités professionnelles sans toutefois préciser lesquelles. Outre le conseil d’administration d’Amorfix, on a appris cette semaine qu’il siégeait également à celui de la minière Canadian Royalties, qui a bénéficié récemment d’un prêt de 100 millions d’Investissement Québec.

Cette fois, M. Couillard a appris la nouvelle en lisant le journal. Il a bien reconnu avoir rencontré à leur demande les dirigeants chinois de la compagnie lors de sa visite à Pékin l’automne dernier, mais il ne s’était manifestement pas enquis des suites données au dossier, qui n’avait pas été porté à l’attention du Conseil des ministres.

Sans doute faut-il se réjouir d’un investissement qui assurera la création de 350 emplois en Abitibi-Témiscamingue, mais on peut se demander combien d’autres postes susceptibles de créer de la controverse M. Couillard a occupés durant ses vacances de la vie politique. Son parcours est particulièrement intrigant.

Il n’est pas fréquent qu’un premier ministre s’abaisse à rencontrer les journalistes au « hot room » de l’Assemblée nationale, où ministres et simples députés tiennent leurs points de presse, lui préférant généralement un cadre plus solennel. Son indignation était sans doute sincère, mais il a aussi vu le danger de laisser s’installer l’impression d’une absence de réflexe éthique qui pourrait devenir troublante.

M. Couillard n’a accusé personne d’avoir orchestré « l’effort de démolition » dont il dit avoir été victime, mais cet épisode ne pourra que renforcer les libéraux dans leur désir de desserrer le contrôle que Pierre Karl Péladeau exerce sur Québecor.

45 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 16 avril 2015 00 h 23

    Quel distrait!

    Tout un premier-ministre qu'on à élu! Hum ça me rappel un certain Charest...

  • Denis Paquette - Abonné 16 avril 2015 01 h 42

    Inapte ou distrait

    Est ce que vous croyez vraiment que Monsieur Couillard est ce type d'individu d'etre distrait sur ces choses, vous en connaissez beaucoup des causes ou la distraction est retenue comme excuses, les etres distraits ne sont ils pas en générale percues comme inaptent, enfin c'est ce que semble penser les neurologues

  • Denise Lauzon - Inscrite 16 avril 2015 04 h 13

    Il y a rien de pire que des gens qui ne veulent ni voir ni entendre


    Des liens avaient été tracés durant la dernière campagne électorale entre Philippe Couillard et Arthur Porter et juste ça aurait dû suffire pour éclairer les Québécois(ses) sur le jugement de M. Couillard. Cependant, la bonhommie du personnage et son air de bon père de famille ont fait pencher la balance en sa faveur. D'ailleurs, son mentor en politique, en la personne de Jean Charest, avait les mêmes cartes que M. Couillard dans son jeu et on a été pris avec lui pendant de longues, très longues années.

  • Sylvain Deschênes - Abonné 16 avril 2015 04 h 51

    Incroyable

    Donc Gesca est neutre en ne parlant pas de l'affaire, mais Québécor a fait preuve de partialité en la mettant de l'avant??? Votre haine de PKP vous aveugle...
    Sylvie Ménard

    • Patrick Boulanger - Abonné 16 avril 2015 23 h 21

      " Donc Gesca est neutre en ne parlant pas de l'affaire, mais Québécor a fait preuve de partialité en la mettant de l'avant??? " (Mme Ménard)

      Mme Ménard, votre question (qui en fait n'en est pas une en lisant la phrase qui suit votre question) s'appuie sur pas grand chose, j'ai l'impression.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 16 avril 2015 05 h 18

    Un autre Gérald Tremblay?

    Gilles Duceppe écrit:

    "Quand l’affaire Porter fut révélée, Philippe Couillard, qui s’était affiché auparavant comme son grand ami, affirma qu’il n’était pas au courant des magouilles de l’ancien directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

    Pourtant dès 2004 la Revue médicale canadienne et le journal Le Devoir rapportaient que des rumeurs inquiétantes circulaient sur le docteur Arthur Porter au sujet de décisions très controversées qu’il avait prises alors qu’il dirigeait le Detroit Medical Center. Comment Philippe Couillard, qui était alors ministre de la Santé du Québec, peut-il prétendre qu’il n’était pas au courant de ces informations quand Porter fut nommé à la direction du CUSM? Couillard ne lisait-il pas Le Devoir et la Revue médicale canadienne?

    Couillard dit alors que ce n’était pas lui qui nommait le directeur général du CUSM et, en cela, il a parfaitement raison. Mais en tant que ministre de la Santé n’avait-il pas le devoir de s’informer sur la personne qui accédait à un poste aussi important dans le réseau de la Santé, dont il était le ministre? Qui plus est, comment a-t-il pu s’associer à Porter dans une compagnie sans enquêter sur celui qui deviendrait son partenaire en affaire en 2010, alors qu’en tant que chef du Bloc Québécois j’avais écrit à Stephen Harper que je m’opposais à la nomination de Porter à la tête du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) en 2008 pour les raisons révélées par les médias en 2004? Souvenons-nous aussi que Couillard a siégé au SCRS avec Porter."

    http://www.journaldemontreal.com/2015/04/15/couill

    • Gilles Théberge - Abonné 16 avril 2015 10 h 29

      Et avez-vous remarqué comme les démarches d'extradition de Porter sont nébuleuses et particulièrement longues?

      Pourquoi Porter n'est-il pas encore extradé? Est-ce qu'ils attendent qu'il meure pour ne pas tenir son procès?

      Est-il possible que que ce que Porter a à dire puisse être dévastateur au point où cela pourrait conduire Couillard à la démission par exemple?

      On jase...