Le bleu-vert pour éviter le rouge

Environnement. Écologie. Recyclage. Récupération. Durable. Vert. À l’évocation d’un seul de ces mots, l’industrie touristique est vite montrée du doigt et ses protagonistes, sujets à une montée d’urticaire. Certes, l’empreinte que les voyageurs sont susceptibles de laisser partout où ils mettent les pieds est éminemment propice aux critiques. Et puis, bel euphémisme, le phénomène ne court certainement pas vers le bas.

Les gens ne cesseront jamais de prendre l’avion, de sillonner les routes touristiques et de visiter des sites attractifs dans le monde, seuls ou en masse. Oublions ça. Autant imaginer des moyens d’en limiter, voire d’en effacer l’impact par diverses actions.

Et particulièrement dans l’une des branches les plus sensibles à cet égard : la grande hôtellerie, qui génère de gigantesques besoins en services et en confort, même dans les recoins les plus discrets du globe. Systèmes de chauffage et de climatisation, approvisionnement en eau, entretien et nettoyage, prestations gastronomiques et surconsommation (gaspillage ?) alimentaire peuvent devenir des abîmes de pollution.

Bien sûr, on dira que chaque petit geste compte, ce qui est fort louable. Mais l’enjeu ici est autrement plus vaste que le simple usage de bacs de recyclage, l’utilisation modérée de produits et services ou l’installation de distributeurs rechargeables à la place d’emballages individuels.

Et les mauvaises langues de susurrer à l’envi que la « sauvegarde de la planète » par tous évoquée s’avère une façade bien commode, pour le milieu, de se donner bonne conscience et, au final, alléger les budgets de fonctionnement. Écologie ou économie ? Mais pourquoi pas les deux à la fois ? Penser vert pour ne pas tomber dans le rouge. « La concurrence nous oblige à suivre le courant avec des démarches concrètes, ce sont maintenant les clientèles elles-mêmes qui le réclament », explique Benoît Sirard, président de l’Association Hôtellerie Québec, qui regroupe plus de 600 membres.

Exactement comme pour les équipements technologiques, dont les hôteliers s’essoufflent à suivre les perpétuelles nouveautés. Là-dessus, pas de quartier. On en redemande, et des plus à jour. Tous les sondages le démontrent : pour la grande majorité des voyageurs, le wi-fi et autres panneaux multiprises figurent en tête de liste dans le choix d’un hôtel. Ce qui implique des investissements énormes. Et constants. Sinon, les aubergistes se retrouvent vite dépassés.

Mais, justement, des systèmes plus performants et de nouveaux produits et méthodes ne peuvent-ils pas aussi générer d’importantes réductions de coûts ? Ou à tout le moins en stopper l’augmentation ? dit le président. Il n’est pas rare, par exemple, de voir des hôtels récupérer de l’énergie dans une section de l’établissement pour en alimenter une autre, ce qui aurait été même impensable en d’autres époques.

« Les constructions neuves ou en rénovation doivent aujourd’hui se conformer à des normes strictes, notamment dans le choix des matériaux et des grosses installations centrales. On ne peut pas faire n’importe quoi »,poursuit M. Sirard, qui est aussi directeur général du Domaine Château Bromont, dans les Cantons-de-l’Est.

Chacun son lobby

Mais les instances réglementaires, elles, se multiplient : Régie du bâtiment, Hydro-Québec, municipalités, gouvernement provincial, organismes d’éco-accréditation comme LEED (en bon français : Leadership in Energy and Environmental Design)… Ajoutons à cela que les hôteliers travaillent en vases clos, chacun dans son lobby, démultipliant la complexité des interventions.

Les mégachaînes, en particulier, élaborent leurs propres programmes environnementaux. Si bien que les décisions seront souvent prises bien loin du Québec… voire du Canada. Difficile, dès lors, d’élaborer des politiques d’ensemble qui seraient bénéfiques pour les entreprises, mais aussi pour les clientèles et la planète. Et bonjour la confusion.

Du coup, pas étonnant que les gens se montrent perplexes. C’est qu’il y a parfois un monde entre une promesse environnementale qui s’affiche aussi vraie que la Terre est ronde et ce qui se passe en coulisse, reconnaît M. Sirard. Mais, dit-il, on peut quand même se fier à certaines certifications crédibles. « Les clients sont exigeants et très bien informés. On ne peut pas tricher facilement. »

Manifestement, l’hôtellerie n’est pas sortie de l’auberge pour montrer patte blanche écologique. Mais certains efforts sont là, à la clé, que ce soit par principe ou par nécessité, à petite ou à grande échelle. « Il y a beaucoup de mouvement depuis une quinzaine d’années, poursuit le président. Et on remarque chez les jeunes générations une plus grande sensibilité envers ces préoccupations. »

Tant qu’on ne sera pas contraints de jouer à l’auberge espagnole… On veut voyager écolo. Pas idiot.

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