Un rôle pour le Québec

Une des choses que j’ai retenues de mon séjour au Japon, c’est à quel point le Québec et les Québécois ont un rôle à jouer dans la promotion du français hors Québec.

Prenez le Conseil pour la promotion de la Francophonie au Japon, mentionné brièvement dans ma chronique précédente. Il réunit une trentaine d’ambassadeurs de pays francophones. La déléguée générale du Québec, Claire Deronzier, en est la vice-présidente. Ce conseil poursuit plusieurs objectifs, dont celui de faire valoir que la langue française peut servir à autre chose qu’à lire des étiquettes de Louis Vuitton ou de Dior.

Le Japon compte 800 000 francophones, ce qui n’est pas rien pour un pays non francophone. Le Conseil soutient donc, entre autres, les Journées de découverte de la Francophonie, organisées par la Société japonaise de didactique du français (900 membres) et le Festival du film francophone, où l’on présentera Mommy et Starbuck. (C’est aussi le Conseil qui a payé les interprètes lors de deux de mes quatre conférences au Japon.) Le Conseil coordonne certaines représentations auprès du gouvernement, notamment pour ce qui touchera le français aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Cet organisme n’est qu’un exemple des 47 « Groupes d’ambassadeurs francophones » répertoriés par l’Organisation internationale de la Francophonie. Les premiers groupes, qui remontent à 1986, visaient à structurer la représentation francophone auprès de l’ONU à Genève et à New York. Depuis 2009, il s’en rajoute une demi-douzaine par année. Et c’est tant mieux. Un diplomate qui a connu le Groupe d’ambassadeurs francophones d’Addis-Abeba ou d’Helsinki recherchera la même structure quand sa carrière l’amènera à Londres, à Washington ou à Vienne.

Les deux jokers

Quand ils agissent à l’international, les Québécois ont deux très bonnes cartes dans leur manche : le joker « langue française » et le joker « francophonie ». C’est d’ailleurs pourquoi le Québec est si impliqué dans le Conseil pour la promotion de la Francophonie au Japon (la Délégation québécoise tient aussi le secrétariat). Pour un petit État fédéré comme le Québec, le fait d’agir dans un tel cadre est un levier considérable. Mais il y a plus.

Dans les pays non francophones, la langue française est d’abord perçue comme la « langue de la France ». C’est à la fois très utile et très malcommode. Car la France, pays considérable, fait ombrage aux trois quarts des 275 millions de francophones dans le monde qui ne sont pas français du tout. De plus, la « marque France » est très puissante, mais elle souffre de passéisme. Les expositions sur les impressionnistes font salle comble, mais il est plus difficile de convaincre de l’intérêt des créateurs contemporains. Tous les attachés culturels français que je rencontre se plaignent d’ailleurs de ce problème.

C’est là qu’arrive le Québec : parce qu’il n’y a pas de marque québécoise nette, les Québécois ne se battent pas contre des a priori. Les réalisations québécoises sont donc jugées au mérite, et non pas à l’aune d’un certain nombre d’idées préconçues. Dans de nombreux pays comme le Japon, la France coopère beaucoup avec le Québec parce que ses diplomates ont compris (plus vite que les autres Français) que le meilleur atout de la France, c’est la Francophonie. Question d’amitié et d’atomes crochus, mais aussi par intérêt pur et simple.

J’ai pris conscience de cette dernière dimension la semaine dernière au Conseil des relations internationales de Montréal, où j’étais allé entendre le nouvel ambassadeur de France au Canada, Nicolas Chapuis. Pendant les quelques minutes qu’il a consacrées aux journalistes, je lui ai demandé ce qu’il pensait du climat glacial des relations France-Québec. Sa réponse m’a beaucoup surpris : « De mon point de vue d’ambassadeur, la seule chose qui me préoccupe, c’est de savoir comment le Québec peut aider la France au Canada. » À méditer cette parole de De Gaulle, qui disait : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. »

 

Prendre sa place

J’observe d’ailleurs que, petit à petit, les Québécois prennent leur place. Au service français de la radio d’État japonaise, NHK World, c’est un Québécois, Adrien Lachance, qui m’a interviewé. Adrien est le premier non-Français du service français de la radio d’État.

Les Québécois n’ont pas toujours idée de la profondeur des réseaux internationaux auxquels leur langue leur donne accès. Dans le cadre d’un reportage sur le Japon, j’avais besoin de recueillir les commentaires de l’ambassadeur de la République de Djibouti. Tiens, tiens : il était à la Journée francophone !

Le même soir, à une autre réception, je suis tombé sur l’ambassadeur du Brésil, un authentique francophone, avec qui j’ai dû discuter une bonne heure. Bref, à travers les réseaux francophones, les Québécois se retrouvent parfois à un coup de fil de personnalités importantes... même au Japon.

Alors, à vous de jouer !

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.