À échelle nordique

Dans sa troisième mouture, le Plan Nord a été ramené à une échelle plus réaliste. Dans sa troisième version, le discours politique soutenant la mise en valeur de ce vaste territoire se fait plus inclusif. Il reste cependant beaucoup à ficeler, dans l’attente que le gouvernement précise sa vision stratégique du développement attendu, minier pour l’essentiel, et de ses retombées. Et dans l’expectative, aussi, d’une conjoncture devenant favorable.​
 

Il y a eu le « chantier d’une génération » du gouvernement Charest, plutôt improvisé. Et le « Nord pour tous » du gouvernement Marois, un changement cosmétique empruntant également à la formule du slogan. Dans cette nouvelle version du Plan Nord, le gouvernement Couillard relance le développement au nord du 49e parallèle en le ramenant à une échelle plus… nordique.

Préoccupations environnementales, protection du territoire et de sa biodiversité, redéfinition du partage du risque avec le secteur privé, implication des nations autochtones et prise en compte des « dommages collatéraux » potentiels sur les communautés font partie intégrante d’une nouvelle mouture du Plan Nord se voulant plus modeste. Les investissements attendus sont ramenés à 50 milliards sur 20 ans, contre 80 milliards sur 25 ans dans le plan original, et la création d’emplois, à 10 000 contre 20 000. Quant aux investissements dits publics, ils devraient composer moins de 45 % des investissements totaux, incluant environ 20 milliards réalisés par Hydro-Québec et quelque 2 milliards en infrastructures, contre un poids estimé entre 65 et 80 % (selon les études) dans la première version, comprenant 47 milliards alors dédiés à Hydro-Québec.

On reconnaît ainsi les particularités associées à un investissement nordique, soit le besoin en infrastructures, les coûts de production plus élevés, l’éloignement des marchés et l’approvisionnement énergétique. Ce qui ne doit pas empêcher la mise en place d’« une approche de partage des infrastructures nordiques avec les partenaires utilisateurs » couvrant les coûts associés à la construction, à l’entretien et à l’utilisation, souligne le gouvernement.

Communautés locales

On ajoute, aussi, les répercussions sur les communautés locales. On évoquait il y a trois ans tous ces équipements publics à construire dans les localités visées, en appui à l’essor d’une population gonflée de travailleurs qu’il faudra d’abord trouver. Des travailleurs rémunérés et logés à fort prix, avec prime d’éloignement et de cherté de la vie pour compenser les pressions exercées sur une montée en flèche du coût de la vie débordant sur la communauté déjà en place. Une communauté susceptible d’être aux prises avec une pénurie de la main-d’oeuvre requise pour répondre aux services d’appoint, disait-on alors en s’inspirant d’une étude menée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques. Le gouvernement Couillard ajoute à son modèle que les projets de développement nordique peuvent occasionner des effets socio-économiques « variables sur la santé physique et mentale de la population, sur les habitudes de vie, les relations familiales, les communautés et les infrastructures locales », peut-on lire dans le communiqué.

Cette sensibilité étant, il reste d’importants éléments à endiguer. Notamment les risques financiers et de non-rentabilité, pour Hydro-Québec, d’ajouter à son portefeuille de nouvelles capacités de production à forts coûts. Il a été mentionné mercredi que « le Nord québécois présentait un potentiel énergétique important, non seulement en hydroélectricité, mais également en énergie éolienne et en bioénergie. Ces nouvelles sources seront mises en valeur afin de répondre aux enjeux énergétiques du Nord ». Il faut se rappeler tous ces coûteux surplus que cumule présentement Hydro. Et qu’une mine a une durée de vie variable, selon les aléas des cours, ou limitée, selon l’épuisement de la ressource.

Reste aussi à préciser la vision gouvernementale du développement économique du Nord québécois, dont le potentiel est essentiellement minier, ce qui comprend l’encadrement des pratiques, la restauration des sites et l’optimisation des retombées pour l’État.

Pour l’heure, il y a cette conjoncture défavorable expliquant un recul de l’investissement minier au Québec pour une deuxième année consécutive en 2014, trois fois plus prononcé qu’en 2013.

2 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 9 avril 2015 10 h 43

    Plan Nord = Mine d'Or.

    Je crains que ce Plan ne soit qu'une source d'enrichissement pour les amis du Parti Libéral qui sauront, par leurs stratagèmes.faire glisser dans leurs poches l'argent de l'augmentation des tarifs d'Hydro-Québec ainsi que l'argent des coupures en santé et en éducation. Misère...

  • Armand Roy - Abonné 9 avril 2015 11 h 59

    Le pari de l'éducation comme levier économique

    Si on mise le 22 millards d'investissemnets publics en éducation, combien d'emplois peut-on créer?