La partie facile

Le PQ ne s’est jamais relevé de sa courte victoire de septembre 2012. Rétrospectivement, le retour au pouvoir des libéraux était déjà inscrit dans les résultats décevants de cette élection qu’il aurait dû remporter haut la main plutôt que de se retrouver dans une situation minoritaire qu’il n’a pas su gérer.

Après des années de dérive éthique, bon nombre de libéraux croyaient eux-mêmes que la marque libérale serait ternie pour longtemps, comme elle l’avait été au niveau fédéral après le scandale des commandites. Pourtant, le soir de l’élection, le PLQ a recueilli à peine 32 000 voix et quatre circonscriptions de moins que le PQ.

Il est vrai que le court mandat de Pauline Marois a été particulièrement erratique, et sa campagne électorale plus encore, mais il faut tout de même donner crédit à Philippe Couillard pour avoir réussi à faire croire à une rupture avec l’ère Charest. Il n’en demeure pas moins paradoxal que la défaite du PQ soit largement due à la crainte d’un référendum que Mme Marois n’avait aucune intention de tenir, alors que la victoire des libéraux a ouvert la porte à une remise en question du rôle de l’État dont on avait soigneusement caché l’ampleur.

Même l’ancienne présidente du Conseil du trésor dans le gouvernement Charest, Michelle Courchesne, qui n’avait pourtant pas froid aux yeux, s’est étonnée d’un si grand bouleversement en si peu de temps. « Est-ce que tout ça doit se faire en même temps ? », s’est-elle interrogée sur les ondes de Radio-Canada. Elle a été tout aussi surprise de la brusquerie du ton utilisé.

Certes, son successeur au Trésor, Martin Coiteux, ne met pas de gants blancs, mais il ne pourrait pas se montrer aussi intransigeant sans l’appui inconditionnel de son premier ministre. Monique Jérôme-Forget aurait certainement aimé bénéficier du même soutien à l’époque où elle était la grande architecte de la « réingénierie » projetée par le gouvernement Charest.

 

Depuis un an, les aboiements n’ont pas empêché le passage de la caravane de l’austérité. Alors que les tribunaux prononcent des injonctions pour empêcher les grévistes de paralyser les universités, les dernières manifestations ont pris des allures de baroud d’honneur. La colère que les politiques du gouvernement Couillard inspirent à plusieurs est sans aucun doute sincère, mais elle est nettement moins contagieuse qu’au printemps 2012.

En réalité, c’est plutôt la résignation qui semble l’être. Malgré les offres salariales dérisoires faites aux employés de l’État, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a clairement laissé entendre qu’il ne sera pas facile de les convaincre de monter aux barricades à l’automne.

Avec les années, le discours des « lucides » a fini par pénétrer les esprits. Contrairement à ce que plusieurs espéraient, le « printemps érable », qui avait vu des gens normalement peu portés sur la casserole descendre dans la rue, n’a pas été le signal d’une mobilisation citoyenne durable.

Après le ton résolument progressiste de la campagne électorale du PQ, ses 18 mois de pouvoir ont constitué une immense déception pour ceux qui avaient réellement cru à un recentrage sur la social-démocratie et qui désespèrent maintenant de la politique.

Les libéraux ne le diront pas, mais ils ne s’attendaient sans doute pas à avoir la partie aussi facile. Soit, les intentions de vote du PLQ ont baissé, mais les élections sont encore très loin. François Blais a indéniablement gaffé en suggérant aux universités quelques expulsions exemplaires, mais il y avait aussi une certaine arrogance dans cette façon d’expédier ces manants à la potence.

 

« Il n’y a pas de place pour un troisième parti de droite », a lancé Martine Ouellet en conclusion du débat entre les candidats au leadership qui a eu lieu dimanche dernier à Sherbrooke. Elle a parfaitement raison. C’est pourquoi plusieurs de ceux qui appuient Pierre Karl Péladeau rêvent plutôt de supplanter la CAQ, quitte à abandonner les irréductibles de la gauche à Québec solidaire.

Sans blague, qui peut sérieusement croire qu’une fois élu, Pierre Karl Péladeau deviendra un ardent défenseur du modèle québécois ? À Sherbrooke, Bernard Drainville lui a demandé encore une fois s’il était favorable à un report du déficit zéro, qui permettrait l’adoption d’une « clause d’appauvrissement zéro » interdisant toute mesure ayant un impact négatif sur les plus démunis. Comme les fois précédentes, la question est demeurée sans réponse.

Les stratèges du gouvernement Marois croyaient eux aussi être en mesure de débaucher les électeurs caquistes, d’abord avec la politique budgétaire qui préfigurait déjà l’austérité, puis avec la charte de la laïcité. Ils avaient cependant oublié que la très grande majorité des caquistes étaient d’abord et avant tout des fédéralistes. Cela n’a pas changé.

13 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 avril 2015 07 h 22

    Régime maigreur

    Qu’on se le dise, nous vivons un régime maigreur. Ce n’est pas populaire, ce n’est pas agréable, mais c’est nécessaire. «Qui» le fait est secondaire; que ce soit les Libéraux, les Péquistes ou les Caquistes, peu importe, il faut y passer. La notion que la corne d’abondance est sans limite et sans fond doit disparaitre.

    Depuis que je fais mon propre budget, il y a 50 ans, et que j’entends les adultes qui font face à leurs obligations dire «Si je faisais mon budget comme le gouvernement, je serais en faillite en une semaine !». On est rendu où les bottines doivent suivre les babines. Ce n’est pas le fun, mais c’est un fait.

    Certains groupes ruent dans les brancards pour sauver leurs acquis; c’est de bonne guerre, mais tous et toutes pris et prisent individuellement, dans leur propre intérieur, savent qu’il faut que ce soit fait. Même ceux qui hurlent dans la rue et ailleurs lèvent le poing au ciel contre le gouvernement et ses acolytes qui dépensent trop. S’ils dépensent «trop», la logique commande qu’ils dépensent «moins». Qu’est-ce qui est compliqué là-dedans ?

    La «machine» à création d’emplois à Bourassa frappe son mur d’expansion limite. Son environnement n’est plus suffisant à sa conservation si elle ne cesse de croitre. Comme tout système «naturel», sa pérennité exige un équilibre. Sa survie en dépend. Notre survie en dépend. Ceux qui ne veulent pas comprendre, allez-vous faire voir chez les grecs (littéralement).

    PL

    • Bernard Dupuis - Abonné 4 avril 2015 11 h 34

      Maigreur tragique

      Il est pour le moins ironique de constater que les arguments invoqués pour atteindre le «déficit 0» en déconstruisant l’État québécois (même Michel David le reconnaît) sont les mêmes que ceux invoqués au temps de Duplessis pour ne pas construire d’État québécois : la grande pauvreté des Québécois et de la province que Québec.

      En conséquence, il faudrait que M. Couillard cesse de dire que le Québec est une province canadienne prospère. L’ambiguïté vient du fait qu’il sait bien que si l’État québécois est au bord de la banqueroute, cela n’empêche pas le gouvernement d’Ottawa de venir faire une ponction de 45 milliards dans les poches des contribuables québécois année après année. Comment peut-on dire après cela que le Québec est pauvre?

      Ou bien c’est l’État québécois qui est pauvre et qu’on veut déconstruire, ou bien c’est la population du Québec qui est riche, mais qui ne peut pas se pailler le luxe d’entretenir deux gouvernements. Ces Québécois n’ayant aucune prise sur les gaspillages du gouvernement d’Ottawa choisissent alors de déconstruire leur propre État.

      Si cela ne ressemble pas à une tragédie grecque, alors à quoi cela ressemble-t-il?

      Bernard Dupuis, 04/04/2015

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 avril 2015 13 h 04

      Comme je l'ai dis des centaines de fois : Un jour il faudra boucher tous les trous dans la piscine.

      PL

    • Michel Blondin - Abonné 4 avril 2015 15 h 51

      La gestion budgétaire d’un État n’est pas le même que votre budget personnel. Les différences nombreuses viennent des faits que votre horizon financier n’est pas le même que ceux des gouvernements, que plusieurs dettes de la main gauche sont dues à celle de la main droite. Ainsi, 83,6 % de notre dette est de notre devise. En comparaison c’est de devoir une partie de l’hypothèque à vous-même.
      À titre de comparaison, si vous avez vos locataires qui ne paient pas leur loyer depuis des années et vous, sans rien dire de tout cela, en le cachant même, vous criez qu’il vous manque des fonds pour payer l’épicerie. On vous traiterait de stupide ou de manquer de jugement.
      Le gouvernement fédéraliste se cache de ne rien voir de ces évasions fiscales agressives qu’ils encouragent en sourdine par petitnamis et fiscalistes en pays complaisants. Il négocie au rabais et même, lui-même, en profite et place ses propres fonds en paradis luxembourgeois. Il favorise la négociation à rabais pour les fraudeurs qui se déclarent eux-mêmes. Comble du paradis, il n’estime pas à combien il se fait voler. Pire, il fait de la diversion en investissant en boubou-macoutes en enquêtes pour moins nantis et débusquer lâchement quelques sous noirs alors que des ors frais et lourds sont à la porte du caveau.
      Monsieur Lefebvre, nous ne parlons pas de millions, mais de quelques milliards qui sont absents des coffres de l’agence de revenu de notre État québécois. Les analyses de Zucman économiste à la London School of Economics, lui-même un collaborateur de Thomas Piketty bien connu sont fécondent sur ce sujet.
      Aussi, pour vous dire que ce ne sont pas les dépenses qui sont de trop en services éducatifs et de santé, mais les manques du côté des revenus, j’ajouterais à votre réflexion que l’équivalent du tiers (1/3) du PIB est de la liquidité que les entreprises n’investissent pas dans notre économie. Où pensez-vous qu’ils mettent ces liquidités !
      Entre temps, je vous souhaite quelques paradis

    • Christian Montmarquette - Abonné 4 avril 2015 18 h 15

      .

      À Michel Blondin,

      J'applaudis votre commentaire à chaudes mains M Blondin.

      Car, comme de fait, et contrairement à ce que nos arnaqueurs politiques professionnels cherchent à nous faire croire, l'administration de l'État. n'a ab-so-lu-ment rien à voir avec un budget domestique ou la gestion d'une entreprise. Et votre exemple du propriétaire qui n'encaisserait pas ses loyers est on ne peut plus éloquent!

      Mais alors...

      - Expliquez-moi donc comment tous ces grands esprits qui nous entourent ne considèrent que de couper dans la colonne des dépenses, semblent absolument incapables de regarder du côté de la colonne des revenus, alors qu'elle représente pourtant la moitié du tableau économique de la situation et qu'il y aurait plusieurs milliards à aller chercher du côté des banques, des grandes entreprises et de l'évasion fiscale que le gouvernement se refuse lui-même à aller chercher??

      Revenez souvent M. Blondin!

      Car il nous en faudrait de plus en plus des comme vous !


      Christian Montmarquette

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 avril 2015 06 h 08

      Si je ne paye pas mes factures, dépense mon argent en voyages, rentre au travail qu'un jour sur deux, dépense le reste en billet de Loto (au cas où) et ne respecte pas mes engagements, j'agirais comme le gouvernement ?

      Sans que ça paraisse trop M. Blondin, si on enlève les détails de votre argumentation, vous êtes d'accord avec moi. J'en suis fort aise.

      Bonne journée.

      PL

    • Lucien Cimon - Abonné 5 avril 2015 11 h 05

      Pourquoi faut-il toujours boucher les trous de la piscine avec la viande des moins bien nantis?
      Pourquoi l'austérité doit-elle enrichir ceux qui sont déjà riches?
      Les trous dans la piscine publique ont été faits par les rusés qui ont volé l'eau pour arroser plus copieusement le gazon fourni de leur petit paradis privé qui est très souvent fiscal.
      Pourquoi ce ne sont pas eux qui sont sollicités ou ponctionnés de force comme on le fait pour les plus mal pris?
      Lucien Cimon

    • Patrick Boulanger - Abonné 6 avril 2015 09 h 56

      "Même ceux qui hurlent dans la rue et ailleurs lèvent le poing au ciel contre le gouvernement et ses acolytes qui dépensent trop. S’ils dépensent «trop», la logique commande qu’ils dépensent «moins». Qu’est-ce qui est compliqué là-dedans ? " (M. lefebvre)

      M. Lefebvre, la logique pourrait aussi être que les Québécois augmentent les revenus de l'État. C'est une autre façon d'atteindre l'équilibre budgétaire.

      Voir : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

  • Jacquelin Beaulieu - Abonné 4 avril 2015 08 h 00

    Juste qu'a maintenant .......

    La partie est relativement facile juste qu'a maintenant car l'électeur moyen n'a pas saisi l'ampleur de tous les frais et taxes que les libéraux sont venus pigés dans ses poches et de l'impact des coupures a venir en santé et en éducation .... Même si on lui dit que près de $2000. par famille devront être payés au gouvernement ou ses partenaires comme l'Hydro et les CPE , les contribuables n'ont pas juste qu'a ce jour commencer a débourser de leur poches ....
    Ils verront cependant leur compte de l'Hydro augmenter lors de la prochaine facturation en se rappellant que près de $500,000. servira a la retraite annuelle de Thierry Vandal .... Les frais de garde de $7.30 a $20. se débourseront lorsque la loi sera adoptée mais que de toute facon ces augmentations se refléteront dans leur rapport d'impôt ....
    L'humain est ainsi fait que lorsque l'on lui annonce une augmentation de tarif ou de taxes il réagit au moment ou il se sera affecté dans son budget .... L'impact est a venir mais , il ne fait aucun doute que tous les contribuables de la classe moyenne et pauvre seront affectés dans leur niveau de vie et qu'ils auront moins d'argent pour eux ou leur famille ....
    L'astuce des libéraux est d'éviter et retarder la grogne et les manifestations mais ce n'est que partie remise car l'impact sur les budgets des contribuables et des utilisateurs de service en santé et en éducation sera généralisé ....
    Cet astuce ne fera que retarder l'effet des politique budgétaires des libéraux pour les rapprocher de leur échéancier électoral ou le souvenir de ces coupures sera frais dans la mémoire des contribuables ......

  • Colette Pagé - Inscrite 4 avril 2015 10 h 41

    Diviser pour régner !

    N'est-il pas raisonnable de penser que si les manifestations s'essouflent c'est attribuable au fait que l'austérité contrairement aux frais de scolarité est un concept flou couvrant de multiples facettes. Partant delà, la convergence étant difficile à réaliser le Gouvernement a réussi son pari de diviser pour règner. À l'automne s'y ajoutera l'insatisfaction des employés du secteur public.

    Quant aux 18 mois du gouvernement Marois marqué principalement par le débat sur la Charte, un débat qui a pris toute la place et une Charte même imparfaite qui aurait dü être adoptée avec l'appui de la CAQ. Sans oublier l'entrée bâclée voire manquée de PKP dans la campagne électorale. Ce qui a conduit le PQ a faire une campagne fondée sur la défensive alors que les fédéralistes misaient comme à leur habitude sur la peur. Une peur viscérale qui empêche les Québecois de prendre leurs affaires en main.

  • André Poirier - Abonné 4 avril 2015 11 h 33

    Le Québec en déficit

    Le déficit zéro mettra le Québec sur la carte de crédit.
    Belle cible (target).

  • Guy Lafortune - Inscrit 4 avril 2015 15 h 20

    Diviser pour régner !

    Monsieur Gélinas, ça veut dire quoi au juste ça, vous devriez aussi sortir LA PHRASE FOURRE TOUT des Péquistes, dite la donc: nous allons faire de la politique autrement, ah oui, faire de la politique autrement, toutes ces phrases vides que font tourner en round.
    Voici aussi mon opinion comme M. Lefevre ci-haut: Ceux qui ne veulent pas comprendre, allez-vous faire voir chez les grecs (littéralement).

    Ça sa fait différent, mais vraiment différent.

    Ça fait 30 ans que les socio démocrates nous font virevolter leur épouvantail du néo ceci du néo cela, ça suffit, on en a assez.
    Entendu l'autre jour, en fait il y a deux mois par un autre Péquiste désabusé aux club des ex à Radio-Canada: si les libéraux font un bon travail, ils seront au pouvoir pour cent (100) ans.
    L'auteur de cette phrase, nul autre que M. Rémi Trudel, jamais dit si vrai.
    Nous n'attendons plus que Monsieur PKP pour concrétiser se voeux, comme Daniel Boyer (actuel président de la FTQ) avait si bien dit, je n'enverrai pas mes membres dans le rue avec des photos de PKP sur des pancartes pour le promouvoir, ça va être très excitant, n'est-ce pas!

    • Normand Carrier - Abonné 5 avril 2015 06 h 42

      Il nr faudrait pas en mettre trop sur le dos des sociaux démocrates lorsque le pouvoir depuis 2003 fut exercé par le PLQ a part une intermission de 18 mois d'un PQ minoritaire par surcroit ... En près de 11 ans de pouvoir , le PLQ n'a donc pas pris ses responsabilités ! Tant qu'a leur travail de dévastation du tandem Couillard-Coiteux dont le vote baisse a chaque sondage , il faudra voir avant d'anticiper les cent prochaines années ...