Le pétrole vert

Le voyage que Pauline Marois avait effectué en Norvège en août 2008 avait eu l’effet d’une illumination. Ces gens-là avaient démontré que l’exploitation du pétrole et la protection de l’environnement pouvaient se conjuguer dans l’harmonie. Si l’or noir avait fait la fortune des Norvégiens, il pourrait très bien faire l’indépendance du Québec. S’il avait pu compter sur les revenus du pétrole lors du référendum de 1995, les résultats auraient-ils été les mêmes ?

Un des plus convaincus était Bernard Drainville, dont l’enthousiasme faisait l’objet de railleries au sein de l’aile gauche du PQ, où on le comparait à la colistière du républicain John McCain lors de l’élection présidentielle américaine de 2008, Sarah Palin : « Drill baby, drill » !

Il est vrai qu’on parlait alors du gisement Old Harry, dans le golfe du Saint-Laurent, dont le pétrole serait extrait de façon conventionnelle, mais M. Drainville n’a pas changé d’avis quand on a envisagé sérieusement l’exploitation du pétrole de schiste de l’île Anticosti.

Quand elle est devenue première ministre, Mme Marois a fait tout ce qu’elle pouvait pour faire avancer le projet. Même Martine Ouellet, quand elle était aux Ressources naturelles, faisait valoir les avantages que le Québec aurait à produire lui-même les 12 milliards de dollars de pétrole qu’il importait annuellement.

Aujourd’hui, Pierre Karl Péladeau est le seul à affirmer sans réserve que le pétrole constitue « un atout majeur pour la souveraineté », auquel il serait fou de renoncer. M. Drainville demeure sans doute de cet avis, mais il tente maintenant de lui trouver des vertus écologiques. Il s’agirait simplement d’une « énergie de transition », qui permettrait au Québec de tenir le coup en attendant de devenir « la première économie verte en Amérique du Nord ». Contrairement à l’horrible pétrole tiré des sables bitumineux, ce serait en quelque sorte du pétrole vert.

 

Lors du débat de dimanche à Sherbrooke. Alexandre Cloutier a soulevé une nouvelle objection. Selon lui, « jamais on ne va aller chercher notre jeunesse si on se lance dans le pétrole de schiste ».

De plus en plus, la nécessité d’attirer les jeunes devient l’argument ultime au PQ. L’obsession d’avoir été le parti d’une seule génération hante toujours les esprits, au point d’ouvrir maintenant la porte au règne du jeune-roi. Puisque la nouvelle génération aurait aussi rejeté la charte de la laïcité, M. Cloutier déclarait récemment qu’il fallait « en revenir » du discours identitaire.

Il est vrai que la jeunesse est généralement plus soucieuse de la protection de l’environnement. On ne peut que s’en féliciter, mais les libéraux étaient tout aussi favorables à l’exploitation du pétrole que le gouvernement Marois et cela ne les a pas empêchés d’obtenir la faveur des jeunes lors des dernières élections.

C’est au nom de l’équité intergénérationnelle qu’on a créé le « fonds des générations » et justifié la nécessité d’assainir les finances publiques. En attendant le jour où le Québec pourra se passer des hydrocarbures, les services que les revenus du pétrole permettraient de financer profiteraient au premier chef aux jeunes d’aujourd’hui, qui ne le seront pas éternellement.

 

Ce n’est pas parce que le gouvernementMarois était favorable à l’exploitation du pétrole de schiste que le PQ ne peut pas changer d’idée, si la population n’en veut clairement pas. Les sondages ont longtemps indiqué qu’une majorité de Québécois étaient favorables à l’exploitation du pétrole, mais les termes du débat ne sont plus les mêmes. La malheureuse tentative d’exploitation du gaz des basses terres a fait du mot « schiste » un synonyme de désastre dans l’esprit de plusieurs. La tragédie de Lac-Mégantic et le débat sur le projet Énergie Est ont encore renforcé la méfiance envers le pétrole tout court.

On ne peut cependant pas plaider le principe de l’« acceptabilité sociale » tout en privant la population de l’information qui lui permettrait de faire un choix éclairé. M. Cloutier a déjà décidé que la fracturation présentait un risque trop élevé pour l’environnement. Martine Ouellet ne semble proposer la tenue d’un BAPE que dans le but d’arriver à la même conclusion. Évidemment, le pétrole vert n’existe pas. Le risque est indéniable, mais encore faudrait-il savoir à quoi on renoncerait. Combien y a-t-il de pétrole au juste ? Refuser d’aller plus avant dans l’exploration rendrait impossible l’évaluation des inconvénients.

M. Péladeau souhaite que la population soit conviée à un vaste « débat national » sur la question. Il y a quelques semaines, il avait proposé de créer un mécanisme de « consultation permanente » qui permettrait à la population de se prononcer sur une question précise entre les élections. L’exploitation du pétrole est certainement un enjeu suffisamment important pour justifier la tenue d’un référendum spécifique.

32 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 31 mars 2015 06 h 56

    Allons d'abord voir et évaluer .....

    Les opposants inconditionnels de toute forme de pétrole le font d'une facon dogmatique sans savoir de quelle richesse on parle et de quels risques car il y a plusieurs sources de pétrole au Québec ....
    Dans le cas d'Old Harry , nous le partageons avec Terre-Neuve qui va exploiter sa partie de toute facon et nous faire encourir les risques ... Alors allons chercher notre part ....
    Le pétrole conventionnel de la Gaspésie doit être évalué selon les risques encourus et obtenir l'acceptabilité sociale tandis que le pétrole de schiste d'Anticostie doit être évalué quantitativement et déterminer si il est exploitable sans risques pour l'environnement ... Un jour on reparlera du pétrole du golfe Saint-Laurent .....
    Durant le temps , les candidats a la direction du PQ souspèsent avantages et risques , le PLQ et la CAQ se préparent a exploiter allègrement ces sources de pétrole et ne s'enfargent pas dans les fleurs du papis sur les effets sur l'environnement .....
    Un simple devoir de mémoire nous ramène a la saga des gazes de schiste dans la vallée du Saint-Laurent ou tout fut fait en catimini et tous les permis d'exploration donnés avant que la population s'en rendre compte ..... Hey les jeunes auraient voté pour ce parti majoritairement ? Certains au PQ sont trop frileux et mélangent les raisons de la défaite ....

  • Robert Aird - Abonné 31 mars 2015 07 h 50

    Anticosti, île de puits?

    Pour exploiter ce pétrole, on prévoit qu'il faudra 12 000 puits pour aller chercher que 2% du pétrole contenu dans le sous-sol. 12000! On sait en plus qu'un puit de schiste s'épuise au bout d'un an seulement, raison pour laquelle des milliers de puits apparaissent chaque année dans la cour de l'Oncle Sam. Pas besoin d'une boule de cristal pour prévoir que l'île du monarque des bois deviendra une île de puits dans pas longtemps.

    • Jacques Patenaude - Abonné 31 mars 2015 08 h 17

      En plus de cela même s'il était démontré qu'il y a du pétrole exploitable sur l'île ça prendrait au moins dix ans avant que l'exploitation commerciale commence. Pendant ce temps là nous sommes assis sur d'important surplus d'électricité que nous pourrions exploiter immédiatement en développant notamment l'industrie de l'électrification des transports. Le Québec dispose d'une industrie du transport collectif qu'elle pourrait utiliser dès maintenant pour favoriser le développement d'un secteur manufacturier générateur de vrais emplois d'avenir. Pas sûr que PKP est un si bon homme d'affaires que celà. Y a pas seulement en politique qu'il devrait faire ses classes. Il y a une différence entre hériter de l'empire de papa et être un homme d'affaires visionnaire.

    • Gilles Théberge - Abonné 31 mars 2015 10 h 22

      C'est le nouveau mantra des sceptiques : «Il y a une différence entre hériter de l'empire de papa et être un homme d'affaires visionnaire»...

      En tout cas, la position de PKP est claire. Je l'ai entendu l'exprimer de vive voix, je l'ai lue, c'est dans sa plateforme énergétique, on peut la trouver sur sa page FaceBook.

      C'est clair, il vise à mettre en valeur le potentiel hydroélectrique, et consacrer l'essentiel de ce développement au transport en commun.

      Pour clarifier les choses rien de tel qu'une information honnête et directe à la source de l'information.

      Je ne suis pas certain que les chroniques des sceptiques soient encore d'actualité.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 31 mars 2015 13 h 21

      Le ''on'' de ''on prévoit'' c'est lingénieur Marc Durand qui fait ce calcul, et lui seul. Et Marc Durand est un activiste anti-fracturation dont Alexandre Shield, ici au Devoir, a repris, repris, et repris encore ces affirmations sur les 12,000 trous. Le hic c,est que cette hypothèse de 12,000 trous s'auto-exclue d'elle-même de toute réalité possible pour cause d'aucune rentabilité dans les volumes qui accompagnent les dites projections.

      Donc, oubliez une Anticostie avec 12,000 puits, la chose est propagée pour effrayer le monde, point.

      Le potentiel et les projections auront un début de réalisme qu'après avoir fait l'exploration avec tentative d'extraction, chose qui se fait présentement et pour quelques années.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 1 avril 2015 22 h 44

      http://bfs-france.com/technologie.html
      Une technologie pour recycler le cO2 des cimenteries en milliers de litres de pétrole de type kérosène en demande pour alimenter les turbines des avions de lignes.
      Produire à port Daniel et exporter par pétroliers vers Québec pour ajouter aux réservoirs des transporteurs aériens

  • Pierre Bernier - Abonné 31 mars 2015 07 h 57

    Confusion ?

    "« Jamais on ne va aller chercher notre jeunesse si on se lance dans le pétrole de schiste » (AC) ?

    Apparemment, génération après génération, "Intérêt général" et gestion intelligente des "biens communs" sont deux notions clefs qui commandent murissement ?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 31 mars 2015 18 h 01

      Si on convertissait les mégatonnes de CO 2 de la cimenterie de port Daniel en biopétrole synthétique et qu'on se payait cet investissement dans la dépollution par le vente aux compagnies aériennes de ce biopétrole ;
      d'une pierre plusieurs bons effets ; créer des emplois en région, produire du pétrole en réduisant la pollution engendrée par la création d'emplois en région, faire des profits pour rembourser l'investissement dans la construction de cette usine .
      https://www.youtube.com/watch?v=GwYHS1fGs8o

  • Guy Lafortune - Inscrit 31 mars 2015 08 h 06

    Une autre débat Provincial, c'est vraiment ça que l'on a besoin!

    Encore et encore, c'est comme la journée de la marmotte le PQ, c'est partout et nulle part en même temps et pendant ce temps, le temps passe, passe et il n'y en aura plus de temps bientôt.
    Entendu il y a longtemps, un cochon en tuyau de castor, ça restera toujours un cochon!

  • Sylvain Auclair - Abonné 31 mars 2015 08 h 11

    Aucun rapport

    Le pétrole de Norvège n'est pas du pétrole de schiste, et la mer du Nord est bien plus praticable que le golfe du Saint-Laurent. De plus, il faut savoir que les revenus du pétrole norvégien sont placés en totalité dans un fonds investi à l'étranger. L'Alberta avait déjà fait ça, je crois, mais elle n'a pas eu la discipline de continuer. D'où les problèmes financiers du gouvernement albertain suite à la baisse des cours du pétrole.