L’austérité à demeure

Un collègue de Carlos Leitão dans le cabinet Couillard confiait cette semaine à quel point il avait hâte de voir enfin un premier budget qui porterait la marque du ministre des Finances, celui de juin dernier ayant dû être présenté par un gouvernement fraîchement élu qui devait parer au plus pressé.

De toute évidence, il faudra attendre une prochaine fois avant de pouvoir apprécier les talents de M. Leitão. À tous égards, le budget de jeudi porte la signature du tout-puissant président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. Au total, le « plan économique » contenu dans le budget se limite à 121 millions en 2015-2016, et l’engagement de créer 250 000 emplois durant le mandat ressemble plus que jamais à un mirage.

En revanche, la faible augmentation des dépenses qui est prévue, notamment en santé (1,4 %) et en éducation (0,2 %), donne la nette impression que l’austérité s’est installée à demeure. On est à des années-lumière des hausses de 4 % et 3,5 % respectivement que le PLQ avait promises durant la campagne électorale. En juin dernier, on prévoyait encore que le budget de la santé augmenterait de 2,7 % en 2015-2016.

En s’y superposant, les compressions à venir seront encore plus douloureuses que celles de cette année. Le plus gros de la maigre augmentation de 461 millions des dépenses de santé (sur un budget de 32,8 milliards) sera consacré à la hausse de la rémunération des médecins. « Au Québec, nous sommes capables de nous serrer les coudes », a lancé M. Coiteux. La ceinture aussi, manifestement. Compte tenu du vieillissement accéléré de la population, c’est à se demander si cette mise à la diète ne vise pas à accroître le rôle du secteur privé.

Seul un acte de foi confinant à la naïveté permet de croire que les réformes de structures se traduiront par une baisse proportionnelle des « coûts de système ». D’ailleurs, si l’objectif du projet de loi 20 est de forcer les médecins à soigner plus de patients, on voit mal comment cela pourrait coûter moins cher.

On n’aurait pas pu trouver mieux que cette enveloppe famélique accordée à l’Éducation pour donner un sens à la grève étudiante. François Blais, qui semble moins empressé de charcuter les commissions scolaires, devrait avoir une bonne pensée pour son prédécesseur quand il lui faudra décider s’il vaut mieux couper dans les bibliothèques scolaires ou l’aide aux devoirs.

M. Coiteux n’a jamais caché son aversion pour l’État providence. Dans son esprit, il est hors de question que le rétablissement de l’équilibre budgétaire se traduise par un retour au niveau de financement historique de 4 % des services offerts à la population. En 2016-2017, l’augmentation des dépenses gouvernementales sera du même ordre que celle dont tout le monde s’est plaint cette année. Nécessairement, il faudra désormais faire moins avec moins. Il y a là un véritable changement de modèle.

 

Le premier ministre Couillard l’a toujours dit : la moitié des éventuels surplus sera remise aux contribuables et l’autre sera consacrée à la diminution de la dette. C’est aussi la recette de Stephen Harper. En réalité, compte tenu des 1,2 milliard qui seront versés au Fonds des générations, il y a déjà un excédent de 156 millions, mais les contribuables devront patienter encore un peu.

« C’est le budget de 2017, pas celui de 2015 », a déploré François Legault. Comme par hasard, l’allégement du fardeau fiscal coïncidera avec l’approche de la prochaine élection. L’échéancier prévu pour l’élimination de la taxe santé ne prévoit sa disparition complète que dans un deuxième mandat, mais on peut déjà prédire que le tir sera corrigé avant que la population ne soit appelée aux urnes.

François Legault a admis que l’atteinte du déficit zéro était « une bonne chose », même s’il a dénoncé les hausses de taxes et de tarifs qui ont permis d’y arriver, ainsi que l’absence d’un « virage favorable à l’économie ». Elle pourrait cependant lui faire la mauvaise surprise de reprendre d’elle-même d’ici l’automne 2018.

Les lamentations de Nicolas Marceau sur les conséquences négatives du retour à l’équilibre sur la qualité des services auraient été plus crédibles s’il en avait tiré la conclusion logique qu’il serait préférable de le retarder d’un an, comme l’a proposé Bernard Drainville.

La population se méfie naturellement de ceux qui tentent de jouer sur tous les tableaux. C’est peut-être ce qui explique que l’insatisfaction grandissante à l’endroit du gouvernement, qui semble profiter essentiellement à la CAQ et à Québec solidaire, dont les positions ont au moins le mérite de la clarté.

36 commentaires
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 27 mars 2015 06 h 13

    Recette Magique: :2+2+ 4 a moins que?

    On tourne en rond, veut on un etat qui nous fournisse des services adequats , dans des conditions dignes de societes modernes? Ou se retrouver comme dans les pays Latins genre Grecs, Espagnols, Portuguais, des etats en pleine deliquescence? Je pourrai en rajouter , mais l'espace me manque.
    Quel est notre capacite de payer, sommes nous pas deja la societe la plus imposee , taxee en Amerique du nord? Effectivement nous beneficions de mesures sociales propres a notre model social democrate, batie au fil des ans a coups de deficit dicte par le choix democratique des generations passees.
    Oui le reveil est brutal, la recreation est finie: le temps aujourd'hui est de passer a la caisse, au grand dam des pleureuses professionnelles.
    Soyons positif c'est reculer pour mieux sauter. On peut toujours ressusciter, elire le Parti Creditiste ( J'ai lue cela dans vos livres d'histoires) qui parlait d'imprimer de l'argent afin de combler les gouffres financiers. Mais je doute fort que l'on endosse de telles politiques aujourd'hui , les nouvelles generations etant plus eduquees et moins credules, malgre que le Parti de Mme David n'en est pas loin.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2015 09 h 17

      Vous avez bien assimilé le discours de ceux qui veulent prendre la place de l'État et nous VENDRE leurs services... plus cher.

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 mars 2015 10 h 13

      " Quel est notre capacite de payer, sommes nous pas deja la societe la plus imposee , taxee en Amerique du nord? Effectivement nous beneficions de mesures sociales propres a notre model social democrate, batie au fil des ans a coups de deficit dicte par le choix democratique des generations passees. " (M. de Ruelle)

      M. de Ruelle, notre " capacité de payer " collectivement, nous l'avons diminué passablement au fil du temps. C'est un choix politique! Si nous avions gardé le régime fiscal de 1997, il y aurait actuellement environ 8 milliards de plus dans les coffres de l'État. C'est un choix qui plaît à certains, mais les choses pourraient être autrement actuellement si nos gouvernements successifs n'avaient pas fait le choix de diminuer les revenus de l'État. Mme David est moins dans le champs que vous le pensez M. de Ruelle!

      Source : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

    • Sylvain Rivest - Inscrit 27 mars 2015 11 h 17

      Une population moins crédule aurait plutôt tout fait pour qu'un gouvernement à la solde des multinationales ne prenne pas le pouvoir.

      Le déficit québécois, comme des canadiens, état-uniens, français, britanniques... Est dû au capitalisme sauvage qui a ouvert les portes à l'évasion fiscale. Des milliers de millard de dollar sont cachés et c'est nous, MOI, VOUS et TOUS ceux qui se levent le matin pour allé honnêtement gagné sa vie qui paient.

      Il veulent votre bien et ils l'auront.

    • Hélène Paulette - Abonnée 27 mars 2015 11 h 26

      La situation du Québec, loin d'être désespérée, est plutôt enviable et c'est la raison pour laquelle certains ''affairistes'' s'acharnent à la détruire....

    • Réjean Boucher - Inscrit 27 mars 2015 17 h 32

      M. De Ruelle, vous dites :"imprimer de l'argent afin de combler les gouffres financiers" et bien c'est ce qu'a fait la FED américaine, à coup de mille milliards par année certains dernières années afin de sortir les USA du marasme économique et ce que s'apprête à faire la BCE pour la zone EURO! Finalement Réal Caouette n'avait pas tout à fait tord!

    • Clermont Domingue - Abonné 28 mars 2015 09 h 44

      Monsieur de Ruelle,suivez-vous l'activité financière internationnale?
      Oui? Alors vous savez que Ben Bernanké et Janet Yellen,successivement patron et patronne de la FED (Banque centrale américaine)ont imprimé deux mille milliards de dollars tout neuf depuis 2009 pour remettre l'économie américaine sur les railles.($2 000 000 000 000).
      Depuis peu, les digeants de la Zone euro font la même chose.
      L'argent ne pousse pas dans les arbres.S'il en manque pour faire la guerre ou sortir de la crise, les banques centrale peuvent en faire.Comment appelez-vous cela?

  • Sylvain Rivest - Inscrit 27 mars 2015 06 h 25

    Le crime paie!

    couillard et ces acolytes nous le prouvent.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 27 mars 2015 18 h 03

      Y a t-il un avocat dans la salle?

      Pourrait-on faire un recours en justice contre le gouvernement parce qu'il travestie son rôle de gestionnaire en redessinant le rôle de l'état sans consulter la population?

      Car avant de détruire le Québec et ses services il aurait dû consulter la population par voix référendaire (il n'aurait jamais eu l'approbation). C'est comme si le PQ ou ON aurait été élu majoritaire et que par la suite il aurait décidé, sans référendum, de sortir le Québec du canada.

      Alors, comment peut-on trainer ce gouvernement corrompu devant la justice?

  • Normand Carrier - Abonné 27 mars 2015 06 h 57

    L'austérité et les effets a demeure ......

    On se dirige allègrement vers une privatisation des services en santé et c'est ainsi que ce gouvernement le souhaite sans le dire naturellement ce qui n'est pas un signe de transparence ..... Le gouvernement Couillard change les paradigmes ce qui aura un impact négatif sur la classe moyenne et pauvre ....

    Lorsque Nicholas Marceau a déclaré que c'est facile d'atteindre le déficit zéro lorsque l'on se préoccupe pas de l'impact sur les services comme cela se produit en santé et en éducation ... C'était aussi vrai lorsque madame David disait que l'impact sur les femmes serait majeur .... Personne a demandé un report du déficit zéro a part Drainville ..... Pourquoi blamer le PQ et son porte-parole ? Difficille pour le chroniqueur de demeurer neutre et objectif ....

    • Serge Morin - Inscrit 27 mars 2015 09 h 31

      M.David depuis la dernière election, voue un culte à M.Legeault et allez savoir pourquoi?

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 mars 2015 10 h 30

      " Personne a demandé un report du déficit zéro a part Drainville ..... Pourquoi blamer le PQ et son porte-parole ? " (M. Carrier)

      M. Carrier, QS a demandé le repport du déficit zéro (voir : http://www.quebecsolidaire.net/tag/deficit-zero/). Quant au PQ, il aurait également tombé dans l'austérité avec son objectif de retour à l'équilibre budgétaire s'il était au pouvoir présentement à la place du PLQ. Actuellement, il a le beau jeu de jouer les sociaux-démocrates devant les caméras, mais il agirait de façon semblable s'il était au pouvoir (je ne crois pas, par exemple, que le PQ aurait fait le choix d'augmenter les impôts des particuliers et le taux d'imposition des entreprises de façons considérables pour atteidre l'équilibre budgétaire s'il avait remporté les dernières élections).

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 mars 2015 10 h 40

      @ M. Morin

      M. Morin, Michel David est au minimum un social-démocrate. Je ne crois donc pas qu'il voue un culte à M. Legault.

    • Serge Morin - Inscrit 27 mars 2015 12 h 05

      Tous les partis pratiquent la social-democratie à geometrie variable.
      Quand Mme Keridin,à deux reprises,a comparé PKP à Berlusconi durant une emission a RadioCan,il s'est contenté de glousser,j'ai cessé de croire ses convictions..

    • Patrick Boulanger - Abonné 27 mars 2015 14 h 22

      @ M. Morin

      M. Morin, je n'ai pas vu l'émission dont vous parlez et je ne suis pas certain de vous suivre. Mais PKP, avec son entreprise médiatique qui véhicule plusieurs idées de droite, il n'est quand même pas une figure de proue de la social-démocratie, n'est-ce pas?

    • Normand Carrier - Abonné 27 mars 2015 15 h 22

      QS veut sans aucun doute retarder l'échéancier du déficit zéro mais sa principale préoccupation est de combattre toutes coupures dans la fonction publique ... Je crois qu'il y a un milieu plus réaliste et moins doctrinaire d'atteindre le déficit zéro ... Entre la CAQ , les libéraux et QS , il y a une marge que le PQ pratique ..... Je ne verrais pas personne faire des déficits dans son budget a chaque semaine sans faire faillite rapidement .....

    • Patrick Boulanger - Abonné 28 mars 2015 07 h 21

      @ M. Carrier

      M. Carrier, je veux bien croire que le PQ n'est pas le PLQ, la CAQ ou QS, mais la " marge " que le PQ pratiquerait s'il était à la place du PLQ ressemblerait probablement à celle que le PLQ pratique présentement s'il est sincère avec son échéancier du retour à l'équilibre budgétaire qu'il partage avec le PLQ. Bref, à mon sens, il y aurait beaucoup plus de coupures que de hausses de revenus pour l'État avec le PQ au pouvoir (s'il est sincère avec son échéancier actuel).

    • Patrick Boulanger - Abonné 28 mars 2015 08 h 59

      " Je ne verrais pas personne faire des déficits dans son budget a chaque semaine sans faire faillite rapidement " (M. Carrier)

      En effet, M. Carrier. Et pour équilibrer le budget de l'État (qui ne fera quand même pas faillite), nos gouvernements peuvent soit couper ou soit augmenter ses revenus (ou faire les deux). Le PLQ, pour sa part, a fait le choix de privilégier les coupes.

  • Gaston Bourdages - Abonné 27 mars 2015 07 h 09

    Y a-t-il un espace, monsieur David, dans votre...

    ...intéressante et informative analyse pour quatre mots que j'emprunte à monsieur Alexandre Cloutier ? Mais encore ? «Justice sociale» - «Justice fiscale»
    Quelles «bibittes» dans un univers néolibéral! Un budget comme ce dernier....«ça» fait l'affaire de qui...au plus juste? Le privé? Le public? Un juste et équitable mélange des deux?
    Je signe,
    Gaston Bourdages, Auteur et aussi, payeur de taxes...pas d'impôts, les revenus m'en disqualifiant et ce n'est pas affaire de «paradis fiscaux» Oh! Que non.

  • Gilles Delisle - Abonné 27 mars 2015 08 h 11

    austérité à demeure et création d'emplois

    Depuis longtemps, je me demande pourquoi on n'a pas encore mis en relation l'évolution démographique du Québec avec la promesse de 250 000 emplois du gouvernement Couillard. Si cela se faisait, nous ferions la preuve que ce gouvernement cherche à nous duper depuis avril 2014. Ou bien, il n'a jamais fait l'exercice, preuve d'une irresponsabilité crasse ou bien, il nous ment effrontément. Le bilan des naissances et des décès révèle une augmentation moyenne de quelques 28 000 enfants alors que l'immigration permet une augmentation moyenne de 33 000 individus. De ce nombre total de quelques 62 900 personnes, il y aurait environ, je crois, quelques 14 000 travailleurs disponibles. Avec une augmentation annuelle de 14 000 travailleurs, comment atteindre le chiffre de 250 000 emplois? Il faudrait que les non-travailleurs actuels du Québec soient mis au travail et si j'avais toutes les données à ce sujet, le taux de chômage atteindrait alors une baisse jamais vue pour ne pas dire impossible. Une autre solution serait de provoquer le décrochage scolaire ce que déjà le plan Nord réussit très bien en région. Voilà, il me semble des informations, qui, bien sûr, après vérification de votre part, mériteraient d'être diffusées largement.