Un budget est un budget

Si les gouvernements savaient à quel point les citoyens de partout ne croient plus à rien, peut-être se contenteraient-ils de faire un budget qui tient sur deux feuilles de papier que nous pourrions tous lire et comprendre du premier coup. Ce n’est jamais le cas. Et ce n’est pas près d’arriver. Les budgets d’un gouvernement, quel qu’il soit, n’ont rien à voir avec un budget familial. Il doit forcément être compliqué, multiplier les chiffres avant de les soustraire un peu plus loin et si vous n’êtes pas bardés de diplômes, jamais vous n’arriverez à tout comprendre. C’est toujours l’un des documents les plus obscurs qui aura besoin de plusieurs spécialistes pour qu’on finisse par avoir une petite idée de ce que sera notre sort de citoyens pour l’année à venir. C’est sans doute pour ça que la plupart des citoyens choisissent de fermer les yeux et d’attendre qu’on leur dise combien ça va leur coûter. Parce que finalement, ça finit toujours comme ça.

En 1976, ce qui fera 40 ans l’an prochain, je suis entrée en politique avec l’intention de changer le monde. Ça s’est un peu perdu, cet objectif plein d’idéal, mais il y a encore beaucoup de candidats et de candidates qui espèrent faire exactement la même chose. Pas tous, je le concède, mais il en reste plus qu’on le croit.

Pendant la campagne électorale, comme j’étais déjà connue, on m’a beaucoup invitée à prendre la parole dans des assemblées très courues pour soutenir la candidature de certains de mes collègues. Ce que j’ai fait avec plaisir, de Montréal à Sept-Îles. Je me souviens d’un soir en particulier où je devais me présenter dans la circonscription de Jacques Parizeau. Je n’avais pas dormi de la nuit, car j’étais tout à fait consciente de l’importance de la candidature de M. Parizeau et je ne voulais surtout pas dire un mot qui aurait pu nuire à son élection. J’allais donc me présenter sur la pointe des pieds parce que jusqu’à la dernière minute je ne savais pas de quoi j’allais parler. J’avais l’habitude d’improviser. Je l’avais fait pendant 10 ans à la radio et à la télévision, j’allais bien finir par trouver. Je ne peux pas vous jurer que Jacques Parizeau s’en souvient. Par contre, moi, je m’en souviens comme si c’était arrivé hier.

Une fois devant le micro, après avoir respiré profondément, j’ai eu l’audace de raconter au public et à M. Parizeau, qui était un spécialiste respecté dans le domaine, comment ma grand-mère Marie-Louise faisait son budget familial. Sa méthode était simple mais efficace. Je n’ai jamais entendu dire qu’elle avait défoncé son budget et elle n’avait jamais eu de dettes de sa vie. Sa recette était simple et j’ai osé dire à Jacques Parizeau que s’il adoptait sa méthode, nous serions tous en mesure de savoir où va notre argent parce que c’est quand même bien toujours « notre » argent qu’un gouvernement dépense. Rendue là, je l’ai entendu rire. J’étais sauvée.

J’ai raconté que Marie-Louise utilisait des petites enveloppes blanches pour faire son budget. Sur les enveloppes elle inscrivait à quoi l’argent devait servir. Une enveloppe pour la nourriture, une pour le chauffage, une pour le loyer, puis un jour, elle a fait une enveloppe pour le téléphone. Son téléphone changeait tout dans ma vie… j’avais 15 ans… Elle avait des enveloppes « au cas où » pour le docteur si quelqu’un était malade dans la famille, pour les cadeaux d’anniversaire, pour les tickets de tramway… Elle y glissait de beaux dollars du Dominion et elle gardait toujours la dernière enveloppe pour « aider ceux qui étaient plus mal pris qu’elle ».

Vous ne serez pas surpris si je vous dis que la salle, ce soir-là, a apprécié. Jacques Parizeau m’a serré la main en souriant. Il avait l’air satisfait de ce que j’avais fait. Et moi j’avais redonné vie à ma Marie-Louise de qui j’ai tout appris. Même à faire un budget.

Une fois que nous avons été élus et que M. Parizeau est devenu ministre des Finances, je n’ai jamais osé lui en reparler. Je ne sais pas s’il a suivi l’exemple de Marie-Louise, mais ses budgets, me semble-t-il, étaient plutôt clairs comme le sont les cours des grands professeurs d’Université. Je me souviens en tout cas de son choix évident de mots simples lors de la lecture du budget, de sa préoccupation de rendre l’exercice facile à suivre et de sa grande préoccupation que les journalistes reçoivent toutes les informations dont ils avaient besoin. Jacques Parizeau était dans une classe à part. Le temps passe si vite. C’est à ce petit moment de ma vie que je pensais jeudi en essayant de démêler le discours du budget de la journée. Sans beaucoup de succès, je l’avoue. Heureusement qu’il y a des journalistes.

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1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 27 mars 2015 08 h 51

    Que des économies importantes pourraient etre optenues

    Moi , ce qui m'inquiete ce n'est pas le budget mais les infrastructures, la premiere fois que je fus confronté a une infrastructure ce fut avec la voiries, a l'époque nous y entreposions des décors, les circonstances ont voulus qu'a la derniere minute j'en eu de besoin, je n'ai jamais pu les avoir, c'est alors que je compris que les infrastructures étaient surtout des structures , que leur efficacité étaient a peine de quinze ou vingt % , je suis sur que ca ne s'est pas amélioré depuis, mon opinion est que les humains étant ce qu'ils sont, toutes les infrastructures devraient etre recréés tous les dix ans, que des économies importantes pourraient etre obtenues