Fonds d'investissement: Le père Noël n'existe pas

«Un placement rentable et sécuritaire», voilà la demande quasiment incessante de l'investisseur. Une demande raisonnable? Oui et non, tout dépend de la compréhension que nous avons de la rentabilité et de la sécurité. Dans un monde idéal, nous pourrions acquérir un produit financier qui battrait les différents indices boursiers tout en procurant des garanties à toute épreuve quant au capital et aux gains. La pratique commande quelques nuances.

La sécurité de votre capital est une notion très élastique. En effet, il faut distinguer le risque de capital qui survient au moment d'une faillite par exemple et le risque d'une diminution de la valeur de votre capital investi.

Dans la pratique, les seuls produits comportant une garantie de capital et de gain se limitent aux obligations émises par les différents gouvernements. Les institutions financières offrent également des certificats de dépôt garanti, mais pour un maximum n'excédant pas 60 000 $ par client, par institution. Dans ce dernier cas, en raison de la solidité du système bancaire canadien, le risque est limité et extrêmement faible: dépasser ce maximum n'est pas très risqué.

À l'étranger

Vous pourriez aussi vous procurer des obligations de gouvernements étrangers dont les taux de rendement excèdent ceux qui sont offerts par nos différents gouvernements et institutions. Vous devez cependant exercer votre prudence quant au choix de l'obligation et aux fluctuations du taux de change.

Un exemple: la dette de l'Irak. Elle ne vaut sûrement pas très cher sur le marché, et, pour l'investisseur, elle n'offre pas un grand intérêt. Quant aux fluctuations du taux de change, il faut savoir que les obligations étrangères sont généralement libellées dans une monnaie autre que le dollar canadien, d'où le risque. C'est donc souvent à proscrire. Aussi, malgré leur faible rendement, les obligations canadiennes et provinciales restent des produits intéressants, surtout en ce qui concerne les garanties offertes. Si vous maintenez votre décision d'investir dans les obligations de gouvernements étrangers, allez-y à petites doses et, idéalement, dans le cadre d'un fonds d'obligations étrangères.

Il reste une catégorie qui rapporte un peu plus que les obligations gouvernementales canadiennes: les obligations d'entreprises. En effet, de nombreuses entreprises utilisent les marchés financiers pour écouler des obligations qu'elles émettent, au lieu d'emprunter comme un simple citoyen auprès d'une institution financière. Les rendements offerts par de telles obligations sont évidemment plus élevés que ceux des obligations émises par un gouvernement canadien, mais le risque associé est plus élevé et varie énormément d'une firme à l'autre. GM n'a évidemment pas la même cote de crédit que Bombardier. Pas évident pour le non-initié de se retrouver dans cet univers. Les fonds d'obligations à haut rendement peuvent s'avérer très intéressants: les gestionnaires de tels fonds sont nettement mieux habilités que vous et moi pour analyser les avantages et inconvénients.

Les rendements

La différence de rendement entre ces types de produits varie beaucoup. Au cours des 12 derniers mois, au 30 novembre, le rendement moyen des fonds d'obligations à rendements élevés a été de 12,4 %, alors que les fonds d'obligations canadiennes ont affiché un rendement moyen de 5,4 %. À long terme, par contre, la différence entre les deux catégories n'est pas significative.

Cependant, dans le cas des obligations à rendements élevés, les risques sont multiples: pensons à Air Canada, à Eaton et à Chrysler au début des années 80. Le risque de crédit est une notion simple, mais non simpliste: un bon fonds et une bonne équipe de gestionnaires demeurent la solution de rechange.

Les produits sécuritaires à 100 % existent bien, mais le rendement qu'ils procurent à l'investisseur est souvent faible. Les produits à hauts rendements intéressants existent aussi, mais si vous demandez à un intermédiaire de prendre le risque pour vous, il y a un coût que vous devrez assumer. La répartition de vos actifs représente encore l'unique solution au monde «presque» idéale. Les vendeurs de rêve, ne leur confiez surtout pas vos épargnes. Cessez de croire au père Noël, du moins pour votre portefeuille.

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L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services Financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.