L’importance de la traçabilité des aliments

Malheureusement, souvent, on ne veut pas savoir. Pourquoi ne pas s’interroger davantage? Il ne suffit pas de lire les étiquettes des valeurs nutritives d’un produit pour savoir si on mange bien et sainement.
Photo: Thinkstock Malheureusement, souvent, on ne veut pas savoir. Pourquoi ne pas s’interroger davantage? Il ne suffit pas de lire les étiquettes des valeurs nutritives d’un produit pour savoir si on mange bien et sainement.

Faut pas croire tout ce qu’on dit. Quand un restaurateur vous affirme qu’il n’utilise que de l’agneau de Charlevoix et que votre plat ne coûte que 20 $, alors vous êtes en droit de vous poser certaines questions. En langage plus clair, cela signifie qu’on vous ment.

On a parlé récemment de l’utilisation de porc pour remplacer le veau, une pratique de certains restaurateurs et même de bouchers peu scrupuleux qui vont jusqu’à mettre le veau dans du lait pour le blanchir avant la cuisson.

C’est un vrai problème et il faudrait être plus vigilant à l’égard de ces faussaires qui n’hésitent pas à remplacer un ingrédient par un substitut. Par exemple, il est facile de découper un morceau de boeuf dans la partie nommée oeil de ronde et de le rebaptiser filet mignon ou tournedos. Après être passé à l’attendrisseur à viande, le morceau, copieusement garni de sauce brune, passera le cap de la consommation avec les honneurs attitrés. Malheureusement, les clients ne se rendent pas toujours compte de la supercherie et ne pensent pas à se poser des questions par rapport au prix.

Des pratiques frauduleuses

Des situations graves existent, comme le remballage des aliments, qui demeurent inconnues du public. Ainsi, le barattage d’une poitrine de poulet ou d’un jambon fait en sorte que vous payez parfois jusqu’à 60 % pour de l’eau aromatique ajoutée au produit, de l’eau qui, dans la majorité des cas, s’évaporera lors de la cuisson.

Aussi, bien des saucisses à hot-dog laissent croire qu’elles sont maigres. L’ajout de colorants, de paprika ou de curcuma donne de fausses impressions et peut influencer le consommateur dans ses choix.

Quant aux viandes hachées, elles ont souvent été montrées du doigt pour être à risque si elles sont mal cuites. On a vu des bouchers ajouter du sang dans la viande pour lui donner un aspect de fraîcheur et lui procurer un faux pourcentage en matières grasses. Ou encore des poissonniers arroser des crevettes surgelées pour en augmenter le poids. Aussi, certains ne se gênent pas pour regeler des viandes ou des poissons déjà dégelés, mais invendus.

Certes, les restaurateurs et marchands qui adoptent de telles pratiques ne sont pas la majorité, mais ils existent. Les faussaires de l’alimentation savent très bien comment déjouer les services publics, mais encore plus les consommateurs.

On peut aussi parler de la mention « fait maison », la plupart du temps utilisée de façon abusive, du café moulu auquel on ajoute parfois des pois chiches torréfiés, d’une huile d’olive identifiée à un pays donné alors qu’on sait fort bien qu’elle provient d’ailleurs. Même si l’huile est aussi bonne, ça reste de la fraude.

Et que dire du pain maison tranché qui utilise des produits de conservation ou des colorants, des fruits frais recouverts de cire et jamais à l’abri de pesticides parfois interdits chez nous, des quantités de sel nettementsupérieures à ce qui se fait ailleurs pour les charcuteries ? L’industrie pousse parfois le bouchon un peu loin, mais lorsqu’il est question d’alimentation, les esprits s’échauffent chez les consommateurs.

Malheureusement, souvent, on ne veut pas savoir. Pourquoi ne pas s’interroger davantage ? Il ne suffit pas de lire les étiquettes des valeursnutritives d’un produit poursavoir si on mange bien et sainement. Il faut pouvoir remonter la filière de traçabilité des aliments de consommation courante, de la case départ jusqu’à notre assiette.

Un parent qui souhaite le meilleur pour son enfant, par exemple, sera-t-il prêt à payer les 25 cents de plus pour un produit plus sain ? Pas toujours, et même parmi ceux qui en ont les moyens. Nombreux sont ceux qui se laissent influencer par le marketing des grandes sociétés alimentaires, lesquelles savent comment attirer les consommateurs de tous les âges.

Une question de choix

Il est facile, grâce à Internet, de se renseigner sur les aliments, les rappels de produits et les contrevenants dans les épiceries ou autres commerces, que ce soit pour des questions de malpropreté, d’étiquetage non conforme ou en ce qui concerne la qualité des produits mis en vente. En général, les pouvoirs publics protègent le consommateur, bien que les mailles du filet soient de plus en plus larges avec la mondialisation et le manque d’effectifs pour le contrôle.

Dans le temps des sucres, par exemple, on découvre chaque année de faux cabaniers qui, pour faire plus de profits, coupent le sirop d’érable avec du sirop de maïs.

Soyons plus vigilants. Il ne faudrait pas que notre alimentation devienne une bombe à retardement et que le plaisir de manger s’estompe au profit de la nécessité.

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Découverte

Avec 12 professeurs, 3 cycles d’enseignement et 400 étudiants, l’École de nutrition de l’Université Laval a récemment vu le jour. Une nécessité, selon le doyen de la Faculté des sciences, de l’agriculture et de l’alimentation, Jean-Claude Dufour, qui répond aux besoins actuels de notre société.

Dans la bibliothèque

Chou Kale
Amelia Wasiliev
Éditions Marabout
Espagne, 2015, 139 pages

Quelle bonne idée que celle de redonner à ce chou une certaine notoriété ! On trouve ici des conseils d’achat, mais aussi d’utilisation, avec une multitude de recettes illustrées très explicites.
1 commentaire
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 21 mars 2015 16 h 10

    Le prix.. est la premiere variable a considerer..

    Le prix dicte tout....Mais heureusement nous ne sommes pas en France, avec les inconvennients et surtout la reglementation qui dicte tout , qui au nom de la protection protege des monopoles locaux s'apparantant a une forme malsaine de controle de nouveaux produits mis en marche par de nouveaux intervenants
    Merci a l' Amerique du Nord , ou l'on peut tout creer, nous gagnons le prix de la liberte , et aux consommateurs avises de faire la part des choses.