La peur comme outil de contrôle

La peur ne mène à rien de bon. Elle paralyse les humains de la Terre, depuis les petits enfants qui refusent de s’endormir si on ne vérifie pas d’abord qu’il n’y a pas un mauvais génie caché sous le lit ou dans la garde-robe de leur chambre, jusqu’aux ouvriers qu’on menace de mettre à la rue quand ils revendiquent de meilleures conditions de travail. Même les aînés, qui pourtant en ont vu d’autres, préfèrent souvent « mourir de peur » plutôt que de dénoncer les conditions de vie qu’on leur a faites. La peur est mauvaise conseillère et nous devrions tous en être conscients.

Les dirigeants assoiffés de pouvoir utilisent la peur comme outil de soumission. Ça a été vrai dans tous les pays du monde et c’est encore vrai aujourd’hui. Vous n’avez qu’à lire les journaux pour vous en rendre compte. Savoir faire peur au monde est le point de départ de ceux qui ont comme objectif de tout contrôler, et quand la peur est installée profondément dans la tête de chacun, les tyrans peuvent régner.

« Faire peur au monde » est devenu plus qu’un slogan, c’est maintenant un gros outil de communication qui sert à faire gagner une élection, à vendre de la salade ou de l’assurance-vie. Les spécialistes en communication savent vendre n’importe quoi en distillant un frisson de peur dans leurs messages, car l’être humain a du mal à contrôler ses peurs et il se soumet plus rapidement quand il est effrayé.

Nous vivons en ce moment une peur généralisée au Québec. Ce que ça donne comme résultat c’est que nous avons levé la garde et que nous sommes en train d’en payer le prix.

Le gouvernement de Philippe Couillard, gros vendeur de l’austérité comme projet de société, nous a pris par surprise. Rien dans ses propos préélectoraux ne donnait à penser que nous allions nous voir imposer des coupes insensées qui rendraient, en peu de temps, toute la structure de notre pays périssable en plus de favoriser la destruction des outils qui nous avaient sortis de notre misère. Un coup de hache par-ci, un coup de hache par-là, et nos efforts des 50 dernières années allaient être passés à la moulinette.

Notre choix collectif d’instruire nos enfants pour en faire de meilleurs citoyens, l’avancement lent mais bien mérité des femmes vers l’égalité, les soins de santé accessibles à tous, la recherche d’une vie dans la dignité pour préparer à une mort dans la dignité, tout a été remis en question au nom de l’économie, le sujet chouchou de ce gouvernement. Un gouvernement dédié à l’argent dans un pays où les choix sociaux sont si importants. Bien sûr, ça fait peur.

Pendant ce temps-là, la planète monde est à feu et à sang. On tue des humains parce qu’on ne partage pas leurs opinions, on décapite des hommes devant les caméras pour faire peur au monde, on viole les petites filles qu’on enlève dans les écoles, on fait porter des bombes par des enfants qui sauteront avec la bombe. Devant autant de cruautés, on a sans doute raison d’avoir une peur bleue. C’est la pire des peurs, celle qui paralyse faute de pouvoir comprendre.

C’est cette peur bleue que le gouvernement du Canada s’apprête à exploiter en échange d’une protection qui va servir à diminuer notre liberté d’abord et à rehausser le contrôle du gouvernement conservateur sur tout cet étrange pays qu’est le Canada. Le projet de loi C-51 va nous être passé sous le nez avec l’accord d’une grande majorité de Canadiens terrifiés qui veulent plus de policiers et une surveillance très élargie et une majorité de Québécois qui, pour la première fois dans notre histoire, va se placer volontairement sous la protection du gouvernement canadien de Stephen Harpeur.

Nous sommes si peureux que nous ne dirons rien. Avec le patinage de fantaisie de monsieur Couillard autour de la définition des terroristes, des radicaux ou autres imams bien connus, notre gouvernement donne l’impression depuis son élection de ne pas être de taille à affronter Ottawa sur quelque sujet que ce soit. L’attitude du premier ministre Couillard n’a rien de rassurant pour la défense des droits des Québécois face à la machine de peur d’Ottawa, une machine bien huilée qui souhaite même la disparition des oppositions.

À moins que nous ne décidions collectivement de nous tenir debout et que nous refusions de prendre quelque décision que ce soit sous l’effet de la peur, nous risquons de tomber dans le piège qu’on nous tend, celui qui consiste à remettre notre liberté entre les mains de nos dirigeants. On n’a vraiment pas mérité ça. Céder à la peur en ce moment, ce serait pire que tout. La peur, c’est ce qui tue de l’intérieur.

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