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À quoi bon?

Au printemps dernier, les libéraux avaient ressorti l’épouvantail référendaire trois semaines avant que la campagne électorale soit officiellement déclenchée. La recette a donné de si bons résultats que le premier ministre Couillard a déjà décidé d’appliquer la même à la prochaine élection.

Le PQ « a encore une fois comme priorité la question de la séparation et du référendum. Comment ? Pourquoi ? Pour qui ? Avec des études, pas d’étude ? Je voudrais les remercier d’avoir déjà posé la question électorale de 2018. Je les félicite. C’est parfait », a-t-il lancé à l’Assemblée nationale jeudi.

Le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, a répliqué que le premier ministre cherchait simplement à distraire l’attention de ses politiques d’austérité. Il a parfaitement raison. Le gouvernement ne veut tellement pas entendre prononcer ce mot qu’il a bloqué une motion présentée par Amir Khadir, qui voulait saluer l’élection du nouveau gouvernement de gauche en Grèce, afin d’éviter toute tentation de parallèle.

En cette semaine de reprise des travaux parlementaires à Québec, on pouvait néanmoins sentir une certaine morosité au sein des partis d’opposition. Cela fera bientôt un an que les libéraux ont été reportés au pouvoir sur la base d’une plateforme qui était très discrète sur les compressions budgétaires à venir. Depuis des mois, on accuse le gouvernement d’avoir trompé les électeurs. Malgré la colère des syndicats, des organismes communautaires, des régions ou encore des médecins, tout indique que le PLQ serait facilement réélu si une élection avait lieu aujourd’hui.

Soit, il a perdu 5 points depuis sa victoire du 7 avril dernier, selon le récent sondage Léger Marketing–Le Devoir, mais il conserve une avance de 12 points sur le PQ et la CAQ, qui font du surplace. Même avec PKP, la lutte serait très serrée. Québec solidaire était en droit d’espérer trouver de nouveaux appuis chez ceux qui craignent de voir le Québec s’éloigner des valeurs de justice sociale et de solidarité qui caractérisaient la « société distincte ». Pourtant, les intentions de vote de QS ont augmenté d’un maigre point depuis l’élection. Autant dire que c’est la stagnation.

 

Quand la première vague de compressions a été annoncée, plusieurs ont cru à une répétition de ce qui est survenu après l’élection de 2003, quand la tentative de « réingénierie » de Jean Charest a rapidement entraîné le PLQ dans une chute vertigineuse. À peine dix mois après l’avoir emporté par 12 points sur le PQ, les libéraux avaient déjà pris un retard de 7 points.

Il est vrai que la course à la succession de Pauline Marois, qui affecte inévitablement la cohésion du PQ, rend la vie plus facile au gouvernement. Au début de 2004, Bernard Landry était toujours en poste, mais il laissait lui-même planer un doute sur son avenir. À l’époque, personne ne savait qui mènerait les troupes péquistes à l’élection suivante. Les libéraux ont été chanceux que ce soit finalement André Boisclair.

On objectera que les effets des coupes décrétées par le gouvernement Couillard commencent à peine à se faire sentir. Combien faut-il de temps avant que des compressions à la protection de la faune causent des dommages visibles ? Pourtant, en 2004, on s’insurgeait contre une « réingénierie » qui demeurait strictement virtuelle.

 

On peut toujours se moquer de la cassette sur la nécessité d’un redressement budgétaire pour mieux assurer l’avenir que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, repasse ad nauseam, mais les manifestations qui se succèdent ne semblent pas arriver à rendre contagieuse l’exaspération qui pourrait provoquer un nouveau printemps érable. Ceux qui espéraient à l’époque que quelque chose allait réellement changer se demandent peut-être à quoi bon.

Le premier ministre aurait-il raison de croire que le discours sur l’urgence de stopper l’explosion des dépenses a finalement pénétré l’esprit de la majorité silencieuse ? Cela fait des années que, de rapport en étude, le discours des « lucides » occupe une place de plus en plus importante dans l’espace médiatique. L’indexation des tarifs à la hausse du coût de la vie, que tous les gouvernements jugeaient jadis trop risquée, est presque devenue une routine. Qui aurait cru que la fin de l’universalité dans les garderies passerait comme une lettre à la poste ?

Pour gagner encore un peu de temps, M. Couillard évoque de plus en plus fréquemment l’allégement du fardeau fiscal qui suivra l’atteinte du déficit zéro. En 2018, cela lui permettra d’apporter une variante à la question électorale. Peu importe que le PQ en promette un ou non, ce pourrait être : « Voulez-vous un référendum ou une baisse d’impôt ? » Il y a de quoi rendre morose.