Une austérité, deux réalités

La hache d’un côté, les bonbons fiscaux de l’autre. Il ne se passe plus une journée sans que les manchettes fassent état de coupes dans les crédits et budgets alloués par Québec se traduisant par des compressions parfois massives. Plusieurs variations sur un même thème, celui d’une austérité tournée en dérision par le premier ministre Couillard.​
 

D’un côté, l’ouragan réformiste s’abattant sur le système de santé ; aussi, toutes ces compressions chez les cadres, dans la fonction publique, au ministère de la Faune, dans les organismes en région… De l’autre, ces annonces en cascades d’aides à l’industrie afin de repartir la roue de la création d’emplois. D’un côté, la rigueur budgétaire, se défend le gouvernement Couillard, de l’autre, le développement économique.

Mardi à Québec, le premier ministre revenait sur cette annonce d’une contribution de 450 millions sur deux ans pour les travaux sylvicoles en disant : « Quand on a fait l’annonce […] tout le monde rigolait quand on entendait d’autres parler d’austérité. C’est ça, l’austérité ? Allô, la Terre, je dirais », se moquait-il. M. Couillard ne faisait pourtant que reconduire, pour deux ans, l’enveloppe de 225 millions retenue pour 2014-2015, un montant réduit par rapport aux 254 millions investis en 2013-2014.

Peu après, le gouvernement libéral annonçait la prolongation et un accès plus élargi au congé fiscal offert aux investissements dans de grands projets, un programme conçu sans grands résultats par le gouvernement précédent, sans autres détails sur la nature des projets pouvant ainsi émerger. Et sans référence à ce premier budget de Carlos Leitão ayant commandé une baisse généralisée des crédits d’impôt.

N’empêche, on maintient d’un côté la promesse de la rigueur budgétaire et d’un retour à l’équilibre et, de l’autre, l’engagement d’une création de 250 000 emplois en cinq ans. Le ministre Leitão concocte un budget 2015-2016 équilibré et axé sur la relance économique, promet-il, après celui de l’an 1 placé sur le thème de la « rigueur austère ».

Découplage engagé

Le gouvernement libéral pourrait toutefois connaître effectivement du succès en misant sur la relance. Car même si la Banque du Canada n’y croit toujours pas, la banque centrale misant encore sur un décalage, le découplage entre les économies pétrolière et manufacturière au sein du Canada semble bel et bien engagé.

Encore mardi, la première sous-gouverneure de l’institution évoquait les conséquences indéniablement négatives du recul du prix du pétrole pour l’économie canadienne. Carolyn Wilkins ajoutait que « le raffermissement de l’économie américaine et l’affaiblissement du dollar canadien atténueront dans une certaine mesure l’incidence de ce repli, mais ils sont incertains et prendront plus de temps à se matérialiser ».

Or la dégringolade du dollar, accélérée par la décision-surprise de la Banque du Canada d’abaisser son taux directeur de 25 points, et l’effet pétrole sur les économies consommatrices produisent déjà leurs premiers effets mesurables. La semaine dernière, les statistiques sur la balance commerciale du Québec mettaient l’accent sur la vigueur des exportations en décembre et sur l’inscription d’un solde commercial positif de près de 1 milliard, du jamais vu en plus de dix ans. Puis les chiffres sur l’emploi de janvier. L’économie québécoise connaissait alors son meilleur mois depuis mars 2014, comptabilisant une création nette de 16 000 emplois, le Québec comptant pour la moitié des emplois créés à l’échelle canadienne.

Évidemment, ce ne sont que des données ponctuelles, très volatiles d’un mois à l’autre. Mais les analystes commencent à croire en la capacité du secteur manufacturier à plus que contrebalancer l’impact du recul du pétrole sur les investissements. Ils se mettent à rêver d’exportations manufacturières devenant le principal moteur de croissance de l’économie canadienne en 2015. Tout cela étant, bien sûr, en grande partie tributaire du maintien à leur niveau déprimé des cours pétroliers également hautement volatils.

Entre-temps, il y a ces négociations collectives de secteurs publics et parapublics qui restent soumises à l’austérité rigoureuse. Tant qu’à jouer sur les mots pour faire oublier les maux, a-t-il déjà été dit…

14 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 12 février 2015 09 h 01

    Si la «rigoureuse austérité» ou l'inverse...

    ...était, pour les fins de l'exercice, un personnage à qui nous pourrions nous adresser pour échanger, que nous dirait-elle ( à l'oreille peut-être...) face aux situations que vous décrivez ce matin, monsieur Bérubé ? Irait-elle jusqu'à nous dire qu'elle se fait «jouer sur les mots( maux)? Si oui, sa probité, sa transparence, sa clarté seraient rapidement affectées par le syndrome de....je cherche. Vite Dr. Barrette et Bolduc...un diagnostic. Ah! L'ironie...quel vaste monde !
    Mercis monsieur Bérubé,
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 12 février 2015 09 h 10

    Emplois créés, allo la terre???

    Où, qui et quoi? Je n'ai pas eu ouie-dire d'emplois créés dans quelque domaine depuis l'avènement de notre Premier Ministre Rhétoricen. Il y a de la création d'emploi chaque mois, c'est normal, mais si nous parlons ici de jobs attribuables aux soins des libéraux, je m'objecte! Ils n'ont pas passé une seconde de leur gouvernance à se pencher sur cette question qui était au coeur de leurs promesses électorales, psaumes de totale "bullshit".

    Combien d'emplois perdus? 7000 dans la fonction publique, 6000 dans le système de santé, la fermeture de Target et autres chaines.

    Pour ma part, je dois encore me réconforter dans la "Résilience". Longtemps invalide, je me suis retrouvée perdue en région où les loyers sont abordables mais les opportunités d'emplois très rares.

    Étant une assistée sociale donc une cible de l'"austérité", il est impossible pour moi de faire quelque économie qui me permettrait de me payer un autre déménagement suceptible d'améliorer mon sort. Le gouvernement veille avec beaucoup de "rigueur" à ce que l'aide que je reçois en soit de dernier recours.

    À l'agence d'emploi, on me propose un job dans la buandrie chargée de laver le linge des galeux de l'hôpital. Rien d'autre. Avec un bac et dix ans d'expérience en restauration. J'ai dû pendant deux mois chambouler mes ambitions trop pédantes pour ma condition et me convaincre que j'ai au fond du pot qu'on m'offre un poste alors que le tango de ma vie a tant tangué et qu'il y a du bon à travailler avec les arriérés du village, je pourrai chanter en bossant!

    Une chose est sûre, il ne faut pas que j'attende après mon gouvernement pour être heureuse parce que ce qu'il a a proposer à une éclopée sévère qu'un nouveau traitement a sorti des ténèbres n'est tout bonnement nullement à la hauteur de ses qualification et de son vécu.

    Les libéraux sont plein de largesses pour les gros bonnets, mais les petits chercheurs d'emploi dans mon genre, nous pouvons être sûrs de rester le cadet de leurs soucis.

  • Jonathan Poirier - Inscrit 12 février 2015 09 h 51

    L'accumulation de richesse inutile

    Tous ces bonbons fiscaux ne créent pas de richesse! Ce sont les PME et moyennes entreprises qui sont créatrices de richesse, tant au Canada qu'aux États-Unis. C'est effroyable de voir nos gouvernements nous prendre littéralement pour des "cons" en voyant tout cet argent qui dort dans les coffres des banques et des multinationales...

  • simon villeneuve - Inscrit 12 février 2015 10 h 53

    Bon texte.

    J'aime votre analyse M.Berube.
    Il est clair qu'il y a 2 poids 2 mesure.
    On coupe dans l'aspect social et citoyens pour donner aux entreprises prive.
    Le Canada et le Quebec n'ont pas changer la notion d'etre pourvoyeur du "BS",
    seulement la cible est differente.
    Avant c'etait le citoyen qui en beneficiait mais aujourd'hui ce sont les entreprises qui en profitent.

    C'est le monde a l'envers quand on regarde le pourquoi des gouvernements ont ete initialement creer ...

    • Daniel Bérubé - Inscrit 13 février 2015 11 h 09

      Le monde des affaires et financier on commencé un jour a "financer" les partis politiques, financement qui a une certaine époque n'avait pas ou peu de limites, et lentement, s'y sont indroduit, pour enfin, finir par en prendre le contrôle.

      Ces gouvernements ont "progressivement" cessé d'être des représentants de la population, pour devenir lentement des représentants politique (que nos députés représentaient plus le parti que la population), pour en finir à ce que ces partis soient dirigé par le capitalisme, qui est devenu aujourd'hui la valeur première a défendre et a soutenire. Pour plusieurs, l'humain dans tout cela est devenu "secondaire", SAUF s'il est producteur de richesse matérielles, et ce, à quelque prix que ce soit (environnement, santé..). Au moment ou l'importation de nourriture de Chine s'accroit, les inspecteurs diminus. Il nous faut considérer que si des scandales seraient trouvé en ce sens, ça "nuirait" aux marchés, donc à l'économie !

      Aujourd'hui, ce qui fait la grandeur d'une personne, ce n'est plus ce qu'elle est, mais ce qu'elle a ! Et la chose semble de plus en plus acceptée (élection et sondages actuels) !

  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2015 11 h 05

    Si le PLQ nous avait dit tout ça en campagne électorale?

    Si le PLQ nous avait dit tout ça en campagne électorale?

    • Pierre Laliberte - Abonné 13 février 2015 00 h 32

      En effet, il s'agit de tout évidence d'une des plus grandes duperies électorales jamais faites.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 13 février 2015 11 h 26

      Ça me rapelle une chanson de Dalida (niveau politique): Paroles, paroles, paroles...