L’austérité, ça ne marche pas!

Les Grecs l’ont crié sur tous les tons. Ils savaient de quoi ils parlaient car ils l’ont vécue, cette austérité, depuis des années, dans leur vie quotidienne, marquée par la perte des emplois, le manque à gagner, l’impression pour ce peuple si fier d’être à la charge des autres peuples de l’Europe, un sentiment qui les tuait à petit feu. Les Grecs n’ont jamais été un peuple à genoux. Comment je le sais ? J’ai eu un cours complet sur la fierté grecque le jour de ma rencontre avec mon amie Melina Mercouri.

Ça m’attriste de penser que bien des jeunes d’aujourd’hui ne doivent même pas connaître son nom. Melina Mercouri était grecque jusqu’au bout des doigts. Elle était à Paris quand je l’ai rencontrée la première fois. Cette femme, comédienne connue par le théâtre et le cinéma à travers le monde, menait de Paris une lutte acharnée contre la junte des « Colonels » qui s’étaient emparés du pouvoir à Athènes et qui l’empêchaient de retourner chez elle pour soigner son vieux père qui allait mourir. Le pouvoir la craignait en Grèce, car elle y était aimée et respectée.

Je ne suis jamais allée en Grèce. D’abord par amitié pour Melina qui m’avait fait jurer de ne pas y mettre les pieds tant et aussi longtemps que son peuple ne serait pas libéré. J’ai juré et j’ai tenu parole malgré mon désir de connaître son pays dont elle parlait les larmes aux yeux.

Le temps a passé. Les « Colonels » ont été renversés et pendant que je devenais ministre au Québec, Melina devenait ministre de la Culture en Grèce. Je lui ai écrit pour la féliciter. Elle m’a répondu dans les jours qui ont suivi m’invitant à lui rendre visite pour qu’elle me fasse enfin connaître son pays et qu’on puisse voir si on pouvait s’entraider dans nos nouvelles fonctions. Je parcourais le Québec à ce moment-là pour expliquer la réforme de l’assurance automobile, et je lui ai répondu que je viendrais dès que je pourrais. Melina était une femme de gauche. Pas de la gauche radicale comme celle qui a été élue la fin de semaine dernière, mais la gauche que ses amis français souhaitaient, celle d’Yves Montand et Simone Signoret par exemple. Je crois malgré tout qu’elle serait heureuse de l’élection qui vient d’avoir lieu pour le cri de liberté qu’il représente contre les abus de ceux qui possèdent le pouvoir et qui en abusent trop souvent.

Si le monde entier s’interroge aujourd’hui sur « l’austérité » qui, comme par hasard, frappe d’abord les plus pauvres de nos sociétés, la réponse de la Grèce dans un mouvement de rejet pourrait bien être le début de la recherche véritable d’une autre solution et même d’une autre façon de vivre.

L’austérité, ça ne marche pas ! S’il nous fallait un exemple frappant, la Grèce vient de reprendre cette affirmation haut et fort en portant au pouvoir un premier ministre issu de la gauche radicale, malgré une campagne de peur et de menaces de toutes sortes véhiculées sans retenue par des partis politiques ayant déjà exercé le pouvoir et qui ont choisi, il y a quelques années, l’austérité comme remède à la situation financière désastreuse de la Grèce. Les citoyens grecs ont dit : c’est assez.

Malgré des coupes douloureuses qui ont été imposées aux citoyens, la reprise économique promise n’a pas eu lieu, les affaires ont périclité, des entreprises ont fermé leurs portes, les salaires des travailleurs du bas de l’échelle ont été réduits, les pensions aussi, les impôts des plus démunis ont augmenté alors que les plus riches ont continué de mettre des fortunes à l’abri dans des paradis fiscaux. Dans les derniers mois avant l’élection, le taux de chômage était à 26 % chez les adultes, et on a même parlé de 50 % chez les jeunes. La dette totale qu’on voulait réduire avait quand même augmenté au cours des dernières années malgré les coupes dans les services sociaux qui ont fait mal à une population en déroute.

Le jeune premier ministre grec, nouvellement élu, réussira-t-il ? Bien sûr, ce sera à surveiller et le monde entier aura les yeux tournés vers ce peuple qui vient de se remettre debout. Nous bénéficierons peut-être tous de son audace et de son courage, car nous venons juste d’entrer nous-mêmes dans le monde de l’austérité et qu’on le veuille ou non, il nous faut bien admettre que les décisions de notre gouvernement ont plus l’air d’une improvisation dangereuse que d’un plan de développement pour notre avenir. Surtout que nous savons tous que quand nos dirigeants parlent « des vraies affaires », ils ne pensent pas d’abord à notre bien-être et à notre développement intellectuel. Ils vont dépenser plus de 800 millions pour remplir les trous de mines laissés béants par des entreprises qui sont parties sans payer la facture et d’autre part, il n’y a pas d’argent pour les écoles et les garderies. Cherchez l’erreur.

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54 commentaires
  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 30 janvier 2015 00 h 55

    Des bouchers un peu trop confus.

    Voilà comment je perçois les libéraux en ce début du mois de février 2015.

    Madame Payette, je trouve votre papier non seulement très enrichissant, touchant et sagace, mais en plus je trouve que pour une fois un journaliste met en garde le lecteur contre les abus d'un parti sans pour autant se faire outrageusement alarmiste. Vos propos sont justes, et de mettre le Québec en parallèle avec la Grèce est un bon moyen de prendre du recul sur ce qui nous saute au visage et éventuellement éviter de graves pièges en apprenant des leçons qu'ils ont su tirer.

    Je trouve pour ma part, qui fait partie des coupables ayant élu ce gouvernement, que jusqu'à présent, leurs coupes ont presque toutes eu lieu dans une partie de la bête qui ne contenait presque que la chaire et les os et qu'il y a pourtant tant d'endroits où des surplus de gras se logent et auxquels ils ne toucheront jamais.

    On coupe dans la culture, dans le rayonnement du Québec à l'étranger, dans le bien-être social maintenant, et les ministres restent pépères dans leur grand faste et dans leur opulence comme en témoigne en gros plan la silhouette de ce cher docteur Barette, enthousiaste comme un loulou de Pomérany lorsque vient le temps de gratter des cennes. Meme si je voudrais, je n'aurais jamais les moyens de me payer un gabarit du volume de ce pilier de la médecine et plus de la moitié du Québec non plus.

    Juste en coupant de 10 pour cent le salaire des ministres, nous économiserions plus qu'avec toutes leurs coupes dans la moelle osseuse de la Belle Province réunies.

    Je ne sais pas cependant, madame Payette, si vous avez visité finalement un jour la Grèce de vos rêves, mais pour ma part, je suis allée en 2002 visiter ma tante à la frontière Yougoslave et à l'époque, son village entier était déjà ruiné en grande partie pour cause de la tenue des jeux Olympiques à Athenes. Comme de quoi les trop grands élans de patriotisme peuvent être aussi catastrophiques pour l'économie d'une nation...

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 30 janvier 2015 15 h 40

      ...même si je VOULAIS... c'est gênant, les scies n'aiment pas les raies, on apprend ça au berceau.

      Milles excuses...

  • Carole Dionne - Inscrite 30 janvier 2015 00 h 55

    Déenser, dépenser, dépenser

    On laisse faire: toujous plus de dépenses que de revenue. Vous avez vu cela à quel endroit que c'est une façon de vivre , Mme Payette? je l'aim,ais bien Mme Mercouri mais ce n'est pas une raison.

    • André Côté - Abonné 30 janvier 2015 10 h 08

      Le problème c'est qu'on veut rééquilibrer la colonne des dépenses et des revenus en coupant chez les moins riches et en laissant les plus riches en paix sous le prétexte que s'ils sont trop imposés, ils s'en iront ailleurs. Ils sont déjà ailleurs... dans les paradis fiscaux! Pour régler le déséquilibre fiscal auquel vous faites allusion, il faut s'attaquer aux vrais causes, ne croyez-vous pas? Au delà de cela, les riches vont continuer à s'enrichir davantage et le pauvres à s'apauvrir de plus en plus comme c'est le cas actuellement.

    • Carole Dionne - Inscrite 30 janvier 2015 11 h 40

      @ André

      D'accord avec toi. Qu'ils imposent "leurs" riches. Aucun problème avec cela. Mais ce n'est pas aux autres pays à pyer pour eux.

    • Bernard Plante - Abonné 30 janvier 2015 16 h 34

      Mme Dionne, en se fiant à la mise en garde d'hier du gouverneur de la Bank of London si les autres pays refusent de participer à une négociation, c'est le système européen au complet qui en paiera le prix.

      Quant à savoir qui sont «leurs» riches comme vous le dites, c'est facile à dire mais aujourd'hui qui peut dire dans quel pays niche réellement les ultra riches du système mondial? Ces ultra riches peuvent déclarer leurs revenus où bon leur semble. Comment alors les faire payer? Loin d'être aussi évident que vous semblez le croire. Les paradis fiscaux existent bel et bien pour ces gens là... Bonne chance pour les attraper.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 janvier 2015 19 h 18

      Moi qui adore les chroniques de Mme Payette, pour celle-ci, je dois me ranger du côté de Mme Dionne (aucun lien de parenté avec moi).

      La Grèce a vécu au-dessus de ses moyens en empruntant l'argent tout en sachant qu'elle ne pouvait jamais rembourser les emprunts. Elle s'est même payée une olympiade où maintenant, la plupart de ses installations sportives, incluant le stade, sont en train de décrépir lentement mais sûrement.

      Cette notion que tous peuvent avoir le même niveau de vie alors que les ressources naturelles ne sont pas au rendez-vous est tout simplement ridicule. La Grèce a une économie basée surtout sur le tourisme, point à la ligne. Et lâchez-nous avec les ultras riches. Ils sont riches parce qu'ils ne paient pas d'impôts et si vous les imposez, ceux-ci vont tout simplement déguerpir vers des cieux de taxation plus cléments.

      Avec l'élection de ce parti d'extrême gauche, la Grèce risque de vivre des moments trépidants au niveau social et tous les Alexis Tsipras de Syriza n'y changeront rien. Ils devront payer leur dette où c'est toute l'infrastructure de ce pays qui risque de s'écrouler. Rien n'est gratuit dans ce bas monde.

  • Guy Fauteux - Abonné 30 janvier 2015 01 h 52

    Bien : mais que préconisez-vous Mme Payette comme alternative.

    Bien sûr il est possible de vivre avec moins que rien. Nos ancêtres Québécois l`on admirablement démontré et nous sommes toujours capable de le faire car nous sommes un peuple fier, habile, et travaillant.
    Nous retrouvons encore aujourd`hui des personnes fières qui vive dans l`arrière-pays dans des conditions similaires. C`est ce que nous appelons la simplicité volontaire. Certains sont si fier qu’ils refusent même l`aide sociale.
    Nous pourrions également collectivement refuse de vivre en profitant des avantages de la mondialisation. Sommes-nous prêt à en payer le prix.
    Si c`est notre choix collectif avant de changer pour ce mode de vie il faut payer nos dettes.
    Nous pourrions toujours refuse de payer nos dettes .Cuba l`as fait pourquoi pas nous.
    Cependant je ne pense pas que ce soit vendeur comme stratégie.
    La Grèce doit faire des choix difficile.

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 janvier 2015 09 h 07

      Naturellement, monsieur Fauteux, les choix sont moins difficciles lorsque ce sont les ''BS'' qui les subissent....

  • Marc O. Rainville - Abonné 30 janvier 2015 03 h 47

    Plan

    ''(...) les décisions de notre gouvernement ont plus l’air d’une improvisation dangereuse.''
    Le gouvernement a un plan et c'est celui du 1%. Créer un climat social délètère, attendre que ça explose et faire appel à l'armée. On a déjà connu ça au Québec.

  • Richard Laroche - Inscrit 30 janvier 2015 07 h 07

    mauvaise foi

    Il faut être carrément de mauvaise foi pour comparer la Grèce et le Québec au point de vue de l'austérité. 25% de chômage, baisse de salaire de 20 % et j'en passe sur ce qu'ont vécu les Grecs. Ici, on parle de diminution de coût sur la pointe des pieds et nos valeureux gauchistes, la plupart étant des subventionnés de l'État, crient au scandale. La dette grecque a été le fruit d'une incompétence administrative, du travail au noir, de la corruption institutionalisée et des olympiques. Nous avons nous aussi ces éléments, mais à des niveaux moindres. Bien sûr, l'élection d'un gouvernement gauchiste en Grèce se veut un baume sur la go-gauche québécoise, habituée qu'elle est de tout recevoir dans le bec et ce, tant de la part des Libéraux ou péquistes. Ici, les employés de l'État vont conserver leur emploi garanti à vie, il y aura encore les garderies, les soins de santé. Même les syndicaleux pourront continuer de laisser seuls leur souffleuse à neige sans être congédié. À l'exception d'une certaine gauche, les Québécois ne sont pas des imbéciles. Et si jamais les Grecs décidaient de sortir de la zone euro et créaient leur monnaie, cette nouvelle devise ressemblerait étrangement au futur Écu Québécois dans une hypothétique future république du Québec, similaire dans le sens où ces deux monnaies n'auraient aucune valeur sur les marchés internationaux. La go-gauche québécoise se cherche un espoir, les séparatistes aussi. Les Écossais leur ont coupé l'herbe sous le pied en mai dernier, les Grecs leur redonnent espoir. En attendant, le Québec se classe dernier au Canada, et ce presque à tous les niveaux. Bravo.

    • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 30 janvier 2015 09 h 06

      Le fait de "tout prendre" comme vous affirmer, et par la go-ahead de surcroît, m'amène à mes poser comme question; pourquoi un gouvernement si ce n'est de redistribuer la richesse?
      Hmmm?
      Aider les compagnies minières à faire des profits et de les aider à cacher leur gâchis?
      Un gouvernement a pour but d'équilibrer la societe, tant pour la go-gauche, l'extrême centre, ou les égoïstes de la droite.
      Un gouvernement, c'est fait pour tout le monde, pas pour seulement les entreprises.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 30 janvier 2015 09 h 22

      En lisant votre commentaire, on n'a pas longtemps à se poser la question pour savoir qui est de mauvaise foi? Vous ou le reste du monde que vous pointez !

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 30 janvier 2015 11 h 11

      Vous pouvez ajouter leur dette pharaonique de 300 milliards. Dû en partie au laxisme de l'autorité grecque qui a laissé ses citoyens milliardaires sortir ses fortunes dans des paradis fiscaux. En plus de tolérer des gestes anti-sociaux comme le travail au noir et l'abus de ses programmes sociaux par des gens qui n'y ont pas droit.

    • Bernard Plante - Abonné 30 janvier 2015 11 h 40

      Personnellement, je me méfie toujours de ceux qui blâment les autres de ne pas travailler assez, car d'expérience j'ai appris que ce sont justement eux qui ne travaillent pas assez.