Un samedi à Montréal

Samedi dernier, j’ai pris mon café du matin devant ma télé à la recherche d’informations sur l’état du monde en général et peut-être des analyses plus politiques des événements récents de Paris et de Bruxelles. J’ai syntonisé Radio-Canada. Il n’y avait rien pour me retenir. Je suis passée à TVA, où ça riait beaucoup sur des sujets pas intéressants du tout. LCN ou RDI ? Des nouvelles sur le possible rapatriement d’Arthur Porter, mais pour le reste, des pronostics de température en masse. J’ai vérifié chez les Anglos… le calme plat d’un samedi matin. Désespérée, je suis passée à CNN. Là, attention.

Dès 8 h le matin, la journée était vraiment en marche. Une entrevue serrée avec un imam basé à Londres était en ondes avec un excellent interviewer aux États-Unis. Les questions étaient directes et les réponses un peu agressives, mais très claires. Puis, tout ça a été suivi par les topos de tous les correspondants de CNN à travers le monde, et même de celui qui est le seul journaliste accrédité au Yémen en ce moment. Je n’ai plus quitté mon fauteuil.

J’y ai passé la journée au grand complet. Bien sûr, il ne faut jamais oublier en écoutant CNN qu’ils sont d’abord Américains et qu’ils ont tous affronté des situations tendues partout à travers le monde. Mais j’avoue qu’il y avait longtemps que j’avais entendu des explications aussi claires, sans exagération, je dirais même avec retenue, de ce que la planète vit en ce moment.

Vous-même trouvez-vous qu’il s’est passé quelque chose d’important dans le monde récemment ? Si vous vivez au Québec, avez-vous entendu un véritable débat sur le sujet avec des retours dans l’Histoire pour nous faire comprendre comment nous en sommes arrivés là ? Nous sommes devenus un peuple mal informé, donc incapable de porter un jugement sur tout ce que nous venons de vivre. Comme le fameux Ponce Pilate, on s’en lave les mains.

Nous meublons nos distractions de toute la légèreté que nous pouvons trouver. Avez-vous remarqué comme en ce début d’année on chante beaucoup à la télé, on danse aussi, et on rit même quand on rit faux. Ce qui compte c’est, semble-t-il, de s’amuser avant qu’il ne soit trop tard. Ça semble le mot d’ordre. Comme dans l’Allemagne de Cabaret il y a déjà longtemps. On préfère investir dans Chante-la ta toune que dans une véritable émission d’information qui aurait du contenu et nous obligerait à prendre part à la réflexion que la planète entière doit faire.

Durant la journée de samedi, dix fois je me suis demandé où est donc la relève des René Lévesque, Jean-François Lépine ou Pierre Nadeau. Elle est là bien sûr, mais elle a été muselée il y a bien longtemps. Et les jeunes journalistes pleins de talents couvrent les chiens écrasés.

On a parfaitement réussi à étouffer tout le service de l’information de Radio-Canada en coupant dans les budgets. Comment voulez-vous que des journalistes, même chevronnés, arrivent à couvrir les conflits du monde entier sans argent ? Nous aurions pourtant intérêt à suivre de près ce qui se dit parfois en notre nom pour nous permettre de nous faire une idée juste de ce que sera, ou non, notre position.

Ils existent pourtant, ces journalistes. Ils voudraient bien nous donner le monde entier à voir et à comprendre comme ceux qui pouvaient en une heure, il y a longtemps, nous faire comprendre la situation d’Israël et de la Palestine, l’état de souffrance des Noirs d’Afrique du Sud ou les ambitions fabuleuses de la Chine qui avait déjà commencé sa conquête du monde. La maison RC n’a plus les moyens de leurs ambitions.

Quant à TVA, c’est évident que toute l’information manque de profondeur. Il m’est arrivé de me demander si le correspondant à Washington, qui commente surtout les tueries dans les écoles ou les incendies de forêt, saurait couvrir le Moyen-Orient. Je me demande encore s’il est déjà entré à la Maison-Blanche, au moins une fois…

Chez les Anglos canadiens, on sent qu’ils sont dans leurs petits souliers parce que leur foi dans le multiculturalisme les a complètement coupés de la possibilité d’une intégration réelle des nouveaux arrivants qui était peut-être souhaitée, mais qui semble ratée dans la vie quotidienne.

Samedi soir, après mes réflexions de la journée, la vie m’a fait un immense cadeau. J’ai vu à RDI un magnifique documentaire sur Pierre Nadeau entièrement consacré à sa formidable carrière de correspondant qu’il a exercée pendant plus de 40 ans à Radio-Canada, quand elle était encore une télévision publique et que le journaliste était totalement libre de poser des questions franches et directes à ses interlocuteurs. Le bon temps, quoi. Pierre Nadeau sur le terrain, au milieu des hommes armés, la sueur au front avec des mots qui nous touchent… Un cours complet de journalisme en une heure. Chapeau, Pierre Nadeau. Nous aurions tellement besoin de vous.

18 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2015 06 h 14

    Oui, il y a loin dejà

    Mon pere avait l'habitude de dire quand nous sommes valets nous ne sommes pas roi, oui le monde s'est élargi et nous sommes de plus en plus personne, peut etre faut- il en prendre son parti,ne dit on pas que nous avons les politiciens que nous méritons, mais comme je vous comprends, et dire que nous avons eu un nommer Person qui a eu le Nobel de la paix, si je ne me trompe pas, il y a loin dejà

  • François Séguin - Abonné 23 janvier 2015 07 h 21

    Bien d'accord, madame Payette

    Et ce n'est certainement pas le Ti-mé Show à Ici Radio-Canada qui va contribuer à combattre la crétinisation que vous constatez à juste titre. Une émission indigne d'une société financée avec les impôts des citoyens.

    • Colette Pagé - Inscrite 23 janvier 2015 10 h 16

      Tellement d'accord avec vous. Comment expliquer la présentation d'une émission aussi insipide à l'heure des coupures de Radio-Canada ? Comment expliquer également qu'un acteur de grand qualité co-anime cette émission. Et misère de misère plusieurs millions de Québécois qui regardent cette émission. Toujours tirer vers le bas !

    • Paul Gagnon - Inscrit 23 janvier 2015 10 h 53

      Jadis l'animateur vedette de Radio-Canada, Henri Bergeron, commençait ses émissions par un leitmotiv : "Une autre émission couleur de Radio-Canada". Aujourd’hui, je me permets de changer ce slogan par : "Une autre émission niaiseuse de Radio-Canada". Ce qui est bien, c’est que cela s’applique aussi à la radio de Radio-Canada, à quelque rares exceptions près bien sûr.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 23 janvier 2015 16 h 31

      est une belle continuité à La Petite Vie qui est toujours très populaire.

  • Hélène Gervais - Abonnée 23 janvier 2015 07 h 50

    Radio-Canada ...

    Se croit malheureusement en compétition avec Tva, ce qui n'a rien à voir naturellement. TVA c'est le divertissement, mais Radio-Canada c'est la connaissance, l'intérêt pour le monde à tous les niveaux. C'est ce qui faisait sa force dans le temps. J'ai bien hâte aussi de retrouver le Radio-Canada de ma jeunesse qui informait les gens. On pouvait alors discuter entre nous de sujets autrement plus intéressants que maintenant. Je suis nostalgique. Heureusement que nos avons Le Devoir :). Non je ne suis pas une intellectuelle du tout, mais j'aime être au courant tout simplement.

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 23 janvier 2015 09 h 27

    Manipulation...

    Je souffre, moi aussi, d'être si peut informé à l'international par notre télévision.

    RDI préfère nous parler presque tous les jours de Vancouver et de Winipeg au détriment des nouvelles québécoises et internationales...afin que dans notre schéma mental nous nous sentions Canadian.

    Leur but ultime n'est pas de nous informer, mais de nous faire avaler leur conception canadian de la société, tout en marginalisant le Québec.
    C'est une information de combat perpétuel...surtout depuis 1995.

    Quant à LCN, il n'ont jamais été très fort pour nous expliquer ce qui ce passe ailleurs dans le monde. Voilà un domaine où il devrait investir...

    Dommage que pour être mieux informé, il faille consulter TV 5 et CNN alors que nous avons d'excellents journalistes dépourvus de moyen$

  • Lise Bélanger - Abonnée 23 janvier 2015 09 h 34

    L'information n'est donc plus une nécessité à Radio-Canada surtout pas du côté fançais bien plus touché par les coupures que sa rivale anglophone.

    Il me semble que ce sont quand même nos taxes qui défraient une partie des coûts de cette chaîne de télévision.

    Où sont donc nos priorités en temps de récession. J'ai bien entendu M. Mario Beaulieu critiquer ces coupures de Radio-Canada et quelques autres personnes, ,mais ce n'est pas M. Mulcair à Ottawa ou Québec solidaire ou libéraux au Québec qui vont se révolter pour les québécois, pour leur droit à l'information.

    On en est là, avant de mourir, le peuple québécois pourrait peut-être tenter encore une fois de réagir.